Même à Paris, certains retraités travaillent jusqu'à 80 ans pour joindre les deux bouts

Même à Paris, certains retraités travaillent jusqu'à 80 ans pour joindre les deux bouts

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Je consacre mon "inventaire avant fermeture" de ce jour au sort consternant des retraités qui travaillent jusqu'à 80 ans à Paris parce qu'ils n'arrivent pas à joindre les deux bouts. Mais comment pouvons-nous préserver un système de retraite aussi injuste, où des gens qui ont cotisé toute leur vie se retrouvent avec rien, ou presque ?

Aujourd'hui, je faisais quelques rapides courses au Franprix du coin. Derrière moi, une vieille dame arrive, le regard lumineux, mais fluette, voûtée. Elle a besoin de parler. Et elle raconte sa vie. Elle a 79 ans. Elle a commencé à travailler à 14 ans. Et elle explique qu'elle travaille encore, qu'elle sort justement de son travail (il était 11h30 du matin). Elle fait des ménages chez des personnes âgées.

Pourquoi n'arrête-t-elle pas de travailler ? Parce que sa retraite est trop maigre et ne lui permet pas de joindre les deux bouts.

— Mais je suis contente d'être à Paris, me dit-elle, ici il y a du travail, on trouve facilement. À la campagne, ce serait beaucoup plus difficile.

C'est vrai, d'ailleurs, qu'à Paris, on trouve facilement du travail.

Pourquoi est-elle dans cette situation difficile ? Elle "faisait les marchés", métier au demeurant très pénible. Elle a cotisé toute sa vie, pour une retraite de misère.

C'est l'injustice de notre système de retraite par répartition, pour la survie duquel les bénéficiaires se battent becs et ongles. Certains cotisent toute leur vie pour rien, d'autres cotisent beaucoup moins, n'hésitent pas à s'adjuger des arrêts maladie, et sortent avec la timbale.

Bref, c'est la solidarité.

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Dans ce système injuste, maquillé sous les oripeaux d'un légendaire CNR (rappelons que c'est Vichy qui a imposé la répartition en 1941 pour faire de la place aux chômeurs déplacés par l'exode), les plus grandes victimes sont sans doute les agriculteurs, de façon plus dramatique encore que les forains ou les étalagistes.

Avant le 1er janvier 2026, la retraite des agriculteurs était calculée de façon discriminatoire : sur l'ensemble de la carrière, et non sur les 25 meilleures années (règle de droit commun pour les salariés du privé, la retraite des fonctionnaires étant calculée sur les six derniers mois de salaire...). La loi de 2023 a aligné, à partir du 1er janvier 2026, les conditions de calcul de la retraite des agriculteurs sur celles des salariés du privé.

On voit bien l'effet pervers de ces distorsions, dans un monde où les paysans sont obligés de cotiser à la MSA et ne peuvent choisir des régimes plus avantageux : pendant des décennies, leur retraite a subi une décote du fait de l'intégration de toutes les années de la carrière, y compris les pires !

Qu'on ne s'étonne pas de la misère paysanne, dans ces conditions !

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Reste une évidence : la distance entre l'idéalisation de notre système de retraite et sa réalité concrète est immense.

Officiellement, la retraite par répartition est une grande conquête sociale que le monde entier nous envie. Elle apporte sécurité et bonheur aux travailleurs.

Dans les faits, elle incarne tout le contraire ! Elle coûte cher tout au long de la vie, elle est extrêmement autoritaire, avec un âge légal, une durée de cotisation, qui s'imposent sans liberté de choix, et, au final, elle se révèle parfaitement injuste. C'est la loterie : il y a ceux qui sortiront le bon numéro et n'auront pas d'inquiétude à avoir jusqu'à la fin de leur jour, et ceux qui, sans possibilité d'augmenter leurs revenus, devront se serrer la ceinture, parfois très douloureusement.

Malgré ces évidentes injustices, il est impossible de poser le problème à froid : le tir de barrage ourdi par les "insiders", notamment syndicaux, est beaucoup trop hystérique.

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Dans les années à venir, ces criantes injustices ne pourront que s'aggraver, et cette aggravation est consubstantielle à la nature même de la répartition. Dans ce système, les actifs cotisent pour payer le stock de retraités.

L'ensemble de la pyramide suppose donc qu'en permanence les cotisants soient plus nombreux que les bénéficiaires, sans quoi la pression financière devient insupportable pour les actifs (elle l'est déjà très largement, et ira en s'alourdissant). Avec le décrochage des naissances, notre système de retraite est au stade terminal : dans les années à venir, il faudra inévitablement baisser les pensions pour éviter une émigration massive des actifs.

Et, bien entendu, il faudra introduire une forte proportion de retraite par capitalisation.

La réalité l'imposera.

Mais dans ce monde où le "narratif" remplace l'analyse et la pensée, qui se soucie encore de la réalité ?


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