Management vertical et absence d'autonomie, aux sources de l'absentéisme français, par Elise Rochefort

Management vertical et absence d'autonomie, aux sources de l'absentéisme français, par Elise Rochefort

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L’absentéisme en France n’est plus un simple indicateur de santé publique ; il est devenu le thermomètre d'une crise de civilisation au travail. Les chiffres de l'édition 2026 du Datascope d'AXA, qui vient de paraître, agissent comme un électrochoc : en 2025, le taux d'absentéisme dans le secteur privé a atteint le record de 4,8 %. Pour ceux qui aiment les perspectives historiques, le constat est vertigineux : nous avons subi une augmentation de 50 % des arrêts de travail depuis 2019.

Face à cette "épidémie" d'absences, la réponse politique semble prisonnière d'un logiciel périmé. On nous parle de renforcer les contrôles ou de durcir le délai de carence, comme si l'absentéisme n'était qu'une affaire de "complaisance" ou de confort. Pourtant, la réalité statistique est tout autre : ce ne sont pas les petits rhumes qui plombent nos entreprises, mais l'explosion des arrêts de longue durée portés par une santé mentale en déroute.

Datascope 2026 : l’absentéisme atteint des sommets et la santé mentale des salariés se dégrade encore
L’édition 2026 du Datascope d’AXA France qui nous éclaire sur les nouvelles tendances de la vie en entreprise. Depuis sa création en 2019, il révèle que le nombre d’arrêts de travail ne cesse d’augmenter dans les entreprises françaises du secteur privé.
Tension au travail ou job strain : les mesurer avec le questionnaire Karasek
Lorsqu’un salarié se sent contraint entre les exigences du travail et l’absence d’autonomie, il peut être en situation de tension au travail. Mesurer le niveau de tension permet de comprendre et d’agir sur l’organisation du travail. Nous vous présentons un des outils de références : la méthode Karasek.

Le virus du "travail empêché"

Pour comprendre ce qui se joue, il faut regarder au-delà du bulletin médical. Les troubles psychologiques sont désormais la première cause des arrêts longs en France. Chez les moins de 30 ans, ils représentent même plus de la moitié (51 %) de la sinistralité de longue durée. Comment en est-on arrivé là?

La réponse tient en un concept que les experts appellent le job strain ou la tension au travail. En s'appuyant sur le modèle de Karasek, on s'aperçoit que le risque de rupture survient lorsque deux facteurs se télescopent : une exigence psychologique écrasante et, surtout, une autonomie décisionnelle en chute libre. En France, près de 23 % des salariés se trouvent dans cet étau.

Nous sommes entrés dans l'ère du "Néo-Taylorisme numérique". Sous couvert de rationalisation, le management par les chiffres (KPI) a envahi tous les secteurs, privant le salarié de sa capacité d'agir et de ses marges de manœuvre. Quand on demande à un individu de produire toujours plus, plus vite, tout en lui imposant des protocoles rigides qui nient son expertise, on ne crée pas de la performance, on fabrique de l'épuisement professionnel.

Le paradoxe des cadres et des jeunes

Cette crise ne se limite plus aux secteurs de la pénibilité physique. Elle gagne les bureaux. L'absentéisme des cadres, bien que toujours plus faible en valeur absolue, a bondi de 8 % en un an. Les managers sont les premiers sacrifiés de ce système : 52 % d'entre eux déclarent une détresse psychologique. Pris en étau entre des objectifs financiers inaccessibles et la gestion de la fragilité de leurs équipes, ils subissent un stress managérial qui finit par les briser.

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Lalaina Andriamparany

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