Macron vient-il réellement de brader LMB Aerospace aux Américains ?

Macron vient-il réellement de brader LMB Aerospace aux Américains ?


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C’est un refrain que la France entonne avec une régularité de métronome. Hier Alstom, Technip ou Photonis ; aujourd’hui LMB Aerospace. À chaque fois, la même sidération de façade, le même théâtre d’ombres parlementaire et, au final, la même signature au bas du contrat de cession. Alors que le dossier a été bouclé dans un silence de cathédrale en décembre 2025, la question revient, lancinante : la France de Macron vient-elle, une fois de plus, de brader sa souveraineté aux États-Unis ?

Nous avons évidemment tous envie, par haine de Macron, par paresse, par avachissement, par satisfaction de trouver une réponse simple et qui ne nous met pas en cause, à une question compliquée qui interroge nos propres responsabilités - nous avons tous envie de hurler avec les loups : oui, c'est la faute à Macron. Mais l'honnêteté et le souci des faits nous oblige à donner une réponse très différente, et bien plus angoissante.

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Depuis quatre ans, une certaine cohorte de « poutinolâtres », installée confortablement dans ses certitudes de salon franco-français, nous promet de façon ininterrompue une victoire russe imminente. À les écouter, l’armée ukrainienne ne serait qu’un château de cartes prêt à s’effondrer sous le souffle du « génie stratégique » du Kremlin.

Non : ce n'est pas une "braderie". La réponse complète est bien plus cruelle : c'est un constat de faillite systémique, et d'abord le constat qu'aucun repreneur français n'était de taille à racheter cette pépite. Et c'est bien notre drame qu'il faut épingler et marteler avant tout : lorsqu'une PME réussit en France, les grandes entreprises de notre pays n'ont plus les moyens de la racheter, faute de capital suffisant.

L'illusion du "nouveau dossier"

Le premier point qu'il convient de souligner est l'hypocrisie du timing, que certains "souverainistes", une fois de plus, ont oublié (ce constat, je l'ai déjà dressé sur le "28e Etat de l'Union", connu depuis un an, mais que nos avachis défenseurs de l'indépendance nationale ont découvert douze mois plus tard).

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La vente de cette pépite corrézienne, dont les ventilateurs haute performance permettent à nos Rafale de ne pas griller leurs calculateurs en plein vol, n'est pas une surprise de janvier. L'opération a été actée, signée et verrouillée dès la fin de l'année dernière. Si le cri d'alarme retentit aujourd'hui, c'est que le réveil est, comme souvent, tardif.

Le processus était engagé depuis 2022 par Tikehau Capital, fonds privé dont la mission première reste la sortie avec plus-value, et non la garde éternelle des frontières industrielles.

Le péché originel : une France sans capital

Pourquoi LMB finit-elle dans l'escarcelle du Loar Group de l'Ohio ? La raison est d'une simplicité biblique : parce qu'en France, l'argent n'est pas là où il devrait être et qu'aucun repreneur ne s'est proposé à l'achat.

L'absence de repreneur français n'est pas un manque de patriotisme des entrepreneurs, c'est une question de taille de réservoir. Aux États-Unis, l'absence de retraite par répartition — ce système de solidarité immédiate où les actifs paient pour les inactifs — force chaque citoyen à épargner via des fonds de pension (401k). Résultat ? Des montagnes de liquidités (des milliers de milliards de dollars) qui cherchent désespérément à s'investir dans l'économie réelle et la technologie de pointe.

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En France, notre épargne est aspirée par le tonneau des Danaïdes de la consommation immédiate des retraites. Nous n'avons pas de "fonds de pension" capables de mettre 400 millions d'euros sur la table pour une PME de 70 salariés sans trembler. Nous préférons la sécurité du présent à la puissance du futur. Tant que nous refuserons une part de capitalisation, nos fleurons resteront des proies pour ceux qui, outre-Atlantique, ont su accumuler le capital.

Le bouclier de papier de Bercy

Pour apaiser les rares consciences encore éveillées, l'État s'est entouré d'une armure de clauses contractuelles. Soyons exhaustifs, car c’est là que se joue la "non-braderie" :

  1. La "Golden Share" : l'État conserve une action spécifique lui permettant de bloquer toute revente d'actifs sensibles ou tout changement d'actionnariat chez l'acheteur qui mettrait en péril l'intérêt national.
  2. L'étanchéité technologique : un engagement ferme de maintenir la R&D et la production à Malemort-sur-Corrèze, sous peine de sanctions lourdes.
  3. Le rempart contre l'ITAR : les pièces destinées au Rafale doivent rester "conçues en France" pour éviter que Washington ne puisse s'opposer à nos exportations au nom de la propriété intellectuelle américaine.
  4. Le droit d'accès permanent : la DGA conserve un droit d'audit sur les lignes de production stratégiques pour s'assurer qu'aucun "bug" volontaire ou espionnage n'y soit introduit.

Entre pragmatisme et impuissance

Alors, braderie ? Non. Une braderie suppose un prix cassé et une absence de garanties. Ici, le prix est élevé (367 millions d'euros) et les garanties sont là, écrites noir sur blanc.

Mais ce n'est pas non plus la panacée. C'est le triomphe d'un pragmatisme de la défaite. Nous sauvons les meubles (l'usine, l'emploi, les brevets) mais nous perdons le salon (le contrôle capitalistique et les dividendes futurs). La France de Macron n'a pas "bradé" LMB ; elle a simplement constaté qu'elle n'avait plus les moyens de ses ambitions, et que les Français étaient trop avachis pour sacrifier leurs jouissances présentes (qu'ils adorent présenter comme un enfer, à l'enrichissement à venir de leurs enfants). Nous vivons dans un pays qui préfère financer son passé que son indépendance. LMB Aerospace est le prix que nous payons, chaque jour, pour notre refus du capitalisme de long terme.


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