Macron vient de réaliser un tour de passe-passe sur l'or de la Banque de France, qui est passé sous les radars. L'opération, très "financière", mérite qu'on s'y arrête, car elle se solde finalement par une plus-value importante pour la Banque de France... de l'ordre de 13 milliards €.

Le sujet? Les 2 437 tonnes de notre réserve nationale de métal jaune.


Le "coup de New York" : une translation sans navires
On nous annonce, avec un air de souveraineté retrouvée, que la France a rapatrié ses dernières réserves stockées à la Réserve fédérale de New York. Entre juillet 2025 et janvier 2026, 129 tonnes d’or ont fait le "voyage". Mais attention au "tripatouillage" sémantique : n’imaginez pas des galions lourdement chargés traversant l’Atlantique sous escorte de la Marine nationale. Pour éviter les frais de transport et les "diplomatic kerfuffles" avec un Donald Trump imprévisible, le gouverneur Villeroy de Galhau a opté pour l'arbitrage pur : on a vendu les vieux lingots dépareillés à New York au prix fort et racheté du métal tout neuf, aux normes LBMA ($99,5\%$ de pureté), sur le marché européen.

Un miracle comptable à 13 milliards d'euros
L'opération n'est pas seulement logistique, elle est surtout opportuniste. En vendant alors que l’once tutoyait les 5 600 dollars en pleine tempête géopolitique au Proche-Orient — le fameux "choc Iran" — la Banque de France a réalisé une plus-value record de 12,8 milliards d’euros.
C’est ici que le génie (ou le tripatouillage, selon votre bord) intervient. En 2024, la Banque de France affichait une perte historique de 7,7 milliards d'euros. Grâce à cette "cristallisation" des gains sur l'or, elle termine l'exercice 2025 avec un bénéfice net de 8,1 milliards. Une opération blanche en volume — nous avons toujours 2 437 tonnes — mais une opération dorée pour le bilan.
Bonne ou mauvaise chose?
Le bon côté : La France est désormais l'un des rares pays au monde à détenir 100% de son or sur son propre sol, à 27 mètres sous terre dans "La Souterraine". À l'heure où les avoirs russes sont gelés et où le dollar est utilisé comme une arme, cette autonomie n'a pas de prix. De plus, notre stock est enfin modernisé, liquide et prêt à être utilisé comme garantie en cas de crise systémique.
Le revers de la médaille : Ce redressement spectaculaire du bilan sert aussi à masquer les difficultés structurelles liées aux taux d'intérêt. Et le chantier n'est pas fini : il reste encore 134 tonnes de Napoléons et de lingots "antiques" à Paris qu'il faudra fondre d'ici 2028 pour achever cette mise aux normes.
Alors, "tripatouillage"? Sans doute. Mais dans un monde où l'or redevient l'assurance-vie des nations, ce rapatriement silencieux et lucratif ressemble fort à une victoire stratégique que l'on ne peut que saluer, même si elle arrange bien les affaires de l'Élysée pour repeindre les comptes en vert.



