Les écologistes proposent de régler la crise du logement par une paupérisation générale des villes


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Le Logement Social et lutte contre le mal logement seront un des enjeux de l’élection présidentielle de 2022. L’écologiste Yannick Jadot et le président de la République l’ont bien compris. Chacun y va de sa surenchère sans expliquer le “pourquoi du comment“, ni surtout le “combien du pourquoi“. Le premier n’ayant jamais été aux affaires promet tout et n’importe quoi, mais c’est l’apanage de l’opposition. Le second nous a prouvé avec la crise de la Covid-19 et le “quoi qu’il en coûte“, qu’on pouvait dépenser sans compter.

1. Un tiers des Français ont des inquiétudes liées au logement

Le sondage IPSOS pour la Fondation Abbé Pierre révèle que la situation financière d’un tiers des Français (32 %) s’est dégradée depuis le début de la crise sanitaire. Cette dégradation affecte davantage les personnes déjà les plus fragiles (43 % des 18-24 ans, 55 % des allocataires APL notamment). 14 % des Français ont notamment eu des difficultés liées au logement (paiement des loyers, dégradation du logement) en 2020 et 29 % des Français expriment des craintes liées au logement pour cette nouvelle année.

Les jeunes sont particulièrement touchés par cette crise : ils ont été plus de 20 % à éprouver des difficultés à payer leur loyer et 12 % à voir leurs conditions de logement se dégrader (contre 7 % en moyenne). Plus d’un tiers d’entre eux (35 %) craint de ne pouvoir faire face à ses dépenses de logement en 2021.

À l’occasion de la présentation de son 26ème rapport sur l’Etat du mal-logement, la Fondation Abbé Pierre tire la sonnette d’alarme sur la précarisation croissante de la population française et la « bombe à retardement » que représentent les difficultés liées au logement pour les années à venir. Elle appelle de ses vœux une véritable politique structurelle dotée de moyens conséquents pour que, malgré la crise, personne ne soit laissé sur le bord de la route.

Selon un bilan du gouvernement publié fin janvier, sur le millier de communes françaises soumises à des obligations de créations de logements sociaux environ la moitié n’ont pas atteint leurs objectifs entre 2017 et 2019. Or depuis 2000, la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (SRU) impose aux communes de plus de 3500 habitants (1500 en Ile-de- France) de disposer d’ici à 2025 de 20% de logements sociaux, un taux relevé à 25% en 2014, sauf pour des communes qui justifient d’une situation locale particulière.

[Sondage réalisé du 14 au 15 janvier 2021, sur un échantillon de 1000 personnes : « Perception du mal-logement, quel impact de la crise du Covid-19 sur le logement ? »]

2. La bataille par médias interposés du 2 février 2021

a. L’offensive gouvernementale : 250.000 logements sociaux pour 1,5 milliards d’euros

“Nous avons construit 90 000 logements sociaux cette année en France : ce n’est pas assez, c’est moins que nos objectifs“, a reconnu Emmanuelle Wargon, ce 2 février 2021 au micro de Jean-Jacques Bourdin, sur RMC et BFM TV. Pour rattraper ce retard, la ministre du Logement propose de construire “250 000 logements sociaux en deux ans“. La construction de ces logements sera financée à hauteur de 1,5 milliard d’euros, “avec de l’argent de l’Etat, avec Action Logement, avec la Caisse des Dépôts“, a précisé la Ministre.

b. Contre-offensive de Yannick Jadot : seuil minimal de 30% de logements sociaux dans certaines villes

Le probable candidat à la primaire EELV en vue de la présidentielle de 2022 Yannick Jadot appelle, dans une tribune publiée le même jour, à porter le seuil minimal de logements sociaux à 30% dans les villes où l’offre en matière d’habitat s’avère insuffisante : “Le gouvernement doit avoir le courage de porter l’objectif de la nouvelle SRU à 30% de logements sociaux dans les villes où la demande de logements ne trouve pas d’offre suffisante“, estime Yannick Jadot dans une tribune au Monde co-signée par le maire adjoint EELV à Paris David Belliard et l’eurodéputée Karima Delli. “C’est un impératif majeur de cohésion sociale“ poursuivent-ils.

3. Les maires, « chair à canon » des luttes pour le pouvoir central

Car ce sont les maires qui délivrent les permis de construire. Et il faut être bien loin des difficultés municipales pour ignorer les difficultés rencontrées par ceux-ci. Il faut constater que ni Yannick Jadot, ni Emmanuelle Wargon (ni le président de la République) n’ont été maire. Ce loupé d’en leur cursus honorum risque de peser lourd dans la mise en application de leur projet respectif.

Interrogée sur la loi Solidarité et Renouvellement Urbain qui arrive à échéance en 2025, Emmanuelle Wargon a confirmé que la loi sera prolongée, comme l’a annoncé, le Premier Ministre Jean Castex, le 28 janvier, à Grigny (Essonne). « Il faut à la fois durcir les amendes pour les maires qui, manifestement, n’essayent même pas et, peut-être, aider et donner un peu de souplesse aux maires qui essayent et qui n’y arrivent pas », a indiqué la Ministre. Nul doute que l’Association des Maires de France n’apprécie mal cette nouvelle infantilisation du pouvoir central.

Pour mémoire, la ministre du Logement s’était déjà heurtée aux élus locaux en décembre dernier, alors que celle-ci avait accusé les maires de refuser de construire plus de HLM. La réponse ne s’était pas fait attendre : “La stigmatisation des maires, accusés de “ne pas jouer le jeu” en faveur du logement social, à laquelle s’est livrée la ministre du Logement sur un média national, est inacceptable. Ces déclarations, profondément injustes et démagogiques, confirment, une fois encore, le peu de considération portée à l’action des maires et des intercommunalités ainsi que la méconnaissance des efforts faits dans les territoires“, avait déclaré l’AMF.


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