Alors que la dette tutoie les sommets, j’ai passé au crible les propositions de cinq ténors de la droite : Gabriel Attal, Edouard Philippe, Bruno Retailleau, David Lisnard et Jordan Bardella. Entre ajustements techniques et velléités de rupture libérale, le diagnostic révèle des fractures profondes sur quatre piliers de notre modèle social.


1. Fonction publique : le grand dégraissage ou le petit rabot?
S'attaquer aux effectifs de la fonction publique reste le "test de pureté" de la droite. À ce petit jeu, David Lisnard fait figure de radical. S'appuyant sur un constat clinique — la France compte 34% d'agents administratifs contre 23,5% en moyenne européenne — il propose de supprimer 800 000 postes sur le long terme. Sa cible? Le "back-office" et les 438 agences de l'État aux missions souvent redondantes.
À ses côtés, Bruno Retailleau préfère le levier de la productivité : supprimer les 35 heures pour passer à 1623 heures annuelles, soit deux jours de travail supplémentaires par an pour chaque agent. Chez Jordan Bardella, la réduction est chirurgicale : plafonner à 10% les effectifs administratifs dans les hôpitaux pour libérer du temps soignant. Quant au bloc central, Gabriel Attal reste dans la gestion paramétrique, justifiant la suppression de 2 500 postes d'enseignants par la seule baisse démographique.
2. Équilibre budgétaire : la fin de l'addiction?
"L'État est drogué à la dépense publique", martèle David Lisnard. Il est le seul à s'engager sur un retour sous les 3% de déficit dès 2027 par une refonte totale de l'État-providence. Bruno Retailleau avance un plan d'économies de 20 milliards d'euros, ciblant notamment la redistribution sociale qu'il juge excessive.

Édouard Philippe, fidèle à son image de gestionnaire, met en avant son bilan de Premier ministre ayant réussi à stabiliser la dette avant la pandémie. À l'inverse, le Rassemblement National de Jordan Bardella navigue en eaux troubles : entre promesses coûteuses (baisse de la TVA sur l'énergie) et velléités de sérieux, il botte en touche en réclamant un "audit" préalable de l'État.

3. Assurance maladie : briser le monopole?
C'est ici que le libertarisme trouve sa limite la plus haute. Seul David Lisnard ose l'impensable : la mise en concurrence de l'assurance maladie. Son projet? Maintenir un filet de sécurité par répartition tout en instaurant une part de capitalisation obligatoire gérée par le privé.
Pour les autres, la remise en cause est plus périphérique. Bruno Retailleau et Jordan Bardella se rejoignent sur la suppression de l'Aide Médicale d'État (AME), au profit d'une simple "aide d'urgence". Gabriel Attal, lui, préfère déléguer : il a acté le transfert d'un milliard d'euros de charges de la Sécurité sociale vers les mutuelles privées.

4. Éducation : vers le chèque scolaire?
Le "chèque scolaire" — cette idée que l'argent doit suivre l'élève et non l'établissement — divise la droite. David Lisnard et Bruno Retailleau en sont les défenseurs historiques. Le premier prône la fin de la carte scolaire et une autonomie totale des établissements. Le second y voit le moyen de briser le "mammouth bureaucratique" pour offrir aux familles modestes la liberté de choisir l'excellence .
Face à eux, Gabriel Attal réaffirme le primat de l'école publique avec son "Choc des savoirs" . Pas de chèque ici, mais un retour à l'autorité (groupes de niveaux, redoublement, uniforme). Une ligne proche de celle de Jordan Bardella, qui préfère le "Big Bang de l'autorité" à la libéralisation du marché scolaire.
Verdict : Si la droite française semble s'accorder sur le constat de la faillite comptable, la "révolution par la liberté" reste globalement l'apanage de David Lisnard. Les autres oscillent entre une rigueur morale chez Retailleau et un réformisme autoritaire chez Attal et Bardella. Le libertarisme a ses entrées à droite, mais il n'a pas encore gagné la bataille du cœur.





