La méthode des oukases présidentiels doit disparaître. Hier, en quelques mots, Emmanuel Macron a condamné à une faillite quasi-certaine des dizaines de milliers de commerces indépendants en étendant des mesures restrictives pour plusieurs semaines à 70 nouveaux départements. Quel que soit le contenu du discours, la méthode Macron ne change pas. Des décisions prises hors de tout débat démocratique et loin du terrain sont assénées à une société considérée comme trop peu éclairée pour s'informer, débattre et décider de la manière de s'organiser. Emmanuel Macron représente l'aboutissement d'une dérive de la fonction présidentielle amorcée bien avant lui. Mais il la pousse à son paroxysme. Et il fournit l'occasion d'une prise de conscience et d'un changement radical dans la pratique des institutions. Nous n'avons pas seulement besoin de changer de président mais aussi de méthode présidentielle.

Certains auront été soulagés d’entendre qu’Emmanuel Macron n’avait pas décidé du confinement complet souhaité par les « enfermistes » lors de son allocution télévisée du 31 mars 2021. D’autres, comme Marine Le Pen ou les ténors des Républicains préfèrent jouer un jeu politicien et, loin du ras-le-bol des Français, reprocher au gouvernement de ne pas en faire assez en matière sanitaire.
En fait, le vrai sujet est ailleurs. Quel que soit le contenu du discours, la méthode Macron ne change pas.
Par un oukase, encore plus de petits commerces fermés et donc condamnés à la faillite
Pour ma part, je préfère retenir qu’en quelques mots le tsar Emmanuel a condamné à la faillite des milliers de petits commerçants. Il suffit d’une parole présidentielle pour décider de l’extension à soixante-dix départements supplémentaires de la fermeture de commerces jugé non essentiels. Ce n’est pas le seul oukase que le président de la République a prononcé hier. Mais c’est le plus significatif car il souligne l’arbitraire qui préside, depuis le début aux décisions sanitaires. Et plus généralement le style du quinquennat.
Il y a eu la première année, où « Jupiter » marchait sur les eaux grâce à une « Chambre introuvable » En Marche. Les organisations syndicales et les partis traditionnels avaient peine à digérer l’élimination des forces établies du second tour de la présidentielle.
Alors que les commentateurs se demandaient doctement ce qui pouvait encore faire obstacle au Président, le mouvement des Gilets Jaunes, à l’automne 2018, est venu rappeler qu’à force de mépriser les corps intermédiaires et de prendre le Parlement pour une chambre d’enregistrement, le pouvoir se retrouvait seul face à la rue. Un véritable affrontement eut lieu entre le pouvoir et la rue, qui se solda par 2500 blessés du côté des manifestants et 1800 du côté des forces de l’ordre. Qu’à cela ne tienne, à peine remis de ses frayeurs, Emmanuel Macron s’est lancé dans un « Grand Débat » qui était en fait un « Grand Monologue » devant des auditoires choisis contraints à l’écouter soliloquer pendant des heures.
Et puis, alors que les relations entre le Président et la société se tendaient à nouveau, fin 2019, l’épidémie de COVID 19 et la méthode du confinement ont permis au Président de se remettre en selle dans une position jupitérienne. Il s’est proclamé « chef de guerre« , il est apparu mois après mois dans les petites lucarnes pour expliquer aux Français à quel sort il les assignait, dans sa grande sagesse de chef de l’Etat éclairé par des conseils sans légitimité démocratique (conseil scientifique) ni validation parlementaire ( conseil de défense). En digne autocrate proférant des oukases, Emmanuel Macron n’a cessé de courir après l’efficacité: manque de lits d’hôpitaux, manque de masques, retard de vaccination etc…
Alors, au fond qu’importe le fait que le Président sente actuellement mieux la lassitude de l’opinion que les journalistes ou les chefs de service hospitaliers. C’est lui seul, toujours, qui fait tomber sur la population des décisions tranchantes, qui décident de l’interdiction de visite aux personnes âgées, de l’ouverture ou non des commerces, de la tenue des cultes, de l’ouverture ou la fermeture des écoles etc….Nous sommes gouvernés « par la grâce de Jupiter », à coups d’oukases éventuellement contradictoires.
Le seul débat important de la présidentielle: quelle méthode de gouvernement voulons-nous?

Bien entendu, on pourra se rappeler avec le grand Etienne de La Boétie, que la servitude est toujours volontaire! A-t-on entendu les Chambres de Commerce et d’Industrie défendre les commerces indépendants depuis le début de la crise sanitaire? Les évêques n’ont-ils pas pris les devants pour fermer les Eglises en mars 2020? Les enseignants n’entrent-ils pas dans la rhétorique pseudo-guerrière du président, quand ils se décrivent comme « la chair à canon » d’un pays en guerre sanitaire? Les cadres supérieurs n’ont-ils pas fait leurs délices d’un confinement, en mars-avril 2020, passé au grand air, dans leur résidence secondaire? Les journalistes, jamais confinés, ne se réjouissent-ils pas, depuis un an, de n’avoir plus à chercher de sujet puisque le COVID 19 fait recette? Les partis d’opposition n’ont-ils pas été singulièrement aphones?
On invoquera aussi le caractère des institutions de la Vè République. Le régime n’est-il pas une monarchie républicaine? Le quinquennat n’a-t-il pas mis encore plus le président en première ligne?
En fait, il va bien falloir que le corps social sorte d’une contradiction: le 31 mars à 20h, 30 millions de personnes ont écouté Emmanuel Macron, ce président de la République qu’ils n’aiment pas. Les Français tiennent aux institutions de la Vè République et ceux qui proposent une VIè République font rarement recette. en revanche les Français n’aiment pas – et sanctionnent toujours – l’exercice solitaire du pouvoir. Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy et François Hollande en ont fait l’amère expérience. Au contraire, François Mitterrand et Jacques Chirac ont rebâti leur popularité et préparé un second mandat en période de cohabitation.
En fait, ce que les Français veulent, c’est, comme aurait dit le Général de Gaulle, « un parlement qui délibère, un gouvernement qui gouverne et un président qui préside ». Les Français de toute catégorie sociale aimaient ces conférences de presse où le Général leur décryptait le monde et leur garantissait que le gouvernement avait un chef et que chacun des ministres avait une feuille de route et prenait ses responsabilités. Au fond, ce que jacques Chirac avait compris de son mentor Georges Pompidou, c’est que les Français n’aiment pas un président qui se mêle de tout. Et François Mitterrand a pu gagner un référendum européen, en 1992, parce qu’il n’était pas usé par le « micro-gouvernement ».
Le président que souhaitent les Français
Ce que les Français vont chercher, pendant la prochaine campagne présidentielle, c’est:
- un président qui soit un « chef d’équipe », qui écoute les avis qu’on lui donne;
- un président dont le Premier ministre ne soit pas un simple « collaborateur »;
- un président qui ne demande pas à son gouvernement de tout faire passer « par ordonnance » ou en déclenchant le 49.3 au Parlement;
- un président qui ne confonde pas autorité et autoritarisme, tel ce « si jeune président » obligeant le Général Pierre de Villiers à la démission dès son arrivée à l’Elysée.
- un président dont la parole se fasse rare et dont les discours excèdent rarement 15 minutes
- un président qui contienne les ambitions de l’administration centrale et qui fixe comme objectif au parlement de supprimer deux, trois ou quatre textes existants pour un nouveau texte voté
- un président qui trque les dépenses publiques et baisse la ficalité
- un président qui accepte de remettre son mandat en jeu s’il perdait un référendum.
Nul ne peut dire si le candidat idéal existe. En revanche on peut être sûr qu’un candidat qui promettra d’être un président arbitre et non acteur permanent du débat politique, stratège et non micro-manageur, modeste en communication et préoccupé de vérifier que toutes les politiques annoncées sont menées à leur terme, soucieux de réduire le périmètre d’intervention de l’Etat pour libérer les forces de la société civile, la démocratie locale et l’envie d’entreprendre, celui-là sera élu !