La presse italienne n'a pas manqué l'information : Jordan Bardella s'est affiché, à la sortie de la très chic soirée du Figaro au Grand Palais, pour le 200è anniversaire du quotidien de la famille Dassault, aux côtés de la princesse Marie-Caroline Bourbon des Deux-Siciles.

Il y a quelque chose de fascinant dans la trajectoire de Jordan Bardella. On nous l'a vendu comme le gamin de Saint-Denis, le héraut de la "France des oubliés", celui qui mangeait des pâtes au beurre en attendant la révolution nationale. Mais chassez le naturel, il revient au galop... et en carrosse, s'il vous plaît. L’idylle affichée avec Maria Carolina de Bourbon-Deux-Siciles n'est pas qu'un fait divers de presse people ; c'est le point d'orgue d'une farce politique magistrale.
1. Le Grand Ralliement : de la banlieue rouge au sang bleu
Pour une libertarienne comme moi, ce spectacle est d’une logique implacable. L’État n’est pas une institution de service, c’est un club privé. Et Jordan vient enfin de recevoir sa carte de membre VIP.

Le petit protégé de Marine, qui jurait de renverser la "caste", est en train de se faire absorber par elle avec la docilité d'un stagiaire en école de commerce devant un buffet gratuit. On ne combat pas le système, on négocie son prix d'entrée. En s'affichant avec une héritière de sang bleu, Bardella ne fait pas qu'une conquête amoureuse ; il fait une OPA sur le vieux monde. C’est la grande tragédie du populisme : le leader "du peuple" finit toujours par préférer le cristal de Baccarat à la tasse en Arcopal de ses électeurs. Pourquoi s'embêter à libérer le marché quand on peut simplement s'installer dans les salons dorés que nos impôts entretiennent depuis des siècles ?
2. Maria Carolina : la "Cagole à particules"
Parlons de l’heureuse élue. Un nom qui fleure bon l'Ancien Régime, mais une esthétique qui hurle "Influenceuse Dubaï en escale à Capri". On est loin de la distinction feutrée de la vieille aristocratie européenne. Ici, on est dans le bling-bling, le filtre Instagram et la mise en scène permanente.

Jordan, le "tombeur de cagoles à particules" ? L'expression est savoureuse. On assiste à une fusion chimique inédite : le populisme aseptisé rencontre la noblesse dévaluée. C’est le triomphe du paraître sur l’être. Elle porte un titre qui ne veut plus rien dire, il porte des espoirs qu’il n’a aucune intention de réaliser. C’est la rencontre entre le vide politique et la vacuité mondaine. Pendant que le contribuable se demande comment payer sa facture d'électricité, Jordan révise son arbre généalogique.

3. Le Syndrome de Cendrillon : les "Midinettes" du souverainisme
Mais le plus croustillant reste la réaction des troupes. Il faut voir nos "patriotes" de salon, et surtout ces jeunes midinettes souverainistes, s'extasier sur les réseaux sociaux. C’est le syndrome de Cendrillon version identitaire : elles croient voir un Roi en devenir, alors qu'elles ne contemplent qu'un politicien qui termine sa mue.
Mes chéries, réveillez-vous. Ce n’est pas de l’ascension sociale, c’est du storytelling pour captifs. Vous validez l'idée que le pouvoir est une affaire de dynastie et non de liberté. On nous serine les oreilles avec la souveraineté nationale, et le champion du mouvement s'en va batifoler avec les vestiges d'un système féodal qui aurait traité ses électeurs comme des serfs. Bardella a compris une chose : son électorat n'a pas besoin de programme économique cohérent, il a besoin d'un générique de fin de film Disney.
La farce continue
Au fond, cette idylle est une excellente nouvelle pour nous, les sceptiques de l'autorité. Elle prouve que la politique n’est qu’une vaste mise en scène destinée à divertir la galerie pendant que la machine étatique continue de tourner à vide.
Bardella n’est plus une menace pour l’ordre établi ; il en est le dernier bibelot à la mode. Il n’est pas venu pour libérer les Français du carcan de l’État, il est venu pour vérifier si les coussins du trône sont assez fermes. Une fois marié à la "caste", Jordan n'aura plus besoin de son électorat, si ce n'est comme décor de fond pour ses futures photos de famille dans Paris Match.
"Le souverainisme, c’est comme la noblesse : ça finit toujours par se vendre au plus offrant pour payer les factures du château."


