On connaissait la lutte des classes, voici la guerre des salons. Sophie de Menthon, la gardienne du temple d’ETHIC, vient de lâcher un communiqué d’une gravité presque liturgique. Le crime ? Un « entrisme » insoumis au cœur de la CPME. On imagine l’effroi : des petits patrons qui, au lieu de réciter leur catéchisme libéral-conservateur, vont s’encanailler à l’Institut de La Boétie chez Jean-Luc Mélenchon.


Sortez les sels, Sophie va défaillir.
La pureté du sang patronal
Ce qui fascine dans cette sortie, c'est cette obsession pour la « trahison du mandat ». Pour le patronat institutionnel ou, dans le cas d'Ethic, subventionné par quelques bienfaiteurs sans la moindre représentativité, mais soucieux de plaire à une figure emblématique des beaux quartiers parisiens où l'on aime vivre sur la bête en s'attribuant des mérites que l'on n'a pas, un entrepreneur n'est manifestement pas un individu libre de ses alliances ou de ses égarements, mais une pièce d’un échiquier dont le mouvement est dicté par une hiérarchie auto-proclamée.

Sophie de Menthon s’insurge : comment Amir Reza-Tofighi (pourtant dûment élu à la loyale, légitimité dont Sophie de Menthon, qui préside une association groupusculaire et d'entre-soi ne peut se réclamer) ose-t-il parler à « l’ennemi » ?
C’est là que le bât blesse. Pour un libertarien, le patronat organisé n’est souvent qu’une autre forme de bureaucratie, aussi rigide et allergique à la dissidence que le commissariat au Plan. Que des chefs d’entreprise aient envie de discuter avec des collectivistes est peut-être un mystère intellectuel — ou un syndrome de Stockholm carabiné — mais c’est leur droit le plus strict.
L’illusion de l’apolitisme
Le communiqué nous vend le concept merveilleux de structures « déclarées apolitiques ». Soyons sérieux deux minutes. Le patronat français vit de subventions, de niches fiscales négociées sous les lambris de la République et de décrets sur-mesure. Prétendre être apolitique quand on passe sa vie à faire du lobbying auprès de l’État et des élus, que l'on soutient sans trop se dissimuler Emmanuel Macron, c’est comme si un.e courtisan.e de Versailles se revendiquait vestale.

L’ironie atteint son paroxysme quand ETHIC définit les entreprises comme la « seule et l’unique colonne vertébrale de la France ». Quelle emphase ! Pour un libertarien, la colonne vertébrale, c’est l’individu, pas la structure juridique. En voulant « protéger » le système patronal, Sophie de Menthon ne protège pas la liberté d’entreprendre ; elle protège un système corporatiste de représentation, et une domination de caste : les bourgeois décadents du 7è arrondissement prétendent contrôler à qui les patrons peuvent parler.
Le Marché des Idées (même les mauvaises)
Sophie s’étonne : « On comprend moins ce que cherche le patron de la CPME ? ». C’est pourtant simple, chère Sophie : il cherche à exister dans un marché de la visibilité où le MEDEF rafle tout. Si pour cela il doit aller écouter des conférences sur la fin du capitalisme, grand bien lui fasse.
« Si l’idéologie LFI prône la destruction du capital, la meilleure façon de la combattre n’est pas de décréter l’excommunication, mais de laisser ces "petits patrons insoumis" se confronter à la réalité comptable de leurs propres utopies. »

En résumé
Ce communiqué n'est pas une défense de l'entreprise, c'est une scène de ménage chez les privilégiés de la représentativité. On s'accuse d'entrisme, on se soupçonne de financements occultes, on joue aux gardes-frontières idéologiques.
Pendant que ces instances s’écharpent pour savoir qui a le droit de porter le badge du « vrai capitalisme », le véritable entrepreneur, lui, se fiche éperdument de savoir si la CPME dîne avec Mélenchon ou si ETHIC boude le MEDEF. Il essaie juste de survivre à une administration qui, elle, est très politisée et parfaitement unie pour le tondre.



