L’euro joue à cache-cash, par Florent Machabert

L’euro joue à cache-cash, par Florent Machabert


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Grosse annonce en Italie ! Dans la loi de finances 2023, le gouvernement italien a présenté une mesure qui autorise les commerçants à refuser le paiement par carte bancaire pour un montant inférieur à 60€. Ne boudons pas cette petite victoire. Cette mesure est destinée à alléger les frais et commissions bancaires des artisans et commerçants lors des transactions payées électroniquement. Les commerçants devront évidemment donner un ticket de caisse pour ces paiements mais ne seront plus sanctionnés par des amendes, comme c’était le cas depuis que le gouvernement Draghi l’avait décidé pour tout refus de paiement par carte.

Toujours dans cette loi de finances, une autre mesure prévoit le relèvement du montant maximal pour payer en liquide un artisan ou un commerçant : désormais fixé à 5 000 €, le plafond était auparavant de 2 000 € et le même Draghi avait prévu qu’il soit rabaissé à 1 000 € en 2023 ! Heureusement que les urnes en ont décidé autrement. Conformément à ses promesses électorales, « la Meloni » – dont nous avons néanmoins appris à nous méfier, notamment  au plan géopolitique – se réoriente donc vers davantage de liberté. Sans surprise, ces mesures ont été vivement critiquées par les tenants de la « lutte contre l’évasion fiscale ». Quand on voit le niveau de corruption par le Qatar du groupe socialiste au Parlement européen, on pouffe. Rappelons évidemment que la Commission européenne, héraut devant l’éternel de la traçabilité numérique, s’est prononcée contre ces différentes mesures. 2023 devra décider si nous acceptons ou pas qu’on nous passe autour du cou la bride d’un pass monétaire, phase ultime du putsch institutionnel préconisé par le Great Reset.

Le chiffre de la semaine

10 000 € : pas assez cher, mon fils !

Comme en écho, l’Union européenne a décidé en fin de semaine dernière de limiter les paiements en espèce à 10 000 €, afin de lutter contre « le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ». Les transactions en cryptomonnaies supérieures à 1 000 € seront également davantage surveillées. Le tout en plein scandale FTX, qui sert opportunément d’écran de fumée pour jeter l’opprobre sur l’univers impitoyable des cryptos, alors qu’il s’agit ni plus ni moins d’une arnaque au petit porteur, sur fond de soupçons de blanchiment mêlant campagne de Joe Biden et guerre en Ukraine, comme je l’explique ici. Cette décision a d’ailleurs été prise dans le cadre de discussions au sein du Conseil de l’Europe, lequel doit rendre, quelque part entre septembre et octobre 2023, une décision de go ou de no go sur le projet d’un euro programmable permettant de fliquer quelque 341 millions d’utilisateurs.  Désormais, les résidents (ou visiteurs) de l’Union européenne ne pourront désormais plus faire de transactions en espèces supérieures à ce montant. Les États membres seront par ailleurs « bien évidemment » libres d’appliquer des seuils plus bas. Pour rappel, les paiements en espèce sont déjà limités à 1 000 € au paradis qu’est la France en matière de cash…

Cependant, les demandes faites auprès des plateformes d’échange de cryptos pourraient être difficiles à exécuter. Plusieurs sociétés ont fait savoir que les nouvelles exigences de l’UE seraient compliquées à respecter, voire impossibles. Demander à des services de vérifier la véracité des informations pour chaque transaction, en particulier avec des portefeuilles auto-hébergés (« self-hosted wallets ») paraît difficilement opérable. Un texte de plus qui aura sa croix au cimetière des législations oiseuses.

La déclaration de la semaine

« La BCE continuera d’augmenter régulièrement les taux pour assurer un retour de l’inflation vers l’objectif de 2 % »

Christine Lagarde

Dans une performance d’une rare acrimonie, la queen Christine a fait du « en même temps », se montrant tour à tour – et quelle performance ! – davossienne et macronienne. En effet, tout en renonçant à relever le principal taux directeur de 0,75 pt de % (la hausse se limitant finalement à 50 pb), Lagarde a fini par montrer les crocs en affirmant que les taux n’étaient pas près de baisser. Il faut y lire la volonté de la BCE de soutenir l’euro face au dollar, dans un contexte où, outre-Atlantique, on semble être entrés en désinflation. Mais le retour de l’inflation à 2% n’est ni pour 2023, ni pour 2024, tandis que la croissance elle, sera en berne, voire négative en 2023. Mais les banquiers centraux ont déjà choisi de sacrifier et l’emploi et la croissance qui devrait culminer à 0,3% en France l’an prochain. Avec la marge d’erreur habituelle, autant dire 0.

Dans ce paysage où Francfort semble être prêt à tout pour sauver la monnaie commune d’un marasme désormais évident, même à ses yeux, seule la BoJ, la banque centrale japonaise, a surpris les marchés en actant mardi dernier une vraie petite révolution : après 10 ans de taux long terme de sa dette à zéro voire négatifs, l’institution japonaise a décidé d’autoriser que ses obligations se négocient en territoire (légèrement) positif, ce qui a immédiatement mis un terme à la spirale de baisse du yen face au dollar et promet un refléchage potentiellement massif des capitaux vers Tokyo. Un nouveau coup de sabre nippon dans le dos du roi dollar, qui paraît en bonne voie, désormais, de se faire détrôner par les devises de tout le continent asiatique.

L’actif de la semaine

C’est parti pour la baisse de l’immobilier !

Ça y est : le prix des biens immobiliers anciens baisse dans la plupart des villes françaises de plus de 100 000 habitants. Ce sont les professionnels de l’immobilier eux-mêmes qui le disent ! Ainsi, selon MeilleursAgents, 18 des 35 plus grandes villes de France ont enregistré une baisse des prix immobiliers au cours des trois derniers mois. Selon Century 21, le prix de ses biens immobiliers en portefeuille a baissé de 1% à 3% depuis septembre dernier dans de nombreuses villes, notamment à Bordeaux, Nantes, Lyon ou encore, évidemment, Paris.

Cette baisse s’annonce durable et pourrait atteindre 15%. N’oublions pas que la flambée des prix des dernières années s’explique principalement par la forte baisse des taux de crédit, elle-même liée aux niveaux (artificiellement bas) des taux d’intérêt des obligations d’Etat (planche à billets). Aujourd’hui, la BCE augmente ses taux directeurs et arrête (temporairement selon nous, nous vous l’expliquons dans Finance & Tic) sa planche à billets : les taux d’intérêt des bons du Trésor et des crédits au sens large remontent donc fortement et durablement. Actuellement à 2,5%, le taux de la BCE atteindra bientôt 3%, voire 3,5% et le 10-ans pourrait finir par atteindre les 4%. Sauf à avoir besoin de cash, faites le dos rond, ne vendez surtout plus (sauf exceptions) votre pierre et attendez la remontée, une fois la bulle immobilière purgée et donc assainie. C’est ce qu’on appelle les montagnes russes, même si mon petit doigt me dit que l’intelligentsia ne goûte plus trop cette expression. Ah mais ça tombe bien, au Courrier, on n’en est pas membre !

Retrouvez nos dossiers bimensuels de sécession patrimoniale dans la boutique :

  • le N°1 consacré aux différentes classes d’actifs pour traverser la stagflation ;
  • le N°2 sur l’or-investissement ;
  • le N°3 sur les métaux blancs ;
  • le N°4 sur les matières premières ;
  • le N°5 sur l’art-investissement ;
  • le N°6 sur le non coté ;
  • le N°7 sur les devises étrangères ;
  • le N°8 sur les actions françaises ;
  • le N°9 sur les cryptoactifs ;
  • le N°10 sur les obligations souveraines étrangères ;
  • le N°11 sur l’assurance-vie ;
  • le N°12 sur l’entreposage physique de l’or.

Le N°13, à paraître le 08/01, proposera des pistes concrètes d’investissement dans la nature (vignoble, forêt, etc.), accompagnées de la mise à jour mensuelle du baromètre de la sécession.

Un dossier rétrospectif récapitulant les 12 dossiers de l’année 2022 est par ailleurs en préparation pour début 2023.


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