Les pouvoirs disproportionnés d’enquête et de contrôle de l’administration : le Conseil d’État appelle à plus de transparence

Les pouvoirs disproportionnés d’enquête et de contrôle de l’administration : le Conseil d’État appelle à plus de transparence


Partager cet article

Dans un rapport, le Conseil d'Etat dresse un état des lieux sévère des pouvoirs disproportionnés d'enquête et de contrôle des administrations. Pour être plus efficace, il propose de mieux encadrer ces pouvoirs dans un esprit de proportionnalité et de plus grande transparence.

Edouard Philippe, à l’époque 1er ministre, avait demandé au Conseil d’Etat de réaliser une étude sur les pouvoirs d’enquête et de contrôle de l’administration vis-à-vis des entreprises et des citoyens. Avec la crise sanitaire, le chantier est passé inaperçu. Mais le Conseil a mené à bien son enquête et a remis sa copie à Matignon.

Le 6 juillet 2021, le Conseil d’État a publié son étude sur les pouvoirs de contrôle et d’enquête de l’administration vis-à-vis des entreprises et des citoyens. Il constate la stratification et la multiplication des pouvoirs donnés aux administrations et l’absence de vision d’ensemble. Il propose une harmonisation des usages et une simplification des attributions et des compétences, afin d’améliorer le déroulement et l’efficacité de ces contrôles qui font partie intégrante de notre pacte social.

1.Les pouvoirs disproportionnés de l’administration

Douaniers, contrôleurs des impôts, inspecteurs du travail, de l’environnement, de santé publiques vétérinaire, agents des URSSAF, de la DGCCRF, inspecteurs et contrôleurs des ARS, enquêteurs de l’autorité de la concurrence sont les plus connus des agents de l’Etat disposant de pouvoirs d’enquête et de contrôle, souvent très vastes, parfois disproportionnés eu finalement peu transparents. Le Conseil d’Etat relève que :

« (…) s’ils répondent à une forte demande sociale et sont perçus comme protecteurs (…) ces contrôles (…) sont souvent dénoncés (…). »

Ils sont ainsi 50.000 agents dédiés au contrôle du respect des normes et des règlements. Et le Conseil d’Etat de reconnaitre :

« Tout contrôle de l’administration peut bouleverser la vie de celui qui en est l’objet. »

2.La faute au législateur

Au fil du temps, les différentes administrations ou autorités administratives indépendantes ont bénéficié d’un arsenal de pouvoirs sans cesse élargi, le législateur cherchant le « toujours plus » pour montrer sa détermination à lutter contre les fraudes.

Des pouvoirs souvent très intrusifs, permettant des perquisitions, saisies, etc. Sans garanties harmonisées.

Chaque année c’est toujours plus de normes réglementaires (arrêtés, décrets) ou législatives (ordonnances, lois, lois organiques) qui nécessitent plus de contrôles, de fonctionnaires, et contribuent à la croissance de cet Etat ventripotent et centralisateur.

3.Les recommandations du Conseil d’Etat

Le Conseil d’État dénonce le manque de transparence dans les procédures  et définit trois grandes thématiques dans ses recommandations :

–  l’harmonisation des pouvoirs d’enquête et de contrôle des administrations grâce à la mise en place d’un « socle commun » qui réunirait les règles et dispositifs de contrôle et intègrerait une charte du contrôle, remise aux personnes contrôlées avant le passage de l’administration, leur indiquant l’ensemble des informations clés sur la règle de procédure, leurs droits ainsi que les suites éventuelles du contrôle ;

– la simplification des attributions et des compétences qui passe par la simplification des textes désignant les agents compétents, la formation des agents et l’évaluation des pouvoirs attribués aux administrations en fonction de leur usage et de leur utilité ;

– et une meilleure transparence de l’administration sur la réalisation et les résultats des contrôles, grâce à la mise en place d’outils de pilotage et d’indicateurs cohérents et une meilleure communication dans les rapports annuels d’activité.

En France, l’administration peut tout et ne rend que rarement des comptes. Le juge administratif a vu exploser le nombre de contentieux ces dernières années. « L’administration française a‐t-elle réellement besoin de tous ces pouvoirs d’enquête et de contrôle ? », pointe l’étude.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Pourquoi le cours de l'or a baissé aujourd'hui, par Vincent Clairmont

Pourquoi le cours de l'or a baissé aujourd'hui, par Vincent Clairmont

La chute du cours de l'or observée aujourd'hui, le 30 janvier 2026, est directement liée à la nomination de Kevin Warsh par le président Donald Trump pour succéder à Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale (Fed). Cette baisse s'explique par trois mécanismes financiers majeurs déclenchés par ce choix : 1. Le profil "Hawkish" (Faucon) de Kevin Warsh Kevin Warsh est perçu par les marchés comme un "faucon", c'est-à-dire un responsable favorable à une politique monétaire plus stricte po


Rédaction

Rédaction

Arno Klarsfeld en rajoute une louche dans la concurrence victimaire de la Shoah

Arno Klarsfeld en rajoute une louche dans la concurrence victimaire de la Shoah

L'actualité nous offre une nouvelle séquence dont la mise en scène frise l'indécence. Arno Klarsfeld, figure médiatique et héritier d'un combat mémoriel nécessaire, a décidé de porter plainte pour « incitation à la haine » suite à des tweets qualifiés d'« abjects ». Au cœur du litige : ses propos sur l'utilisation du terme « rafles » pour qualifier les interpellations d'étrangers en situation irrégulière. Si l'on peut, par principe, condamner la violence numérique des réseaux sociaux, il est


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

En plein regain diplomatique, Bruxelles cherche son salut à Hanoï

En plein regain diplomatique, Bruxelles cherche son salut à Hanoï

L'Union européenne a officialisé un "partenariat stratégique global" avec le Vietnam. Bruxelles se hisse au rang des grandes puissances à Hanoï. Une opération de communication diplomatique qui cache mal une fuite en avant pour tenter de peser dans un monde multipolaire. Alors que les projecteurs étaient braqués sur les tensions commerciales entre Washington et Pékin, l'Union européenne a discrètement procédé, jeudi, à une mise à niveau majeure de ses relations avec le Vietnam.  Le Vietnam et l’


Rédaction

Rédaction

Chronique des craquements dans la caste : les pompiers lillois et les CRS

Chronique des craquements dans la caste : les pompiers lillois et les CRS

Le jeudi 29 janvier 2026, les rues de Lille n'étaient pas le théâtre d'une énième manifestation citoyenne, mais d'une collision frontale entre deux piliers du régime : les soldats du feu et les forces de l'ordre. Plus de 700 pompiers ont forcé les lignes, rappelant une vérité que le pouvoir central feint d'ignorer : lorsque la base n'a plus les moyens de sa mission, c'est l'ordre public qui s'effondre. Le jeudi 29 janvier, plus de 700 pompiers du département du Nord se sont réunis à Lille pour


Rédaction

Rédaction