Le Louvre à terre, la caste debout : l'obscène impunité de la noblesse d'État

Le Louvre à terre, la caste debout : l'obscène impunité de la noblesse d'État


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Avant même le cambriolage désastreux du Louvre, la Cour des Comptes avait officiellement pointé la réticence de la direction du Musée face au renforcement de la sécurité... Mais Macron et Dati refusent la démission de l'impétrante. Copains - coquins.

88 millions d’euros. C’est la facture que l'État présente aux Français pour solder des décennies d’incurie administrative et d'arrogance managériale. Le pillage des joyaux de la Couronne n’est pas un fait divers, c’est un acte politique. C’est la radiographie d’un État en phase terminale, incapable d’assurer ses missions régaliennes les plus fondamentales, mais d’une efficacité redoutable lorsqu’il s’agit de protéger sa nomenklatura.

Le musée passoire : chronique d'une faillite d'État

Pendant que l'on vous rackette au moindre écart sur la route, le musée le plus célèbre du monde était gardé comme une kermesse de sous-préfecture. Le pré-rapport de la Cour des Comptes, qui a fuité au lendemain du désastre, est un réquisitoire glacial contre l'impuissance publique organisée.

Les chiffres sont hallucinants : 60 % des salles de l’aile Sully et 75 % de celles de l’aile Richelieu étaient dépourvues de vidéosurveillance.

Ce n'est pas une surprise, c'est une faute systémique. Depuis des années, les alertes sont ignorées. La Cour des Comptes savait. Les syndicats savaient. Elise Muller, de SUD-Culture, le rappelait crûment sur France 24 le 20 octobre : "Les personnels du Louvre n’ont eu de cesse d’alerter (...) des failles que nous pouvons constater au quotidien".

Mais l'administration a d'autres priorités. Comme l'a noté la Cour, les budgets de sécurité ont été fléchés vers les expositions temporaires – il faut rassurer les prêteurs étrangers – au détriment de notre propre patrimoine.

Pire encore, et c'est là que l'absurdité de l'étatisme français éclate au grand jour : non content d'être inefficace, l'État paralyse l'action. La Fédération Française de la Sécurité Privée (FFSP) a mis les pieds dans le plat : la réglementation française, rigide et bureaucratique, interdit l'utilisation en temps réel des technologies modernes comme l'analyse comportementale par IA. Les outils existent, mais la bureaucratie les proscrit. L'État préfère réguler que protéger.

Laurence de Pérusse des Cars : l'incarnation de la caste

Qui préside à ce désastre ? Regardons le sommet. Laurence des Cars. Ou plutôt, soyons précis, comme l'indique le décret de nomination du 31 juillet 2021 : Mme Laurence de Pérusse des Cars. Un nom à particule pour diriger le palais des Rois.

Il faut comprendre le pedigree pour saisir le système. Elle est la fille de Jean des Cars, journaliste et biographe mondain. La petite-fille de Guy des Cars, romancier à succès. Issue d'une des plus anciennes familles de la noblesse française. Son parcours est la quintessence de la reproduction des élites : Sorbonne, École du Louvre, Institut National du Patrimoine.

Sa nomination par Emmanuel Macron en 2021 n'était pas fondée sur une expertise en sécurité, mais sur sa capacité à naviguer dans les allées du pouvoir et à cocher les cases de l'idéologie du moment. C'est une nomination de caste, où l'origine sociale et le réseau priment sur la compétence opérationnelle. Quand le réel frappe à la porte à coups de disqueuse, l'aristocratie d'État est prise au dépourvu.

Dati et Macron : le pacte de l'irresponsabilité

Face à l'humiliation mondiale, Laurence des Cars a eu le réflexe minimum : présenter sa démission. Elle l'a confirmé lors de son audition au Sénat le 22 octobre. Réponse immédiate de Rachida Dati, ministre de la Culture : refusée. Avec la bénédiction de l'Élysée.

Imaginez la scène dans le secteur privé. Un PDG dont l'entreprise subit une perte de 88 millions d'euros à cause de négligences managériales avérées serait révoqué séance tenante.

Dans la haute fonction publique française, c'est l'inverse. L'échec garantit le soutien du Prince.

Rachida Dati, en refusant cette démission, active le vieux réflexe du "parapluie". Le ministre couvre son administration pour éviter d'assumer la responsabilité politique du naufrage. La défense de Mme des Cars au Sénat fut d'ailleurs un modèle de défaussement bureaucratique, arguant qu'elle n'avait cessé d'alerter sa tutelle sur "l'état de dégradation et d'obsolescence générale du Louvre". Traduction : je savais, mais ce n'est pas ma faute si ma hiérarchie n'a rien fait. Responsable, mais jamais coupable.

La sécession des élites et la colère du peuple

Ce spectacle d'impunité est un poison mortel pour la cohésion nationale. Il acte la sécession entre le "pays légal" – cette élite hors-sol qui cumule avantages, prestige et salaires confortables sans jamais rendre de comptes – et le "pays réel" – celui qui travaille, qui subit la pression fiscale et qui paie les conséquences de leur incurie.

Comment demander le civisme aux citoyens quand le sommet de l'État s'en exonère ? Le petit agent de sécurité qui aurait failli serait déjà licencié. La directrice, issue du sérail, est intouchable.

Le pillage du Louvre est la métaphore parfaite d'un État qui a abandonné ses missions régaliennes tout en préservant férocement les privilèges de ceux qui le dirigent. Ils n'ont pas su protéger nos bijoux de famille, mais soyez assurés qu'ils sauront protéger leurs carrières. Jusqu'à la révolte finale.


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