Mardi dernier, l’Arcom a dévoilé les résultats d'une enquête menée en novembre auprès de 2 000 personnes, confrontées à un panel de dix affirmations. Le verdict est sans appel : seuls 23 % des sondés auraient identifié correctement les sept « fake news » présentées. Face à ce constat de « vulnérabilité » collective , Martin Ajdari, président de l’autorité, veut poser les bases d’un renforcement de son pouvoir, et plaide pour une régulation plus « directive » des plateformes.

Mardi, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a publié les résultats d’une étude en ligne réalisée en novembre auprès de 2 000 Français. Objectif affiché : mesurer la perméabilité aux fausses informations. Verdict : seuls 23 % des participants ont réussi à identifier les sept affirmations trompeuses glissées dans un panel de dix informations. Pour Martin Ajdari, président de l’instance, ce chiffre justifie une mainmise sur l’espace numérique.
Une méthodologie orientée, une conclusion préécrite
L’étude repose sur un panel de 2 000 personnes interrogées en ligne en novembre. Dix affirmations leur étaient soumises, dont sept fausses. Résultat : seuls 23 % des sondés ont correctement identifié l’ensemble des fausses informations, tandis que 22 % en ont validé au moins quatre comme étant « certainement vraies ». Plus des trois quarts des participants ont cru au moins une fausse affirmation.

Ces chiffres sont brandis comme preuve d’une vulnérabilité généralisée. « Nous sommes tous vulnérables à la désinformation », affirme le président de l’Arcom, Martin Ajdari. Pourtant, le protocole limité à dix items, dont une majorité de contenus erronés interroge. Il teste davantage la défiance que la capacité réelle d’analyse critique dans un environnement informationnel complexe.

Autre élément notable : l’étude distingue des profils « perméables », davantage utilisateurs de réseaux sociaux et d’outils algorithmiques, et des profils « résistants », plus diplômés et consommateurs de médias traditionnels. Une typologie qui tend implicitement à réhabiliter ces derniers comme sources fiables — sans interroger leurs propres biais ou erreurs passées.
Du règlement européen à la régulation « verticale »
Le véritable enjeu n'est pas pédagogique, mais policier. L’Arcom, bras armé du Règlement européen sur les services numériques (DSA), déplore le manque de « volontarisme » des plateformes depuis le changement de paradigme politique aux États-Unis.

Benoît Loutrel, membre du collège de l’autorité, pointe explicitement l'élection de Donald Trump comme un facteur de risque, justifiant ainsi une reprise en main brutale.
Cette volonté de passer à une régulation « verticale » signifie la fin de la corégulation. Il ne s'agit plus de demander aux réseaux sociaux de modérer, mais de leur imposer des filtres algorithmiques définis par l'État. Selon l'atude, 80 % des sondés jugeraient « nécessaire » de lutter contre les fausses informations. Traduction : plus de pouvoir direct de l’État sur ce qui circule en ligne, sous couvert de lutte contre les contenus « illicites et préjudiciables », qui va transformerl'espace numérique en une zone de pensée sous surveillance.

Parallèlement, une étude Ifop pour Cision souligne que 89 % des Français échouent à un test de détection des fake news, avec une moyenne de 5,4/20. Là encore, la conclusion converge : la population serait trop vulnérable pour être laissée à elle-même.

En l’absence de toute interrogation sur les « fake news » historiquement produites par les médias mainstream ( le Figaro, BFMTV...), l’étude de l’Arcom ne mesure pas une réalité, mais construit un récit.
L’Arcom, institution publique, instrumentalise cette enquête pour réclamer plus de leviers sur les géants du numérique au moment précis où ceux-ci, sous pression politique américaine, résistent davantage. L’enjeu n’est pas la vérité, mais le contrôle de la circulation de l’information.





