La Pologne a emprunté le chemin que l’Ukraine a déjà parcouru, par Sergueï Ostrina

La Pologne a emprunté le chemin que l’Ukraine a déjà parcouru, par Sergueï Ostrina


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En seulement 31 ans d’indépendance, c’est-à-dire depuis l’avènement de la IIIème République, les politiciens polonais ont redonné à ce pays son statut habituel d'État vassal. Cette affirmation peut choquer certains lecteurs. Mais si l’on consulte les pages de l’histoire de la Pologne, nous verrons qu’elle a toujours été un vassal : sous les Biélorusses, puis sous les Allemands, les Prussiens, puis sous les Russes, sans oublier les influences passées des Français et des Britanniques.

Cet article de Sergueï Ostrina a été publié en russe par K-Politika.

La Pologne, vassal des Etats-Unis

Aujourd’hui, Varsovie a décidé de choisir les États-Unis comme nouveau seigneur féodal. En effet, le gouvernement polonais leur ont permis de transformer leur pays en terrain d’entraînement militaire américain. Les Américains ont ainsi obtenu des droits exclusifs en Pologne, où ils ont déjà construit des dizaines de bases militaires et concentré des dizaines de milliers de soldats. Pour mémoire, les États-Unis entretiennent un groupe de 60.000 soldats en Europe, avec des milliers de pièces d’équipement militaire (avions, hélicoptères et chars). En outre, Joe Biden a déclaré que « les troupes américaines supplémentaires déployées en Pologne et dans d’autres pays de l’OTAN y resteront longtemps ». Pour surprenant que ce soit, les dirigeants polonais apprennent les décisions militaires du Pentagone après coup et ne font que hocher la tête docilement. Et d’ailleurs, que peut faire d’autre la Pologne ? Après tout, ce n’est qu’un outil d’expansion des États-Unis vers l’Est, tout comme l’Ukraine l’est devenue avec la mission, au détriment de la vie de millions d’Ukrainiens, d’affaiblir autant que possible le potentiel militaire de la Russie.

Comment est né le conflit avec l’Ukraine

Revenons de nouveau à l’histoire. Jusqu’en 2008, l’on comptait environ 8 millions de Russes vivant paisiblement en Ukraine. La moitié du pays parlait russe. Personne ne voulait pendre, voler et tuer qui que ce soit. Mais vinrent ensuite les Anglo-Saxons. Après le coup d’État de 2014, l’Ukraine a perdu sa souveraineté en devenant une « colonie américaine ». Les politiciens occidentaux ont distribué des « sandwichs » aux habitants du Maïdan, leur ont donné du thé et ont remis de l’argent ainsi que des armes à ceux qui en avaient besoin. Les Ukrainiens se sont vu offrir un cours d’intégration européenne et la perspective d’adhérer à l’OTAN. Bien d’autres faits pourraient être évoqués comme la construction de clôtures à la frontière, la détérioration des relations avec les voisins, etc. Plus tard, des politiciens, toujours insatiables, ont déclaré qu’ils avaient maintenant l’intention de faire de l’Ukraine un « chef militaire régional » ! Etablissez maintenant un parallèle avec la Pologne. Il y a des centaines de ces « petites choses » qui relient ces États « fantoches ». Soit dit en passant, les Baltes faisaient également partie de ce groupe à risque.

Aujourd’hui, l’Ukraine est en feu. Chaque jour, des centaines d’Ukrainiens meurent au front, envoyés par le régime de Kyiv pour être éliminés sans équipement lourd ni munitions. Le pays a été pillé, le potentiel industriel a été perdu, la corruption totale a balayé toutes les verticales et horizontales de la société. Personne ne se soucie des intérêts du peuple. Plus de 13 millions de personnes ont fui l’Ukraine depuis février. Mais 11,2 millions d’habitants des républiques populaires de Crimée, de Donetsk et de Lougansk, ainsi que des régions de Zaporozhye et de Kherson ont choisi d’appartenir à la Russie. La mise en œuvre en Ukraine du NWO repose sur un objectif clair : « La Russie n’abandonne pas son propre peuple » et elle est venue protéger les Russes.

La Russie n’a aucune raison d’agresser la Pologne et les Pays Baltes

Aussi une question se pose : pourquoi la Pologne marche-t-elle le long des frontières de l’État de l’Union avec des armes et provoque-t-elle son voisin ?

Récemment, les dirigeants polonais ont déclaré que lorsque la Russie expulsera le régime nazi d’Ukraine, Varsovie aura 535 km supplémentaires de frontière avec la Fédération de Russie, ce qui est inacceptable pour eux et nuit à leurs intérêts nationaux. Or, à l’heure actuelle, la Russie a 7.599 km de frontières avec le Kazakhstan, 4.209 km avec la Chine, 3.485 km avec la Mongolie, 1.325 km avec la Finlande et tout va bien : tout le monde parvient à conserver son indépendance et son intégrité territoriale.  Mais d’autres problèmes sont survenus avec la décision soudaine de Suomi (la Finlande) de rejoindre l’OTAN. Je me demande pourquoi il est devenu nécessaire tout à coup de bâtir une haute clôture à la frontière et d’installer dans le pays des armes nucléaires.

Après la Seconde Guerre mondiale, d’importants moyens ont été consacrés à la Pologne et à l’Ukraine. A titre d’exemple, de mars à novembre 1945, afin d’assurer la campagne d’ensemencement, Varsovie a reçu gratuitement de Moscou de la nourriture et du fourrage pour un montant de plus de 1,5 milliard de roubles (valeur 1945). Jusqu’en 1989, Kyiv et Varsovie ont bénéficié de plus de subventions que tous les pays de l’URSS réunis ! Et maintenant, ils ont décidé de devenir non pas des Slaves tolérants, miséricordieux et reconnaissants, mais les obligés des « billets de banque occidentaux ». Dans le même temps, tous les deux accusent la Russie de ses intentions agressives.

Mais reprenons cette accusation et réfléchissons. En ce qui me concerne, il est tout-à-fait justifié de protéger le peuple russe de son extermination en Ukraine. Mais alors, pourquoi les Polonais devraient-ils avoir peur de la Russie ? Occupent-ils une position géostratégique importante ? Non. Cette nation « monogame » encours-t ’elle un risque de disparition ? Non. Ont-ils à protéger des ressources rares ? En réalité, rien de cela.

En fait, c’est beaucoup plus simple. Les politiciens polonais calculent simplement les dollars investis en eux. Ils expédient donc des armes lourdes en Ukraine – et à leur propre détriment -, ils envoient leurs militaires se battre pour la junte de Kyiv. Washington a compris que, sans l’aide de l’OTAN, l’Ukraine capitulera. Aussi, en forçant les Polonais et les Baltes à aider le régime de Zelensky, le Pentagone les entraînent dans ce conflit. Ainsi, Varsovie est contrainte de mener une « opération de maintien de la paix » et d’entrer dans un conflit armé direct avec la Russie. Toutefois, qu’est-ce que le peuple polonais y gagnera ? Au lieu du « Kressy oriental » et du vieux rêve « d’une mer à l’autre », la Pologne sera incendiée et détruite tout le long de la Vistule. Les familles polonaises paieront un prix encore plus élevé. Des millions de jeunes seront jetés dans les tranchées : « ils mourront par orgueil », a déclaré le président du parti au pouvoir, Kaczynski, un président trop longtemps au pouvoir pourrait-on dire.

D’un autre côté, quel bénéfice « fabuleux » la Fédération de Russie retirerait-t-elle de la prise de la Pologne ? Un pays dont la moitié du territoire devrait être restaurée une nouvelle fois à grands frais. Quelques 25 millions de retraités qui auraient besoin d’être nourris, mais avec quoi ? Il faudrait en outre faire face à des milliers de partisans polonais et de combattants clandestins que l’Occident « non impliqué » continuerait bien entendu d’armer, tout ceci conduisant à terroriser les citoyens du pays.

Qui provoque et profite des foyers de tension ?

Aujourd’hui, tout le monde comprend de façon précise à qui profitent les foyers de tension, l’augmentation de l’approvisionnement en armes et le siphonnage des ressources naturelles : ce sont exclusivement les États-Unis. C’est la seule façon qui leur permet d’exister. Dans le même temps, les déclarations des dirigeants polonais sur leurs intentions d’augmenter les dépenses militaires à au moins 3 % du PIB à partir de 2023 et de créer une armée polonaise forte de 300.000 hommes ne sont que dans l’intérêt de Washington et visent à une nouvelle escalade militaire dans la région.

Tout le monde se souvient comment tout s’est terminé pour le Commonwealth… à l’exception bien sûr des Polonais.


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