La fin de la liberté d’expression (3è partie) –  aliéner notre volonté : une attaque contre notre cerveau ! par Ulrike Reisner

La fin de la liberté d’expression (3è partie) – aliéner notre volonté : une attaque contre notre cerveau ! par Ulrike Reisner


Partager cet article

L'utilisation de l'intelligence artificielle à l'interface entre l'homme et la machine (réalité virtuelle) ne cesse de progresser. Les États s'allient à la technostructure pour contrôler la pensée, les sentiments et les actions des hommes. La liberté de parole ainsi que la libre expression et la diffusion publique d'une opinion sont ainsi éradiquées.

« Les humains jouent un jeu contre l’ennemi juré, la désorganisation. Ce diable est-il manichéen ou augustinien ? Est-il une force contraire opposée à l’ordre ou est-il l’absence même d’ordre ? »

Norbert Wiener, à qui l’on doit ces mots, était un mathématicien et philosophe américain et est considéré comme le fondateur de la cybernétique. John Gray consacre quelques réflexions à Norbert Wiener et à ses pensées sur la relation entre l’homme et la machine dans son livre « The Soul of the Marionette ». Pour Wiener, écrit Gray, la science était un jeu contre la nature : la question de savoir si la nature était un démiurge malveillant ou une simple absence d’ordre restait ouverte. Même dans ce dernier cas, la nature présente une forme d’intelligence, et il n’y a aucune raison d’exclure qu’il en soit de même pour les machines.[1]

Si la nature pouvait produire des machines intelligentes sous la forme de l’espèce humaine, écrit encore Gray, le processus d’évolution se poursuivrait chez les machines. Il pourrait y avoir un jeu entre les hommes et les machines, ce jeu aurait pour conséquence que les machines dépassent la compréhension de leurs inventeurs humains.

Dans ma récente contribution sur la fin de la liberté d’expression, j’ai abordé le fait que les États s’allient à la technostructure pour entraver ou perturber la communication et la liberté d’information. [2] Ce texte, qui est le troisième et dernier de cette mini-série, traite de l’étape suivante : l’alliance entre les États et la technostructure pour orienter la communication dans la direction souhaitée et contrôler ainsi le comportement des gens. L’utilisation de l’intelligence artificielle à l’interface entre l’homme et la machine (réalité virtuelle) ne cesse de progresser. Je ne peux pas répondre à la question de savoir si cela signifie la fin de la « volonté libre » (si tant est qu’une telle volonté libre existe). Mais si le « désordre » et « l’incontrôlable » dans la communication humaine sont systématiquement éradiqués, cela signifie la fin de la liberté d’information et d’expression.

 

La grande affaire

Laurent Aventin l’a récemment résumé en évoquant l’utilisation des micropuces et des nanoparticules en médecine : « Les progrès de la bio-informatique permettent de pirater l’esprit d’une personne, ce que la très grande majorité des citoyens considère comme de la science-fiction.»[3]

Ce dont nous parlons ici est une grande affaire avec, aussi sarcastique que cela puisse paraître, un énorme potentiel. Elon Musk et huit autres investisseurs ont fondé en 2016 l’entreprise de neurotechnologie Neuralink[4], afin de développer ce que l’on appelle une interface cerveau-ordinateur. Cette interface permet la communication entre le cerveau humain et les ordinateurs. La puce peut être implantée chirurgicalement dans le crâne par un robot piloté par un neurochirurgien. Comme pour toutes les interventions massives dans l’intégrité humaine, l’accent est mis en premier lieu sur le bénéfice individuel. Ainsi, l’objectif déclaré à court terme de Neuralink est de pouvoir mieux traiter les maladies graves du cerveau et du système nerveux central. Mais les objectifs à long terme comprennent entre autres l’amélioration technique du corps humain (« human enhancement »), afin de pouvoir suivre les progrès du développement de l’intelligence artificielle. Il ne s’agit ni d’un secret ni d’une théorie du complot. Ce qui est perfide – Edouard Husson l’a évoqué en prenant l’exemple du Forum Alpbach [5]– c’est que la majeure partie des informations relatives à ce développement est librement accessible. L’interface entre l’homme et la machine est déjà une réalité !

En 2010, le projet VERE[6] (Virtual Embodiment and Robotic Re-Embodiment) a été lancé avec un soutien de 10 millions d’euros de l’UE. Grâce à de nouveaux canaux sensoriels et à l’intégration de la réalité virtuelle et de la robotique, l’équipe du projet a découvert qu’il était possible de donner à l’homme l’illusion suivante : Un corps dans la réalité virtuelle ou un corps robotique réel est perçu comme son propre corps lorsqu’il se comporte en accord et en synchronisation avec ses propres mouvements. Il a déjà été prouvé que cela fonctionne même sur de grandes distances. Ainsi, un participant à l’étude en Israël a été « transféré » avec succès dans un robot en France. Des patients souffrant de lésions de la moelle épinière en Italie se sont imaginés dans des corps robotisés en Japon.

Mais le grand commerce ne se fait pas seulement dans la douleur et la souffrance, mais aussi dans le plaisir. Dans le cadre du projet VERE, Michael Mandary s’est intéressé de près aux illusions corporelles. Le magazine allemand Der Spiegel a interviewé Mandary à ce sujet en 2016. Quelle est la différence entre s’imaginer avoir des relations sexuelles avec son voisin et s’imaginer que cela fait partie d’une expérience de réalité virtuelle ? Réponse de Mandary : « Dans la réalité virtuelle, c’est beaucoup plus réaliste. Vous avez « l’illusion du lieu », « l’illusion d’incarnation », ce ne serait pas un fantasme. Vous auriez l’impression d’y être. La technologie VR trompe notre cerveau et nous donne le sentiment que ce qui se passe dans la réalité virtuelle se passe réellement ! »[7]

 

La mesure du cerveau

La technostructure s’empare de l’organe le plus complexe que la nature ait créé : celui du cerveau humain. Il y a dix ans, la revue Neuron présentait le « Brain Activity Map Project »[8] comme « un projet public international à grande échelle visant à cartographier toute l’activité neuronale et à reconstruire entièrement les circuits neuronaux ». Les chercheurs voulaient développer des moyens de mesurer « chaque potentiel d’action (spike) de chaque neurone » afin de comprendre comment des pensées complexes sont générées par le feu de ces neurones.

L’administration Obama en a fait un « grand projet américain »: l’initiative BRAIN[9] (Brain Research Through Advancing Innovative Neurotechnologies®) vise, selon ses propres termes, à révolutionner la compréhension du cerveau humain. Il va sans dire que les deux principaux acteurs de ce projet sont la DARPA[10] et l’IARPA[11]. L’armée et les services secrets américains sont en première ligne lorsqu’il s’agit de développer l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique, les ordinateurs quantiques et la biologie artificielle.

Dans le cadre de l’initiative BRAIN, la prochaine étape consistera à quantifier davantage les comportements humains complexes et à les relier aux cartes neuronales du cerveau et aux enregistrements de l’activité cérébrale. De nouveaux fonds ont récemment été annoncés pour les chercheurs chargés de développer la prochaine génération d’instruments afin d’étudier la manière dont les réseaux neuronaux génèrent le comportement, les pensées et l’humeur humains.[12]

Il existe également une variante européenne à ce sujet : le Human Brain Project.[13] Dans une publication récente sur le thème « Deploying and Optimizing Embodied Simulations of Large-Scale Spiking Neural Networks on HPC Infrastructure », on peut lire l’objectif de la recherche :

« Bien qu’il existe des théories décrivant comment l’architecture du cerveau et l’activité neuronale soutiennent les capacités cognitives de haut niveau spécifiques à l’homme, telles que le bon sens, la capacité de généralisation et la conscience de soi, leur validation expérimentale in vivo est généralement impossible pour des raisons à la fois techniques et éthiques. (…) Pour que le cerveau simulé puisse rivaliser avec les données collectées par les êtres vivants, il faut lui donner la possibilité d’interagir avec un environnement dynamique, physiquement réaliste et sensoriellement riche. C’est ce que nous appelons l’incarnation ».[14]

L’architecture de simulation est actuellement préparée de manière à être accessible à tous. En bref, la communauté scientifique internationale, composée (encore) d’« êtres vivants », est appelée à se connecter à ce « super cerveau » afin de partager avec lui le plus grand nombre possible de ses expériences et de ses capacités.

 

L’appât doit avoir du goût

L’interface entre l’homme et la machine est une réalité. Pourtant, les implants à micropuce suscitent le malaise chez de nombreuses personnes. Différentes stratégies sont donc nécessaires pour convaincre les « êtres vivants » de leurs avantages. La peur et l’inquiétude pour sa propre vie et sa santé en font partie – nous avons pu observer de manière exemplaire ces dernières années comment cela peut fonctionner.

Mais il sera encore plus efficace de prendre l’homme là où il est le plus vulnérable : dans ses désirs de sensations agréables, son besoin de sécurité émotionnelle, sa tendance à se tromper, ses peurs et ses espoirs irrationnels. C’est là que la technologie VR industrielle peut cibler à grande échelle le système de récompense émotionnelle. La manipulation des gens par la réalité virtuelle augmentera dans la mesure où elle fera en sorte que notre cerveau libère une combinaison appropriée de neurotransmetteurs qui provoqueront en nous ce dont nous sommes le plus avides : Récompense, joie et sentiment de bonheur.[15] Seulement, ces sentiments n’auront plus rien à voir avec le monde réel !

Notes

[1] John Gray, The Soul of the Marionette. A Short Enquiry into Human Freedom, Penguin 2016, 102-103

[2] https://migrate.lecourrierdesstrateges.fr/2022/08/19/fin-de-la-liberte-dexpression-2e-partie-marchandisation-et-censure-main-dans-la-main-par-ulrike-reisner/

[3] https://migrate.lecourrierdesstrateges.fr/2022/08/25/micropucage-des-enfants-et-nanotechnologies-dans-les-injections-anti-covid-une-realite-quils-ne-cachent-plus-par-laurent-aventin/

[4] https://neuralink.com/

[5] https://migrate.lecourrierdesstrateges.fr/2022/08/22/un-mini-davos-autrichien-le-forum-dalpbach-par-edouard-husson/

[6] https://cordis.europa.eu/article/id/182982-real-life-meets-scifi-the-embodiment-station/fr

[7] https://www.spiegel.de/kultur/gesellschaft/virtual-reality-sex-was-wir-dort-erleben-fuehlt-sich-echt-an-a-1119504.html

[8] https://www.cell.com/neuron/fulltext/S0896-6273(12)00518-1

[9] https://braininitiative.nih.gov/

[10] https://www.darpa.mil/

[11] https://www.iarpa.gov/

[12] https://www.psychologytoday.com/ca/blog/psychology-through-technology/202208/mapping-the-brain-the-future-neuroscience

[13] https://www.humanbrainproject.eu/en/

[14] https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fninf.2022.884180/full

[15] https://larsjaeger.ch/english/


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Topinambours : ce que nous révèle le fiasco du 1er mai sur les années sombres à venir

Topinambours : ce que nous révèle le fiasco du 1er mai sur les années sombres à venir

Le gouvernement vient de faire machine arrière in extremis sur un projet pourtant parfaitement prévisible : l'évolution des règles sur le travail le 1er mai. Au-delà de la simple incompétence de l'équipe en place, ce fiasco est au confluent des dérives étatistes françaises. Visiblement, personne n'en prend conscience dans les sphères politiques, et rien que cela est mauvais signe pour l'avenir. Faisant de l'huile sur sa chaise, le Premier Ministre, flanqué de son directeur de cabinet aussi char


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Bardella : qu'est-ce que le caillou "RepNat du ghetto" dans sa chaussure, par Elise Rochefort ?

Bardella : qu'est-ce que le caillou "RepNat du ghetto" dans sa chaussure, par Elise Rochefort ?

Comme nous l'avons soutenu, tout indique que la caste a envie de parier sur Bardella en 2027, notamment parce qu'il est susceptible d'être bien placé dans le tiercé des prochaines présidentielles. Encore faut-il nettoyer sa réputation, notamment avec cette ténébreuse affaire de la "RepNat du ghetto". Elise Rochefort vous dit tout. L'affaire « RepNat du Ghetto » (ou « RepNat du Gaito ») désigne une polémique portant sur l'utilisation présumée par Jordan Bardella d'un compte Twitter (X) anonyme e


Rédaction

Rédaction

Le maire LR de Besançon porte plainte contre le collectif Nemesis

Le maire LR de Besançon porte plainte contre le collectif Nemesis

Lundi 13 avril 2026, la ville de Besançon a déposé plainte pour « provocation à la haine » contre le collectif « féministe-identitaire » Némésis. Motif : une banderole jaune et rouge, déployée la veille pendant le carnaval, qui reliait explicitement violences sexuelles et immigration. Le maire LR Ludovic Fagaut, élu il y a quelques semaines seulement, condamne « fermement » ces faits au nom du « vivre-ensemble ». Pour beaucoup, il s'agit d'une continuité idéologique avec la gauche qu'il a pourta


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L’empire du casher: pourquoi crevettes, huîtres et crabes restent bannis de l’assiette juive

L’empire du casher: pourquoi crevettes, huîtres et crabes restent bannis de l’assiette juive

Crevettes, huîtres, crabes, moules : ces fruits de mer n’ont pas leur place dans une assiette casher. La raison n’est ni gustative ni sanitaire, mais serait strictement religieuse. Selon la Torah, seuls les animaux aquatiques dotés à la fois de nageoires et d’écailles sont autorisés à la consommation. Tout le reste crustacés, coquillages, mollusques )est déclaré impropre. Une règle ancienne, inscrite dans le Lévitique et le Deutéronome, qui continue de structurer l’alimentation de millions de ju


Rédaction

Rédaction