La congestion des pétroliers dans le Bosphore : les plans « mercenaires » de la Turquie, par Nikolaï Makeev

La congestion des pétroliers dans le Bosphore : les plans « mercenaires » de la Turquie, par Nikolaï Makeev


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L'embouteillage des pétroliers, qui bloque partiellement le Bosphore depuis près d'une semaine, ne cesse de croître. Selon les médias occidentaux, environ trois douzaines de navires languissent déjà dans un parking imprévu, et le volume de pétrole bloqué au hub de transit est estimé à des dizaines de millions de barils.

Cet article publié en russe par mk.ru n’engage pas la ligne éditoriale du Courrier.

La cause de ce blocage est le durcissement des règles d’expédition par la Turquie : Ankara exige des armateurs qu’ils fournissent une assurance, confirmant que la matière première n’est soit pas liée à la Russie, soit, si des sociétés russes sont le fournisseur, vendue à un prix inférieur au plafond fixé par l’Occident à 60 $ le baril. Il en résulte que tous les acteurs du marché souffrent. Par exemple, aujourd’hui, ce sont les pétroliers qui transportent des matières premières du Kazakhstan qui sont les plus nombreux à être contraints de s’immobiliser. Cependant la Turquie nie l’existence de cette importante congestion des pétroliers dans le Bosphore. Elle indique que le nombre de navires bloqués dans le détroit est deux, voire trois fois inférieur aux chiffres communiqués par les médias occidentaux. En retour, ceux-ci soulignent que la situation est proche du seuil critique. Selon Bloomberg, ce sont en effet 26 pétroliers, transportant environ 23 millions de barils de pétrole brut, qui attendent le feu vert pour traverser l’isthme entre l’Europe et l’Asie.

Ankara va au-delà des règles fixées par le G7

Ankara reconnait volontiers les circonstances du retard temporaire des transporteurs : l’autorisation de traverser le Bosphore n’est pas délivrée aux armateurs qui n’ont pas fourni de lettres spéciales des compagnies d’assurance précisant les détails des opérations de transport. Les principales conditions pour délivrer un laissez-passer valide sont de déterminer la « citoyenneté », c’est-à-dire l’origine du pétrole, avec un principe de base : une entreprise russe ne doit pas agir en tant que fournisseur de matières premières. Si les hydrocarbures viennent de chez de la Russie, alors le coût du contrat ne doit pas dépasser le seuil, fixé par l’UE et les membres du G7, à 60 dollars le baril.

En arrêtant des navires dans le Bosphore, la Turquie s’efforce en premier lieu de de suivre les normes européennes. Rappelons que l’application du prix plafond et la restriction du transport maritime du pétrole russe sont entrées en vigueur le 5 décembre. Ensuite, Ankara va toujours au-delà des mesures de sanctions antirusses qui ont été définies. Ainsi, les exigences introduites par l’Occident prévoient une transition en douceur vers les nouveaux « rails commerciaux » : la limite supérieure de prix ne s’applique pas aux matières premières achetées et chargées sur des pétroliers avant le 5 décembre et déchargées avant le 19 janvier 2023. Or, selon les médias occidentaux, de nombreux navires bloqués dans le détroit ont dû jeter l’ancre fin novembre. De plus, comme le soulignent les experts, Ankara est assez « sélectif » dans le filtrage des pétroliers transportant du pétrole russe prétendument « toxique». Selon Bloomberg, la moitié des navires arrêtés transportent des matières premières kazakhes, qui ne relèvent en aucun cas des sanctions occidentales.

Igor Yushkov, expert au Financial Université dépendant du gouvernement de la Fédération de Russie relève ainsi que « ces ressources énergétiques n’appartiennent même pas légalement au Kazakhstan, mais aux membres du « Caspian Pipeline Consortium », incluant l’américain Chevron. Les sociétés minières occidentales préfèrent généralement souscrire des polices d’assurance au Royaume-Uni, qui est l’un des principaux fournisseurs mondiaux de services connexes. Peut-être que les Turcs sont gênés que les navires détenus aient quitté Novorossiysk, mais il est étrange que d’autres navires, également chargées dans le port russe, contournent les embouteillages et traversent librement le détroit qui est bloqué depuis longtemps ».

Le 7 décembre dernier, le Trésor américain a d’ailleurs expliqué à la Turquie que le prix plafond n’impliquait pas de contrôles supplémentaires obligatoires de tous les navires passant par les hubs de transit et n’obligeait pas leurs propriétaires à souscrire une assurance pour chaque transport individuel. Néanmoins, Ankara a déjà averti que la route des pétroliers kazakhs est fermée non seulement par le Bosphore, mais aussi par les Dardanelles.

Coup double pour la Turquie

En réalité, les restrictions sur les hydrocarbures russes fixées par l’Occident ne servent, apparemment, que de prétexte pour arrêter les navires par la Turquie. Celle-ci a l’intention d’utiliser les sanctions internationales dans son propre intérêt. De fait, Ankara détient artificiellement des matières premières sur son territoire. « Très probablement, la situation avec les pétroliers kazakhs est un incident, et bientôt ils poursuivront leur route en direction de l’Europe. La Turquie continuera de ralentir les navires de la Russie, sachant que, dans les conditions des sanctions, Moscou devra accélérer les processus de chargement, de déchargement et de déplacement du pétrole ».

Pour Sergey Suverov, stratège en investissement chez Arikapital Management Company, partant de cette situation, « les Turcs peuvent proposer aux fournisseurs russes de décharger les matières premières dans leurs propres ports, afin de maximiser ensuite le chargement de leurs usines de traitement pour la vente ultérieure de carburant à l’Europe et ce au prix du marché ». Dans ce cas, note l’expert, Ankara pourra profiter d’un double avantage : accumuler d’abord des volumes records d’« or noir » dans ses installations de stockage et qui pourront être vendus plus tard lorsque les prix du pétrole augmenteront, puis gagner sur la production de carburant qui ne tombera plus sous le coup des sanctions occidentales.


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