La Commission européenne d’Ursula von der Leyen échoue à surmonter le défi vaccinal: à quand la démission?

La Commission européenne d’Ursula von der Leyen échoue à surmonter le défi vaccinal: à quand la démission?


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La question de la survie de la Commission von der Leyen est posée. L'Europe est en effet en train de vivre un double fiasco interne et externe en matière de vaccination anti-COVID. L'approvisionnement en vaccins devait apporter la preuve de la valeur ajoutée de l'Union Européenne pour les Etats nationaux.  Or c'est exactement le contraire qui se passe. Il faut changer d'équipe et vite.  Il en va de la légitimité de l'UE aux yeux des sociétés embarquées par leurs gouvernants  dans l'aventure.

La question du remplacement de la Commission von der Leyen est posée. Les graves défaillances de l’UE en matière d’approvisionnement en vaccins entraînent l’Union dans des conflits internes et externes de plus en plus difficiles à dissimuler.  Non seulement Madame von der Leyen n’a pas mis en place ce qu’elle avait promis en janvier – un approvisionnement suffisant pour tous les citoyens de l’Union Européenne – et même une capacité de l’UE à exporter vers des zones du monde en manque de vaccin ! Non seulement on est très loin du compte (à la date du 25 mars 2021 seuls 10% des ressortissants de l’UE ont reçu au moins une dose contre 25% des Américains, 42% des Britanniques et 60% des Israéliens). Mais les « petits pays » de l’Union ont le sentiment d’être les dindons de la farce.

Certains membres de l'UE ont l'impression d'être traités comme des "Etats de seconde classe"

Ainsi la Lettonie et la Bulgarie, dont 5% de la population seulement ont reçu au moins une dose au 24 mars 2021)  et la Croatie (à 7,5%)  se plaignent-elles en marge du sommet européen qui se tient le jeudi 25 mars 2021 de ce qu’on a absolument pas tenu compte de la disparité des ressources entre les Etats-membres et de la difficulté des « petits » à s’approvisionner dans le vaccin le plus cher, celui de Pfizer.  Le chancelier autrichien Sebastian Kurz s’est fait le porte-parole des pays qui se jugent lésés, avertissant que si « le fossé dans la couverture vaccinale de la population » continuait de croître,  cela voudrait dire que la Commission accepte qu’il y ait des « États membres de seconde classe ». Une déclaration peu appréciée à Berlin, qui a massivement acheté des vaccins Pfizer, laissant d’autres pays se débrouiller avec l’approvisionnement en vaccin AstraZenaca, moins cher mais plus difficile à se procurer.

La Hongrie en avance sur les autres grâce...au vaccin russe

En outre, les tensions internes à l’UE s’accentuent car de plus en plus d’États membres se tournent vers la Russie ou la Chine pour passer des commandes nationales, en dehors du projet d’approvisionnement commun de l’Union. La Hongrie a commencé à le faire en janvier, malgré un fort mécontentement à Bruxelles, et a depuis atteint le taux de vaccination le plus élevés de toute l’UE (18% de la population a déjà reçu au moins une dose) . Certes, la Slovaquie a connu une crise gouvernementale autour de la question du vaccin Spoutnik. Mais l’Allemagne elle-même envisage de passer des commandes en Russie et a fort mal pris les déclarations hostiles au vaccin du Commissaire Thierry Breton.

L'UE crée artificiellement des tensions externes

Dans le même temps, le renforcement du contrôle des exportations de vaccins présenté le mardi 23 mars par Thierry Breton a suscité une grande incompréhension au niveau international. Il soumet désormais absolument toutes les exportations de vaccins depuis l’Union Européenne à des autorisations. Les dérogations dont disposaient  la Norvège, la Suisse et Israël ont été supprimées. En fait la Commission se dirige vers une limitation très poussée des exportations de vaccins tant que les citoyens européens n’auront pas été vaccinés. Loin d’être l’expression d’un « patriotisme européen », cette façon de faire souligne que l’UE n’a pas su s’approvisionner comme il fallait contrairement à ce que prétendait la Commission.

La Commission européenne se comporte à l’opposé de ce qu’elle prêche en matière d’ouverture des frontières et de libre-échange. Elle qui accusait naguère la Grande-Bretagne de nationalisme ne veut pas voir que la fabrication des vaccins ne se joue pas par pays. Ainsi les concepteurs de vaccins contre le COVID 19 ont-ils commencé à mettre en place un système, à l’échelle mondiale, de diversification des sites de fabrication.  La Russie va faire fabriquer le Spoutnik en Inde. AstraZeneca est un autre cas exemplaire puisque l’entreprise est à la fois britannique et suédoise et qu’elle fait fabriquer ou conditionner des doses aux Pays-Bas et en Italie.

Eh bien la Commission a récemment demandé à l’Italie d’interdire, au mépris des contrats signés, l’expédition de 250 000 doses de vaccin AstraZeneca d’Anagni, au sud-est de Rome, vers l’Australie – au motif que la pandémie avait été combattue avec tant de succès en Australie que le pays pouvait se passer de ces doses de vaccin. Mais le comble du ridicule est atteint lorsque la Commission Européenne reproche à AstraZeneca de ne pas livrer assez vite ses doses alors que l’usine de fabrication de Leiden aux Pays-Bas attend toujours son homologation.  Ou bien lorsque la Commission Européenne envoie la police italienne saisir sur le site d’Agnani des doses prétendument destinées à la Grande-Bretagne alors qu’elles sont en fait destinées à l’Union Européenne et au mécanisme mondiale COVAX patronné par l’OMS, qui vise à une distribution équitable des vaccins à travers le monde. Le dossier des gaffes et des erreurs s’alourdit, auquel on peut verser les lenteurs mises à l’autorisation du vaccin Spoutnik par l’Agence Européenne du Médicament, qui retarde d’autant l’ouverture d’un site de fabrication du vaccin souhaité par la Bavière.

Le comportement de l'équipe von der Leyen nuit gravement à la réputation de l'UE

Le fiasco est donc double, interne et externe. L’incapacité de la Commission Européenne a faire mieux que les Etats-membres pour approvisionner massivement puis répartir équitablement les vaccins au sein de l’Union n’encourage pas à renforcer les pouvoirs de Bruxelles. Le strict respect des traités européens amène à rappeler que la santé est une compétence des Etats nationaux. Mais le bilan est tout aussi mauvais sur le plan des relations entre l’UE et le reste du monde.

Il est grand temps de poser la question du remplacement de l’actuelle Commission. Comme on avait remplacé la Commission Santer en 1999. A l’époque, il s’agissait de ne pas gâcher les promesses d’une Union Européenne en pleine construction. Aujourd’hui, il s’agit plutôt d’éviter la délégitimation des institutions européennes aux yeux des citoyens de l’Union.


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