« Kharkov est un théâtre secondaire. L’important est ce qui s’est passé à Odessa » – entretien avec Alexandre N.

« Kharkov est un théâtre secondaire. L’important est ce qui s’est passé à Odessa » – entretien avec Alexandre N.


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Alexandre N. a répondu à nos questions sur les derniers développements de la bataille d'Ukraine au terme de deux semaines riches en rebondissements.  Il les passe en revue et ils attire notre attention sur le front d'Odessa, où la Russie affronte l'OTAN, loin de l'intérêt des médias.

CdS: Bonjour Alexandre, merci de prendre le temps de répondre aux questions du Courrier des Stratèges.  Où en est le conflit, de votre point de vue? 

A.N.: Il est en effet très important de comprendre ce qui se passe vraiment. Et ne pas être dupe des tropismes des médias.  Il faut oublier Kharkov dont on parle trop en même temps ( diversion médiatique ), mais qui n’est encore qu’une manœuvre de déception russe destinée a empêcher les forces ukrainiennes de gêner les réferendums. La région de Kharkov est en effet réputée pour son inutilité stratégique. L’important est ce qui se passe à Odessa – et la violence des propos de Zelenski contre l’Iran (du fait de l’utilisation par les Russes de drones iraniens). 

L’épisode décisif d’Odessa

CdS: Que s’est-il passé, en fait? 

A.N.: Il apparaît que les Russes ont frappé encore une fois préventivement contre une tentative d’attaque massive de la Crimée, pilotée depuis le QG Sud d’Odessa avec des drone sous-marins britanniques, des bateaux de guerres et … des drones chinois achetés chez Ali-Baba. L’idée était donc d’étendre la guerre à la mer Noire en y en détruisant la flotte russe.

La réaction russe sur Odessa a duré semble-t-il du 23 au 26 septembre avec des dizaines de vagues successives de Shaed 136 ( drone version destruction ), concentrées, très précises et tactiquement inarrêtables ( un tiers de perte est plus qu’acceptable et on en est loin ). Le port, la base, les destroyers qui s’y trouvaient, les drones sous-marins, les entrepôts de missiles Harm, le QG marine  … bref, tout semble y être passé ou en voie de l’être.

CdS. La vraie « contre-attaque » ukrainienne est donc en fait une opération n on médiatisée de l’OTAN, que cette dernière n’a pas eu le temps de mettre en oeuvre? 

A.N. Cette tentative américaine d’attaque sur la Crimée ( il faut arrêter de se voiler la face : « ils » commandent directement à ce stade ) visait  à enrayer l’effondrement en cours des forces ukrainiennes sur le terrain, et en particulier l’échec des Himars, ainsi qu’à relancer l’action. L’introduction des Himars était censée – vu leur extrême réactivité qui est leur seule vraie qualité tactique – détruire les chaînes logistiques russes. Après un temps d’adaptation de celles-ci, les Russes ont réagi en attaquant les Himars un à un, précisément avec ces fameux drones Shaed 136 car ils sont bien plus réactifs encore, et qu’ils viennent du ciel où ils sont en permanence en maraude ( loiter ). Ceci devient d’ailleurs la hantise des opérateurs … qui, probablement occidentaux, n’ont pas vraiment envie d’y rester. C’est un combat d’artilleur en tant que prolongement de la contre-batterie de la guerre de 14.

CdS. Pouvez-vous en dire plus sur les drones iraniens? 

A.N.Shaed rappelle le Crecerelle français : un expérimentateur rustique, lent, sonore, volant bas et indétectable : un vrai kamikaze au sens du junraï-baka si sa charge utile est de l’explosif . En allemand, « Drone » signifie faux-bourdon et c’est exactement le bruit qu’il fait. Le nom a été inspiré du bruit au décollage du … V1, qui est le premier drone rapide.

La stratégie  russe est toujours: « amorcer et ferrer ».

CdS. Donc les Russes se sont concentrés sur ce qui se passait à Odessa parce que, selon vous, c’était la bataille cruciale? 

A.N.:C’est exactement cela. Et c’est en réaction à cette destruction du QG Sud qu’intervient le sabotage des North Stream I et II. Par dépit des Américains d’abord – puis pour tenter une autre diversion en portant le conflit sur la Baltique où pullulent des bateaux occidentaux qui se croient à l’abri des attaques drone.

CdS . Alors que va-t-il se passer maintenant ?

A.N. Une à une les tentatives occidentales échouent, l’armée ukrainienne lentement plie. Le Chancelier Scholtz n’est rentré des Émirats qu’avec des contrats de détournement du gaz yéménite ce qui va faire des dégâts. Les élections de mi-mandat approchent aux Etats-Unis et il faut donc, pensent les Occidentaux, une victoire médiatique incontestable et surtout pas de surprise de la part des Russes. Or ce n’est pas gagné.

Donc l’hystérie va monter encore plus et les coups tordus derrière. Le point culminant de la bataille s’approche, s’il n’est pas déjà dépassé. Mais la seule constante est bien que les Russes ont la maîtrise du temps, donc de l’action : les Russes attendent simplement que les Américains se préparent à une opération ( « vous aller voir ce que vous allez voir » ) et alors ils les frappent juste avant que ceux-ci ne frappent.

Le renseignement est la première dimension de ce conflit (ce que les gouvernants français actuels par exemple ne comprendront jamais ), la seconde étant la frappe de précision par surprise. La propagande n’a plus d’effet que sur des Occidentaux qui, déjà pavlovisés, sont enfermés dans leur asile intérieur. La bataille de l’opinion se joue en fait dans le reste du monde qui désormais compte les points.

CdS. Et côté russe? 

A.N. Coté russe, on ne peut pas ne pas imaginer que la prise d’Odessa comme un fruit mûr se prépare.

Si la stratégie russe reste décidément hermétique aux occidentaux du fait de leur indécrottable complexe de supériorité, elle est en fait toujours la même en s’adaptant au circonstances. Pour ceux que ça intéresse, elle est parfaitement explicitée là : «  « Amorcer et ferrer » : comment la Russie a remis Moscou à Napoléon il y a 210 ans, puis a ensuite remporté la guerre » de Evgeny Norin paru dans Russia Today


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