Hommage intempestif à Jean-Paul Belmondo, le plus grand libertarien français

Hommage intempestif à Jean-Paul Belmondo, le plus grand libertarien français


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Jean-Paul Belmondo est décédé ce 6 septembre 2021 à l’âge de 88 ans. Le mythique acteur français avait pourtant survécu à de nombreux problèmes de santé, dont un grave accident cardio-vasculaire. Cette résilience avait fait grandir encore la stature de celui qui apparaît comme le plus grand libertarien français, élégant mais populaire, profond mais accessible, labyrinthique mais simple et évident. Ce concentré d’âme française fait figure de dernier géant dans un océan de platitude culturelle subventionnée, où la minauderie et l’affectation tiennent lieu de talent.

Jean-Paul Belmondo était détesté (parce qu’il avait réussi) et méprisé (parce qu’il était populaire) par tout ce que la France compte d’intermittents du spectacle récapitulant laborieusement leurs heures à la fin de chaque trimestre, vomissant le manque de solidarité envers la culture dans ce pays de Gaulois réfractaires dominé par un néo-libéralisme éhonté. Il est si agréable, si jouissif, si rassérénant de maudire tous ces Français d’extrême droite, poujadistes, intolérants, islamophobes, quand on râcle les fonds de tiroir pour trouver les 507 heures qui permettent d’être payé (grâce aux cotisations ponctionnées sur le salaire des mêmes islamophobes) pour faire de l’art approximatif et de la « culture », mot générique qui désigne d’ordinaire un gloubi-boulga prétentieux et indigeste dont l’objet est de faire du cachet bien avant d’élever l’âme…

Et Bébel était probablement l’incarnation la moins honteuse, la mieux assumée, la plus scandaleuse, de cette France du petit commerçant, du gouailleur, du beauf vomi par le Canard Enchaîné pendant des années, qui adule l’indépendance d’esprit et le réflexe contrarien par lequel les esprits vraiment libres répugnent à aboyer avec la meute. Qui plus est, l’interprète de l’As des As qui combat Hitler avec l’arme du ridicule avait eu le mauvais goût de commencer sa carrière avec la Nouvelle Vague, grâce à laquelle il devint une icône du cinéma d’auteur. Il était au fond l’antithèse de l’intermittent subventionné.

Mais comment un acteur qui avait tout pour incarner la pédanterie des prétendus intellectuels français avait-il pu sombrer dans des rôles populaires, voire populistes, qui l’ont déshonoré ? Cette question donne une place, à Jean-Paul Belmondo, au fond assez proche d’un Michel Sardou : si l’homme a rencontré un succès populaire profond, intense, il était méprisé par la nomenklatura de gauche, aux yeux de laquelle l’indépendance d’esprit et la solitude dans la réussite sont autant de défaites pour la culture soviétisée dont le modèle s’est imposé en France, à force « d’exception culturelle » et de subventions plus ou moins directes du ministère de la Culture.

Jean-Paul Belmondo était-il le plus grand libertarien français ?

Eh bien ! moi, j’aimais Jean-Paul Belmondo, et je recommande à chacun de retrouver sa filmographie sur Netflix, qui donne une superbe représentation non du Belmondo des intellos de gauche pour qui la carrière de l’acteur s’est limitée à Pierrot le Fou et à Godard, mais du Bébel qui a émaillé des chefs-d’oeuvre comme le Marginal ou Flic ou Voyou. Je choisis intentionnellement ces deux exemples, parce qu’ils font merveilleusement écho à l’oeuvre de Clint Eastwood et de l’inspecteur Harry, chez nos frères américains, eux-mêmes répugnés par la prise de pouvoir, dans les années 70, qu’une caste de managers bienveillants et ronronnants, bénéficiaire de Mai 68, a orchestré à son plus grand profit.

Pour de nombreux Français, Belmondo a incarné ce feu sacré du combat singulier contre ce qui se complaît dans le collectivisme de la défaite. On pense ici tout particulièrement au Marginal, dialogué par Michel Audiard en 1983, où un flic hors norme poursuit son objectif de justice malgré la bureaucratie corrompue qui s’accommode très bien d’un statu quo dysfonctionnel.

Le jeu aérien de Belmondo dans ce film confine au génie. Il nous rappelle qu’à une époque, le cinéma français ne se complaisait pas dans une longue geignardise immuno-déprimée. Il en voulait, il portait une vision, une envie, un désir de vivre, qui manque cruellement à nos oeuvres depuis que les subventions ont remplacé le chiffre d’affaires produit par les entrées.

Et c’est ce libertarisme que nous aimons dans Belmondo : ce combat de l’individu porteur d’un feu sacré contre la conspiration des médiocres qui tire profit d’un système dont les petites gens sont les victimes finales.

Les Français sont des libertariens en puissance

Il fut donc un temps où, pour être une vedette du cinéma français, il fallait en imposer. Des cascades, des répliques gouailleuses, de la présence, de l’individualisme au fond : telles étaient les recettes de la réussite populaire.

Eh oui ! les Français ont aimé cela, à une époque lointaine où le débat public n’était pas saturé par la disparition de la planète, par le Vivre Ensemble et par la tyrannie des minorités. Être un acteur signifiait prendre des risques pendant le tournage, et incarner des rôles où l’on ne se cachait ni derrière son petit doigt, ni derrière des répliques pleurnichardes et pleines de bons sentiments, ni derrière un éloge de toutes les opinions à la mode.

Et ce courage-là, on l’aime.


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