Israël: Nasrallah s’obstinait à demander un cessez-le-feu à Gaza. Nous l’avons tué.

Israël: Nasrallah s’obstinait à demander un cessez-le-feu à Gaza. Nous l’avons tué.


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Un porte-parole d’Israël a fait une déclaration révélatrice sur NBC. Il a expliqué que la décision de tuer Nasrallah, le chef du Hezbollah, avait été prise parce qu’il s’obstinait à liez un cessez-le-feu au nord d’Israël à un cessez-le-feu à Gaza. Extraordinaire aveu: Israël est prêt à passer des accords ou à signer des trêves avec les autres pays tant qu’on ne se mêle pas de vouloir l’empêcher de réaliser le « nettoyage ethnique » de la Palestine.  Voilà qui pose le débat fondamental pour la reconstruction d’un ordre international après trente ans de chaos américain.

This might sound like nothing but this is one of the most extraordinary revealing things Israel has said.

In the words of Israeli officials themselves Nasrallah literally died because he refused a side deal that abandoned the Palestinians.

In effect this man labelled… https://t.co/LZJ97TZOic

— Arnaud Bertrand (@RnaudBertrand) September 29, 2024

C’est en effet un extraordinaire aveu de la part d’un officiel israélien: ils ont pris la décision d’assassiner Nasrallah parce qu’il refusait tout cessez-le-feu sur le front nord sans cessez-le-feu à Gaza.

Nous plongeons au cœur du problème. Au Proche-Orient, Israël fait le tri entre les « partenaires », ceux qui sont prêts à signer des accords avec Israël en abandonnant les Palestiniens; et les ennemis, ceux qui veulent mettre fin aux massacres de Gaza et de Cisjordanie et voir appliquer le droit international exprimé par les résolutions de l’ONU.

D’un côté la logique des accords d’Abraham (les bien mal nommés); de l’autre celle de l’Axe de la Résistance.

Quel ordre international voulons-nous?

Ce qui se joue en ce moment au Proche-Orient, c’est l’avenir de l’humanité.

Cet avenir, il est courant de le formuler en termes de liberté ou de tyrannie. Mais il est une réalité plus fondamentale encore, le terreau sur lequel la liberté peut pousser. La logique politique la plus ancienne de l’humanité, c’est le « meurtre fondateur ».  Le progrès de l’humanité vient quand la vie collective commence à être bâtie sur la raison, la délibération et le compromis.

René Girard nous a expliqué comment le christianisme a mis en lumière ce mécanisme politique archaïque. L’Europe, l’Occident, aujourd’hui le monde entier, ont immensément profité et bénéficient aujourd’hui encore du renoncement à faire de la violence l’alpha et l’omega de la vie politique.

Que l’on parle d’une Cité des Hommes construite en référence à la Cité de Dieu, comme Saint Augustin; de souveraineté, comme Jean Bodin; ou de contrat social, comme John Locke: c’est au fond la même logique qui est à l’oeuvre, celle qui construit la politique non plus sur la violence, le meurtre fondateur et le bouc émissaire mais sur la raison, la délibération et la recherche du compromis.

L’ordre international du XXIème siècle sera-t-il fondé sur le meurtre des Palestiniens ? Ou bien sur leur protection ? Le fascisme ou la civilisation?

Dans cet affrontement fondamental, Nasrallah avait choisi l’humanité. Il jugeait qu’il n’y aurait pas de paix au Proche-Orient bâtie sur le cadavre des Palestiniens. Tsahal a lâché 80 méga-bombes de fabrication américaine pour le faire taire.


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