Intelligence artificielle : quand la Cour des comptes rappelle à l’État ses contradictions

Intelligence artificielle : quand la Cour des comptes rappelle à l’État ses contradictions

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La stratégie nationale pour l'IA (SNIA) a injecté 2,4 Md€ d'argent public depuis 2018, créant un écosystème de recherche et d'innovation de premier plan. La France se hisse au 3e rang mondial en recherche et formation en IA, et reste leader en Europe pour l'IA générative. Cependant, le rapport de la Cour des comptes met en lumière une diffusion lamentablement lente de cette technologie dans l'économie réelle et l'administration, signe des limites structurelles de la planification étatique.

La France a injecté 2,4 milliards d'euros publics dans sa Stratégie Nationale pour l'Intelligence Artificielle (SNIA) depuis 2018. Le dernier rapport de la Cour des comptes salue une montée en puissance de l'écosystème français, propulsé de la 13e à la 5e place mondiale en un an. Mais derrière les chiffres flatteurs se profile une faiblesse structurelle : l’État finance, supervise et oriente… mais ce sont les acteurs étrangers qui captent l’essentiel de la valeur et de la gouvernance réelle. À l’heure où Emmanuel Macron se félicite d’un sommet international à Paris, la SNIA ressemble à un dispositif subventionné, coûteux, et surtout vulnérable aux intérêts extra-européens.

Les détails sur le rapport de la Cour des comptes 

En 2018, le gouvernement a lancé la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (SNIA). C’est une politique publique qui vise à placer la France dans le rang des leaders mondiaux en matière d’intelligence artificielle (IA).

Pour sa mise en œuvre, le gouvernement français a décidé de mobiliser un budget d’environ 2,5 milliards d’euros. Le déploiement de la SNIA s’est réalisé en deux étapes. La phase 1, lancée entre 2018 et 2022, a été financée à hauteur de 1,3 milliard d’euros. Pour la seconde phase qui a pris fin en 2025, l’Etat a mobilisé 1,2 milliard d’euros.   

La Cour des comptes a mené une enquête pour évaluer l’efficacité de la SNIA depuis avril 2023 et elle vient de publier le rapport. Le document met en évidence les premiers résultats qui sont plutôt satisfaisants. En effet, grâce au déploiement de la SNIA, la France a figuré à la 13e place du Global AI Index publié en septembre 2024. Puis elle a décroché la 5e place en septembre 2025.  La France compte désormais plus de 1000 startups dans l'IA, qui ont levé près de 2 milliards d'euros en 2024. Elle se positionne même au premier rang européen pour l'IA générative. 

Cependant, la Cour des comptes a également détecté des failles et de limites de la SNIA. Elle estime que l’adoption de l’intelligence artificielle par les entreprises, les administrations publiques, les étudiants et les citoyens est encore faible.

La Cour demande donc un renforcement du pilotage de la politique publique de l’IA. Elle appelle aussi à l’accélération, l’intensification et la généralisation de l’usage de cette technologie. 

De même, le retard dans l'adaptation de l'ensemble des formations initiales et continues est un "angle mort" critique. L'État, qui a le monopole de l'Éducation Nationale, est en retard sur un chantier qui menace de créer une fracture massive des compétences.

Financement public, pilotage privé : la seule voie du changement

La Cour identifie cinq chantiers critiques laissés en jachère :

  • l’adaptation des formations et des compétences ;
  • l’adoption massive de l’IA par les entreprises ;
  • l’investissement stratégique dans la donnée et son stockage souverain ;
  • la reconstruction d’une filière de composants ;
  • les enjeux énergétiques et de connectivité.

Face à ce constat en demi-teinte, la Cour appelle à une troisième phase de la SNIA et formule des recommandations. L'accent est mis sur l'élargissement du champ d'action (data, composants, énergie) et, surtout, sur le renforcement de la gouvernance. La Cour souhaite le « pilotage interministériel » et créer un « secrétariat général à l'IA rattaché au Premier ministre ».

Alors que le rapport identifie justement le besoin crucial de « redéfinir le partage des rôles avec le secteur privé », la solution envisagée est toujours plus de centralisation. Cette frénésie régulatrice et administrative étouffe l'initiative individuelle et ignore la seule force capable de démocratiser véritablement l'IA : un marché libre, où la demande des entreprises et des citoyens guide l'innovation, et non les décrets d'une technocratie.

Le sommet IA de Paris, un faux-nez de l’hyper-capital américain ?
Emmanuel Macron fait ses choux gras de son sommet international sur l’Intelligence Artificielle qui se déroule à Paris. Mais qui

Au cours du sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle de Paris en février 2025, le Président Emmanuel Macron a annoncé officiellement le lancement de la troisième phase de la SNIA. Parmi les objectifs à atteindre, il y a le renforcement des infrastructures de calcul et des maillons critiques de la chaîne de valeur de l’IA.

L’Etat compte également accélérer les usages de cette technologie, multiplier les formations et développer des stratégies pour attirer les nouveaux talents.

Pour autant, pendant que l’État investit, les grands fonds américains raflent les talents, les infrastructures, les brevets et les futures rentes de situation.


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