La réalité statistique contenue dans le graphique ci-dessous résume à elle seule toute l’indécence — et la tragique réalité — de notre époque : d’un côté, une Europe qui s’enfonce dans le coma profond à 5,6 trillions de dollars (5 600 Mds $) de capitalisation boursière ; de l’autre, un colosse américain qui culmine à 64,6 trillions (64 600 Mds $). Un rapport de 1 à 12. Pire : la capitalisation boursière US dépasse de 64% le cumul des capitalisations boursières de l’UE, de la Chine, du Japon et du Royaume-Uni ! C’est une humiliation, un massacre financier en direct. Mais ne vous y trompez pas : ce colosse ne tient debout que grâce à une perfusion massive, non d’argile, mais de silicium et de fantasmes algorithmiques. Sans l’IA, les USA ne seraient pas en train de caracoler en tête : ils seraient déjà en train de ramasser leurs dents sur le sol de la récession.

Le poumon artificiel : 50% de croissance en circuit fermé
On nous vante partout la résilience de l’Oncle Sam. Si l'on gratte le vernis des statistiques du Bureau of Economic Analysis, on découvre aisément que l'IA n’est pas un bonus : c’est LE moteur de survie unique. On peut affirmer sans trembler que 50% des 2,0 à 2,3% de croissance américaine en volume en 2025 est directement ou indirectement liée à l’IA. Oui, la moitié.

Comment peut-on affirmer cela ? En vertu d’un principe simple mais redoutablement efficace : Follow the money. La croissance du PIB US est portée par les dépenses en capital (les fameuses « CapEx ») gargantuesques des « Magnificent Seven ». Quand Microsoft ou Google consacrent des dizaines de milliards dans des data centers et des puces Nvidia, cela gonfle mécaniquement le PIB. Mais retirez ce cycle d'investissement frénétique — qui ressemble de plus en plus à une course à l'armement dans un bunker — et le reste de l’économie, celle des gens réels qui paient leur loyer et leur essence, est à l'arrêt, voire en contraction. L'IA est, pour l’instant, un circuit fermé qui aspire le capital mondial pour maintenir une illusion de dynamisme. Sans ce mirage, la consommation stagnerait et l'investissement productif serait nul.