La France de Macron est-elle équipée pour faire face à une crise internationale comme la guerre d'Iran ? Les gros cafouillages sur le prétendu "surplus de recettes" que l'envolée du prix du brut créerait ouvrent en tout cas une crise de confiance sur la capacité du gouvernement à faire face solidement à une délicate gestion de crise.

La presse subventionnée accrédite depuis 10 ans la fable d'un Macron "maître des horloges" et de ses nerfs, capable de faire face aux crises. Son étrange absence durant les premiers mois de la crise des Gilets Jaunes avait ouvert un vrai doute sur la véracité de ce portrait complaisant, confirmé ensuite par de nombreux dérapages présidentiels.
Les cafouillages auxquels nous assistons de la part du gouvernement Lecornu sur la question du "surplus de recettes" permis par l'envolée du prix du brut posent à nouveau cette question : ceux qui nous gouvernent sont-ils équipés pour faire face de façon clairvoyante à une crise internationale d'ampleur ?
J'ai un gros doute.

Reprenons d'abord la mathématique du "surplus de recettes" prétendument lié au choc pétrolier.
Des personnalités comme Marine Le Pen (dont l'expertise en matière économique et fiscale n'est pas plus avérée que celle de Jordan Bardella) soutiennent que l'Etat serait au fond un profiteur de guerre, car l'augmentation du prix du carburant remplirait les caisses du Trésor au détriment du consommateur. Donc, l'Etat doit rendre l'argent, de préférence sous forme d'helicopter money en arrosant les plus bas revenus.
Tout le problème est que cet enrichissement de l'Etat n'est vrai que toutes choses égales par ailleurs.
Or, par ailleurs, les choses évoluent :
- les gens modèrent leur consommation de carburant à cause de la hausse des prix, ce qui rend le surplus très incertain
- très rapidement, le choc pétrolier va s'accompagner d'un choc de croissance, et ce que l'Etat peut espérer gagner d'une main, il le perdra, deux fois, trois fois, peut-être cinq fois dans l'année parce que l'activité économique va baisser et donc les impôts moins bien rentrer.
Décider de dilapider un gain qu'on est incapable de mesurer que ce soit aujourd'hui ou dans les deux semaines ou dans les trois mois est donc une imprudence coupable dans un pays déjà fortement endetté.
Le bon sens consiste ici à ne rien faire, et à s'en tenir à cette ligne. Malheureusement, le Premier Ministre est fébrile face à l'obstacle.
On se souvient qu'il avait "ramassé" ce brave Roland Lescure, qui avait eu le malheur de dire la vérité : nous vivons un choc pétrolier. Que n'avait-il pas dit là ?

Il y a quinze jours, il fallait donc faire l'autruche : ne pas parler de choc pétrolier, et ne pas dire que les caisses se remplissaient grâce aux accises diverses et variées sur le pétrole. Face au RN qui répétait : "Rendez l'argent !", les ministres n'ont ménagé ni leur temps ni leur peine pour expliquer que tout cela relevait d'une forme de complotisme et qu'il n'y avait rien à voir.
Et patatras ! hier soir, Sébastien Lecornu explique qu'il veut consacrer les surplus au financement de l'électrification de l'économie...
Bref, il n'y a pas de surplus, d'ailleurs, nous allons les utiliser. On ne peut pas mieux symboliser en une seule communication les défauts du pouvoir macroniste, malgré ce que des journalistes aux ordres nous avaient vendu :
- une absence de vision à long terme
- un pilotage à vue au gré de petits calculs politiciens
- une inconstance, voire une précipitation, dans la conduite des affaires

Les Français ont évidemment les politiciens qu'ils méritent, et s'ils ne sont pas contents, ils n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes. Les dernières élections municipales ont montré que, dix ans après le début de la farce, rien n'avait vraiment changé dans l'opinion.

Le problème ne tient pas aux personnes ni à leurs limites. Après tout, Lecornu est le pur produit d'un système d'entre-soi calibré pour gérer la paix bourgeoise dans l'élégance des salons parisiens. On ne peut reprocher aux salonards d'état-major leur incapacité à se tenir droit face aux coups de canons sur un champ de bataille.
Le problème tient à l'impasse dans laquelle le tout-Etat et son idéologie de la "protection" que nous subissons de façon grandissante depuis trente ans, jusqu'à l'insupportable, nous mène. D'un côté, toute évolution du monde appelle une loi, un chèque, une subvention, une expansion nouvelle de la sphère étatique au détriment de la prospérité collective. D'un autre côté, la dette se creuse, l'industrie fuit des normes et des taxes épouvantables, et notre influence dans le monde se réduit comme peau de chagrin.
Bref, ces petits marquis qui adorent s'auto-congratuler et se perdre en calculs politiciens savants sont comme ces petits-enfants ou arrière-petits-enfants très heureux de dilapider l'héritage accumulé par la famille pendant plusieurs générations.




