Et si Kissinger était plus qu’« un simple néocon » ? par Modeste Schwartz

Et si Kissinger était plus qu’« un simple néocon » ? par Modeste Schwartz


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Ceux qui pensent encore que le mondialisme d’après mars 2020 est toujours cornaqué par les néoconservateurs de la vieille école se plaisent, en bonne logique, à présenter Henry Kissinger comme un « faucon » belliciste, jamais rassasié de sang « eurasien ». Or Kissinger fut et reste le mentor de Klaus Schwab – et donc le véritable père de la transition menant du néo-conservatisme (impérialiste américain) au multilatéralisme de Davos, dont V. Poutine est un autre zélote.

Moyennant un tel recadrage, on comprend mieux que le « belliciste » Kissinger ait récemment esquissé un plan de paix qui donnerait, de toute évidence, satisfaction au Kremlin. Kissinger y appelle en effet à la tenue en Ukraine orientale de référendums qui, de l’avis même des cercles pro-russes, ne pourraient conduire qu’à la confirmation du résultat des référendums déjà organisés il y a 8 ans, dans ces territoires qui sont, de notoriété publique, russophones et russophiles.

Le pape du multilatéralisme n’a pas besoin de mentir

Conseiller du président Zelenski, Mykhailo Podolyak sait cela mieux que personne, d’où les critiques dont il accable à présent Kissinger, en parlant d’un « pacte avec le diable » : il semble qu’implicitement, la « junte de Kiev » vienne ainsi d’admettre qu’elle a fourni à cette nouvelle pseudo-guerre froide ses idiots utiles – chair à canon tout juste bonne à alimenter le spectacle sanglant qui va permettre à l’Union européenne de Davos de justifier son Green Deal aux yeux des naïfs dépossédés de feu la classe moyenne. Lucidité tardive de Podolyak – d’autant plus tardive que les propos récents de Kissinger ne font que confirmer ceux qu’il avait déjà tenus à Davos en mai, et par rapport auxquels la seule révision significative est de se montrer, désormais, ouvert à l’intégration de (ce qui reste de) l’Ukraine dans l’OTAN : lot de consolation d’ailleurs purement symbolique, étant donné que l’OTAN, elle, est dans l’Ukraine depuis belle lurette.


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