Le mercredi 24 février, Emmanuel Macron a reçu le colonel Michaël Randrianirina pour une « visite de travail » à l'Élysée. Ce passage à Paris intervient seulement six jours après un sommet chaleureux à Moscou avec Vladimir Poutine. Pour sa première sortie internationale depuis le putsch d'octobre, le dirigeant malgache impose une diplomatie de l'équilibre.

Six jours après avoir été reçu en grande pompe au Kremlin par Vladimir Poutine, le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation malgache, arrive mercredi 24 février à l’Élysée pour une sobre « visite de travail ». Le contraste est saisissant. À Moscou, on parlait de « nouvelle ère de coopération ». À Paris, le communiqué est minimaliste : salutations polies et rappel des « avancées du processus de refondation ».
Une visite officielle sous tension géopolitique
Reçu par Vladimir Poutine au Kremlin, le président malgache s’était félicité d’un « grand partenariat » avec Moscou. Mercredi 24 février, il était accueilli plus sobrement par Emmanuel Macron à l’Élysée.

L’enchaînement des séquences diplomatiques n’a échappé à personne. La France a salué « les premières avancées du processus de refondation » et réaffirmé son soutien à des élections libres dans le cadre de la transition de deux ans.
Officiellement, il s’agissait d’une « visite de travail ». Officieusement, l’enjeu est stratégique.
Une île stratégique convoitée
Située sur des routes maritimes reliant l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, Madagascar concentre des ressources clés : nickel, cobalt, terres agricoles. La Chine, l’Inde, les Émirats arabes unis et désormais la Russie y renforcent leur présence.
Depuis janvier, des instructeurs russes forment l’armée malgache. Des livraisons d’équipements, dont des drones, ont été annoncées. Moscou parle d’une « nouvelle ère ».

Pour Paris, Madagascar demeure un partenaire prioritaire dans l’océan Indien. La France y dispose d’une présence militaire significative et conserve des liens économiques majeurs : plus de 30 % des exportations malgaches se dirigent vers l’Union européenne, dont une large part vers la France. La Russie, elle, reste marginale dans les échanges commerciaux.
Diplomatie “tous azimuts” : stratégie ou flou stratégique ?
Le président malgache revendique une diversification des partenariats afin d’éviter toute dépendance exclusive. Cette approche rappelle la tradition de diplomatie équilibrée menée durant la Guerre froide.

Mais une question demeure : à quoi rime une politique internationale « tous azimuts » lorsqu’aucune stratégie de développement claire et structurée n’est pas encore formalisée pour le pays ?

Multiplier les partenaires ne remplace pas une vision économique cohérente. L’attractivité géopolitique ne suffit pas à produire de la croissance durable.
Entre Moscou et Paris, Madagascar avance sur une ligne étroite. La réception à l’Élysée fut discrète, presque en contraste avec l’apparat du Kremlin. La politique du « tous azimuts » malgache reste toutefois un pari risqué. En l'absence d'une stratégie de développement endogène solide, cette diversification des partenaires ressemble davantage à une quête de protection politique qu'à une véritable émancipation économique.




