Après Jack Lang et sa fille, un nouveau nom français apparaît dans les documents liés à Jeffrey Epstein : celui de Fabrice Aidan, diplomate français passé par les Nations unies et récemment en poste dans le secteur privé, chez Engie. Les révélations de Mediapart et Radio France font état d’échanges réguliers entre Aidan et Epstein à partir de 2010. À ce stade, aucun élément publié ne relie directement le diplomate aux crimes sexuels du financier américain. Mais la nature des contacts et leur durée interrogent.

Fabrice Aidan entretenait une correspondance suivie avec Jeffrey Epstein. Le ministre Barrot feint aujourd’hui la découverte et saisit la justice. Mais l’État, lui, savait depuis 2013. Et n’a rien fait.
Des échanges diplomatiques sensibles
Selon les éléments rendus publics, Fabrice Aidan aurait transmis à Jeffrey Epstein des documents et rapports issus des Nations unies via son adresse professionnelle. Il aurait également mobilisé son réseau international pour répondre à diverses sollicitations.

En 2013, alors en poste à New York, Aidan fait l'objet d'une enquête du FBI et de l'ONU pour soupçons de consultation de fichiers pédopornographiques. L'ancien ambassadeur Gérard Araud, a confirmé à l'AFP avoir été informé à l'époque "par le service de sécurité des Nations unies que le FBI leur avait transmis un rapport disant que M. Aidan avait accédé à des sites pédopornographiques". Par la suite, "Il n'a pas été exfiltré, il a été renvoyé en France pour être traité à la fois légalement et psychologiquement par le ministère des Affaires étrangères".
Si l'ONU alerte, le FBI enquête, aucune procédure judiciaire française n’avait alors été déclenchée. Aucun signalement public n’a été connu. L’intéressé poursuivra ensuite son parcours, avant de rejoindre le secteur privé.
Jean-Noël Barrot "effaré" et "indigné"
Les premières conversations datent de 2010 selon Médiapart et Radio France. Les mails en question ont révélé ses liens avec les crimes commis par Jeffrey Epstein. Mardi soir, le ministre des Affaires étrangères a déclaré avoir signalé les faits à la justice française.
Le diplomate Fabrice #Aidan est Franco-israélien
— Rima Hassan (@RimaHas) February 11, 2026
• Décembre 1998 - mars 2000 il effectue son service militaire en Israël
• tandis qu’il était envoyé à l’ONU par la France, il a fait l’objet d’un rapport du FBI en 2013 pour consultation de fichiers pédopornographiques. Il… https://t.co/hhOm3OBNjh
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s'est déclaré « effaré » et « indigné » par ces révélations.
Sa réaction intervient après médiatisation. Elle ne répond pas à la question essentielle : pourquoi aucune alerte nationale n’a-t-elle été activée plus tôt si des informations étaient connues depuis 2013?
Par ailleurs, les conséquences professionnelles ne se sont pas fait attendre pour Fabrice Aidan, qui était alors en disponibilité du ministère et travaillait pour le groupe énergétique Engie. Ce dernier a annoncé sa suspension immédiate dès mardi soir.
Des liens qui dépassent le cas Aidan
Le nom d’Aidan ne surgit pas seul. On croise ceux de Jack Lang, de sa fille, Bill Gates ou encore du diplomate norvégien Terje Rød-Larsen, lui-même lié à Epstein et aujourd’hui visé par la justice de son pays.
Aidan travaillait aux Nations unies, détaché par la France, auprès du diplomate norvégien Terje Roed-Larsen.
Les archives dévoilent des échanges allant de la simple logistique — comme la pointure de son supérieur pour un cadeau — à des transactions financières plus importantes.

Il est notamment question d’un virement de 250 000 dollars sur le compte de Roed-Larsen, ainsi que l’achat par Epstein d’un livre coécrit (The Search for Peace in the Arab-Israeli Conflict : A Compendium of Documents and Analysis) par le diplomate français pour un montant de 27 000 dollars. Ces liens incluent également l'envoi de rapports onusiens confidentiels au financier Epstein. Un mail de 2016 interpelle également: Jeffrey Epstein envoie à Fabrice Aidan et Terje Rød-Larsen un lien vers un article de blog intitulé "un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d'Orsay".
Actuellement, la Norvège ouvre des enquêtes contre Terje Roed-Larsen et son épouse Mona Juul, pour « complicité de corruption aggravée » et « corruption aggravée » en raison de leurs liens avec Jeffrey Epstein.

De son côté, Fabrice Aidan a choisi de contre-attaquer par la voix de son avocate, Me Jade Dousselin. Dans un communiqué transmis à l’AFP, il « conteste l’entièreté des accusations » portées à son encontre, notamment celles concernant la consultation de sites pédopornographiques en 2013.
L’affaire Epstein, en France, ne révèle pas seulement des compromissions individuelles. Elle met au jour une mécanique d’entre-soi où l’on protège les siens, où l’on échange des faveurs et des documents, et où la justice n’est saisie que lorsque la presse force la porte. Le cas Aidan est exemplaire, mais il n’est pas isolé. Et tant que l’État continuera de gérer ses affaires comme des affaires privées, les noms continueront de tomber. Au suivant.




