Par Vincent Clairmont
83,6 points de base : c'est l'écart de rendement entre l'OAT française à 10 ans (4,08 %) et le Bund allemand (3,24 %) au 21 août 2026. Ce chiffre, chacun en fait le récit qui l'arrange.
Le récit qui circule le plus vite est celui-ci : la France fera défaut avant Noël. Les comptes seront gelés, l'assurance-vie bloquée, l'épargne réquisitionnée pour éponger la dette. Les initiés — banquiers, gérants, hauts fonctionnaires de Bercy — auraient déjà mis leurs capitaux à l'abri, et le silence des médias sur ce point serait la meilleure preuve de l'imminence du choc.
Avant de calculer, il faut poser ce qui est exact dans ce récit. Tout n'y est pas faux, et c'est précisément ce qui le rend efficace.
Les faits, datés. La dette publique française atteint 114 % du PIB, sur des taux qui ont flambé à la mi-août. Deux agences sur trois — Fitch le 12 septembre 2025, S&P le 17 octobre 2025 — ont dégradé la France à A+, un cran jamais vu depuis la création de la notation française ; seule Moody's la maintient à Aa3, sous pression. Fitch rend sa revue ce vendredi 28 août — le jour même où le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, prononce son premier discours à Jackson Hole. Le FMI a abaissé la prévision de croissance française 2026 de 1,4 % à 0,9 %. Dimanche, aux Amfis, Jean-Luc Mélenchon a promis la censure du gouvernement Lecornu sur le budget 2027. Et l'article 49 de la loi Sapin 2 existe bel et bien : il permet au Haut Conseil de stabilité financière de suspendre temporairement les rachats d'assurance-vie — environ 2 000 milliards d'euros d'encours — « en cas de menace grave pour la stabilité financière ».
Chacun de ces faits est vérifiable. Aucun n'est une probabilité. La probabilité, elle, se calcule — et le nombre que donne le calcul ne ressemble ni au récit de l'effondrement de décembre, ni à celui, symétrique, du « rien ne peut arriver ».
1. Définir l'événement — sinon on ne calcule rien
« Crise » ne se calcule pas. Trois événements précis, datés au 31 décembre 2026, se calculent :