Course à l’IA : le nucléaire devient l’arme stratégique du XXIᵉ siècle

Course à l’IA : le nucléaire devient l’arme stratégique du XXIᵉ siècle


Partager cet article

La course à l’intelligence artificielle n’est plus seulement une bataille d’algorithmes ou de puces. Elle devient, avant tout, une course à l’énergie. Les besoins électriques des data centers explosent, tirant la demande mondiale vers des sommets. Face à ce défi, une réponse s’impose dans le discours dominant : un développement massif du nucléaire. Centres de données, calcul intensif et modèles géants posent une question centrale : avons-nous assez d’énergie, et le nucléaire est-il l’unique réponse crédible ?

Face au développement rapide de l’Intelligence artificielle (IA), la demande mondiale d’électricité pourrait dépasser les 10.000 térawattheures. Il faut dire que les centres de données sont de gros consommateurs d’énergie. Pourtant, leur nombre ne cesse d’augmenter selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Seule l’industrie nucléaire peut répondre à ce besoin énergétique en hausse.

Le secteur nucléaire prêt à accompagner l’expansion de l’IA

La demande mondiale d’électricité est en train d’exploser. A ce rythme, elle pourrait dépasser les 10.000 térawattheures d’ici 2035. Le développement rapide de l’IA et l’augmentation en nombre des centres de données sont à l’origine de cette hausse considérablement de la consommation d’énergie.

Un centre de données de taille moyenne consomme autant qu’une ville de 100 000 habitants. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande liée aux centres de données a bondi de plus de 75 % entre 2023 et 2024 et pourrait représenter plus de 20 % de la croissance électrique des pays développés d’ici 2030.

Aux États-Unis, la consommation électrique liée à l’IA pourrait dépasser celle cumulée de secteurs industriels entiers comme l’aluminium, l’acier ou le ciment.

Le nucléaire, énergie de base de l’ère numérique ?

Pour les géants technologiques, la question n’est plus idéologique mais opérationnelle. L’IA exige une électricité abondante, stable, disponible 24h/24 et décarbonée. Or ni l’éolien ni le solaire ne répondent seuls à ces contraintes sans systèmes massifs de stockage encore coûteux.

Le directeur de l’AIEA, Rafael Grossi, l’affirme sans détour : seule l’énergie nucléaire combine densité de puissance, stabilité du réseau et faible empreinte carbone. Le secteur affiche un optimisme assumé : 71 réacteurs sont actuellement en construction dans le monde, tandis que les grandes entreprises technologiques soutiennent l’objectif de tripler la capacité nucléaire mondiale d’ici 2050.

Une bulle IA ? Oui, mais radicalement différente de la bulle internet, par Eric Lemaire
L’époque bruisse désormais de la possibilité d’une bulle autour de l’intelligence artificielle. Les performances spectaculaires des modèles, la course aux GPU, les valorisations stratosphériques de certains acteurs technologiques et les interrogations naissantes autour des comptes de Nvidia remettent sur la table un vieux réflexe : celui d’annoncer

Microsoft a déjà signé un contrat de 20 ans permettant le redémarrage de la centrale de Three Mile Island. Google, de son côté, investit dans les petits réacteurs modulaires.

Aus USA, la plupart des entreprises d’IA multiplient la construction de centres de données, indispensables à l’entraînement de leurs modèles d’IA de pointe.

« Nous avons besoin d’une électricité propre, stable et sans émissions de carbone, disponible 24h/24 et 7j/7 »

a déclaré un cadre supérieur spécialisé dans l’IA chez Google, Manuel Greisinger.

Course à l’IA: en quête de leadership, la Chine veut fixer les règles
Lors de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle à Shanghai, Pékin a proposé la création d’une organisation mondiale pour réguler l’IA. La proposition a été formulée par le Premier ministre chinois, Li Qiang, il appelle à la coopération internationale autour d’un développement responsable de l’IA.

Il a ajouté que l’énergie nucléaire est « un élément central indispensable de la future structure énergétique ». Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, est du même avis. Il pense que l’industrie nucléaire se présente comme le partenaire idéal de la révolution de l’IA.

Rafael Grossi, résume cette pensée : seule l’énergie atomique réunit faible carbone, fiabilité 24/7, densité et évolutivité. Google, Microsoft, d’autres encore, signent déjà des contrats d’approvisionnement à long terme ou investissent dans de nouveaux projets, comme les petits réacteurs modulaires (SMR).

Les SMR : solution de marché ou mirage technocratique ?

Les petits réacteurs modulaires (SMR) séduisent par leur promesse : coûts réduits, déploiement rapide, implantation proche des centres de données. Ils permettraient aux entreprises de contourner les lenteurs bureaucratiques des réseaux publics et de sécuriser leur approvisionnement.

Mais ces technologies restent, pour l’instant, en phase de développement. Leur succès dépendra moins des discours politiques que de la capacité des États à lever les freins réglementaires et à laisser le marché arbitrer leur viabilité économique.

Course à l’IA : Elon Musk admet l’avantage chinois
Alors que Donald Trump mise 500 milliards sur le projet Stargate, gigantesque plan public-privé de centres de données piloté par OpenAI, Oracle et SoftBank. Elon Musk jette un pavé dans la mare : selon lui, la Chine est en passe de « dépasser de loin le reste du monde dans le calcul

La course à l’IA est aussi une course à la puissance énergétique. Elon Musk l’a résumé récemment : la Chine dominera l’IA non par le talent ou les puces, mais par sa capacité à produire de l’électricité à grande échelle. Pékin pourrait atteindre dès 2026 une production trois fois supérieure à celle des États-Unis.

Par ailleurs, le nucléaire n’est pas une énergie anodine. Elle génère des déchets radioactifs à vie longue, dont la gestion sécurisée repose sur des garanties étatiques sur des millénaires. Elle concentre des risques potentiellement catastrophiques.

IA : l’Europe peut-elle combler son retard face aux États-Unis et à la Chine ?
Bruxelles veut croire en une renaissance technologique. Avec un plan d’un milliard d’euros destiné à stimuler l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) dans l’industrie et la recherche, l’Union européenne (UE) entend combler le gouffre qui la sépare des États-Unis et de la Chine. Mais à

Pendant ce temps, l’Europe, entravée par ses choix énergétiques passés, tente de rattraper son retard dans l’urgence.

L’IA agit comme un révélateur brutal : sans énergie abondante, pas de souveraineté numérique, ni de croissance technologique. Le nucléaire s’impose non comme une utopie verte, mais comme une solution pragmatique. La vraie question n’est pas « avons-nous assez d’énergie pour l’IA ? », mais « quelle IA voulons-nous, et dans quelle société de liberté ou de contrôle entendons-nous la développer ? ». L’énergie qui l’alimentera en sera le reflet.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes
Photo by Waldemar Brandt / Unsplash

Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes

Le 4 avril 2007, un habitant de Jurançon (Pyrénées-Atlantiques) validait une grille au tabac-presse du quartier et empochait 5,8 millions d’euros au Loto. Dix-huit mois plus tard, la fortune avait fondu. Aujourd’hui endetté de quelque 150 000 euros, avec ses deux maisons hypothéquées, il confie à la radio locale Ici Béarn Bigorre une « haine astronomique » envers l’escroc rencontré en chemin et regrette amèrement d’avoir ignoré l’accompagnement proposé par la Française des Jeux. Une histoire ban


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Un décret paru au Journal officiel ce 30 avril officialise le retour de Pierre-André Imbert comme secrétaire général de l'Élysée. Son précédent, Emmanuel Moulin, lorgne la Banque de France. Derrière ces nominations techniques se dessine une stratégie de placement institutionnel en cette fin du deuxième mandat de Macron. Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2020 à 2023, deviendra lundi 4 mai le nouveau secrétaire général de la p


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

Le marché pétrolier n'est plus une mécanique de précision, mais une boucherie à ciel ouvert. Le Brent frôle les 120 dollars le baril et, tandis que les chancelleries s'agitent, les faits, eux, sont têtus : nous assistons à la démolition contrôlée de l'ordre énergétique mondial. Ce n'est pas une simple "crise de volatilité", c'est le grand découplage entre la géopolitique de la force et les illusions d'un marché physique en état de mort cérébrale. Pourquoi l’asphyxie mondiale impose une stratég


Rédaction

Rédaction

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

Plusieurs lecteurs m'ont demandé ce que je pensais de la directive européenne sur les rémunérations, qui va révolutionner ce sujet tabou en France. Voici une première réponse... Sous le vernis moralisateur de l'« égalité femme-homme », la Directive (UE) 2023/970 vient d’achever ce qui restait de l’autonomie de gestion dans nos entreprises. Ce n'est plus du droit social, c'est de l'ingénierie bureaucratique pure, une tentative désespérée de la Caste européenne de substituer le plan à la réalité


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe