Comment Biraben a construit son empire féministe avec le chèque de Bolloré

Comment Biraben a construit son empire féministe avec le chèque de Bolloré


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Condamnée pour licenciement abusif en 2023, Canal+ a versé plus de 3,5 millions d'euros à son ancienne animatrice. Maïtena Biraben refuse d'y voir une réparation, préférant parler de "salaire". Maïtena Biraben incarne mieux que quiconque la schizophrénie du milieu médiatique français : pourfendre le système en vivant de ses dividendes.

En 2016, Maïtena Biraben quitte Canal+ dans la tourmente. La chaîne est en pleine recomposition sous l'ère Bolloré, et la présentatrice du Grand Journal fait partie des victimes collatérales d'une transformation éditoriale brutale. Sept ans de procédure plus tard, en 2023, la justice tranche : licenciement sans cause réelle et sérieuse, 3,5 millions d'euros à verser. Invitée sur RTL le 19 avril dernier dans On refait la télé , elle revient sur cet épisode avec franchise et quelques contradictions qui méritent d'être relevées.

"Du salaire, pas de l'indemnité"


Après des années de travail au sein de Canal+, Maïtena Biraben a été choisie pour présenter Le Grand Journal en 2015. Mais un an plus tard, alors que le taux d’audience de l’émission a fortement chuté, elle a été licenciée pour « faute grave ». La journaliste a décidé de poursuivre la chaîne aux prud’hommes et après un long combat judiciaire, elle a obtenu gain de cause. La Cour d’appel a condamné Canal+ à lui verser une indemnité de 3,5 millions d’euros pour l’avoir licencié sans « cause réelle et sérieuse ». 

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Samedi dernier, Maïtena Biraben a été l’invitée de l’émission « On refait la télé » de RTL. Quand l’animateur lui a demandé si avec recul, elle est reconnaissante envers Vincent Bolloré de lui avoir viré vu que grâce à l’indemnité perçue, elle a pu lancer sa propre entreprise.

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Elle a d’abord précisé que « ce n’est pas de l’indemnité, c’est du salaire ». Fiscalisée à hauteur d’environ 50 %, cette somme n’a rien d’un jackpot net, cependant, elle a reconnu que cet argent lui a permis de financer la création de Mesdames Production en 2019, société dédiée aux contenus centrés sur les femmes. Elle le reconnaît sans ambages : "On est partis sur fonds propres."

Une éviction emblématique d’un changement de régime


"J'aurai de la peine jusqu'à la fin de mes jours", dit-elle de la mutation de Canal+. À l’époque, Canal+ bascule d’un modèle culturel singulier vers une logique plus centralisée et stratégique. L’animatrice décrit une rupture profonde : la disparition d’un esprit, d’une “culture” qui faisait de la chaîne une exception française.

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Elle place la chaîne dans la catégorie des institutions culturelles dévastées aux côtés d'iTélé, du JDD , des éditions Grasse ravagées selon elle par des logiques de pouvoir étrangers à l'éditorial. Le diagnostic n’est pas faux. La prise de contrôle de Vincent Bolloré a effectivement transformé plusieurs rédactions en zones de conflits idéologiques documentés.

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Mais voilà le paradoxe : Biraben dénonce avec conviction la marchandisation des médias, tout en bâtissant sa société de production grâce à l'argent de l'un de ses acteurs. Elle refuse de dire "merci" à Canal+ et c'est son droit le plus strict. Ce qu'elle omet de préciser, c'est que sans Canal+, sans ce procès, sans cet argent "taxé à moitié", Mesdames Production n'existerait peut-être pas. La dignité, c'est bien. Mais parfois, la cohérence coûte plus cher que 3,5 millions.


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