Comme la France, la Belgique décrédibilise sa dette. Voici comment ! par Veerle Daens

Comme la France, la Belgique décrédibilise sa dette. Voici comment ! par Veerle Daens


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Observons nos voisins. En France, les débats font rage sur un déficit qui s'envole et une dette dépassant les 115 % du PIB. Paris est sous le regard attentif de Bruxelles. Mais la Belgique, dans un silence médiatique relatif, suit exactement la même trajectoire. La crise politique aiguë qui paralyse Bruxelles n'est pas la cause de nos problèmes ; elle en est le symptôme le plus visible. Par Veerle Daens.

La mission de 50 jours que s'est auto-attribuée le Premier ministre Bart De Wever n'est pas un acte d'autorité. C'est un acte de désespoir, la conséquence d'un État qui s'avère structurellement incapable de payer ses factures.

Voici comment, étape par étape, la Belgique est en train de décrédibiliser sa propre signature sur les marchés.

L'arithmétique de l'échec

Les chiffres ne mentent pas. Les projections de la Commission Européenne pour la Belgique sont brutales : un déficit public de 5,4% du PIB en 2025, qui se creusera encore à 5,5% en 2026.

Pendant ce temps, la dette publique brute, déjà à 104,7% en 2024, est attendue à 107,1% en 2025 et atteindra près de 110% en 2026. Nos propres institutions nationales sont encore plus pessimistes. Le Bureau Fédéral du Plan voit la dette grimper à 120,8% d'ici 2030 à politique inchangée. Le Comité de Monitoring, lui, anticipe 119% dès 2029.

Ce dérapage n'est pas conjoncturel. Il est alimenté par deux moteurs structurels que la classe politique refuse de regarder en face. Premièrement, le coût budgétaire inévitable du vieillissement (pensions et soins de santé). Deuxièmement, la fin de l'argent magique. La Banque Nationale de Belgique (BNB) a prévenu que "l'effet boule de neige" de la dette était de retour. Avec la hausse des taux d'intérêt, les charges d'intérêts sur notre dette colossale vont doubler, passant de 1,8% du PIB en 2023 à 3,6% en 2032.

La paralysie par l'accord

Comment un gouvernement peut-il rester immobile face à un tel mur? La réponse se trouve dans l'acte de naissance même du gouvernement De Wever.

La coalition "Arizona" (N-VA, MR, Les Engagés, CD&V, Vooruit), entrée en fonction en février 2025, est une construction politique bâtie sur une contradiction économique insurmontable.

L'accord de gouvernement, ce document qui devait servir de feuille de route, est devenu une cage. Pour obtenir la signature du MR (libéraux francophones), la coalition a inscrit dans le marbre une promesse fatale : l'effort budgétaire total se ferait "sans augmenter la pression fiscale".

Cette promesse était une fantaisie. Elle impliquait que la totalité de l'effort nécessaire, estimé à 10 milliards€ d'ici 2030, proviendrait de coupes dans les dépenses et de réformes structurelles.

Aujourd'hui, cette fantaisie a rencontré la réalité. Le gouvernement est pris en tenaille. D'un côté, le MR, mené par Georges-Louis Bouchez, refuse catégoriquement "un euro de taxe en plus", bloquant toute discussion sur la TVA ou d'autres revenus. De l'autre, les partenaires de gauche, Vooruit en tête, refusent tout aussi catégoriquement les coupes sociales drastiques (sur les pensions ou le chômage) qui seraient l'unique alternative mathématique.

Le résultat est une paralysie totale.

La mission "cache-misère"

Pendant que la Belgique se dispute, l'Europe, elle, a agi. Le pays est officiellement sous procédure de déficit excessif (PDE). La Commission Européenne avait fixé une date limite : le 15 octobre 2025.

La Belgique a manqué cette échéance.

L'ultimatum posé par Bart De Wever à sa propre majorité pour le 6 novembre a lui aussi échoué. Sa "mission de 50 jours" n'est qu'une manœuvre pour éviter de constater sa propre démission.

L'objectif de cette mission n'est plus de trouver 10 milliards€ ; c'est de produire un document d'ici Noël. Un document qui ressemble à un budget. Il sera probablement rempli de mesures "one-shot" (comme la vente d'actifs), d'une surestimation des "effets-retour" de réformes futures, et de la promesse éternelle de "lutter contre la fraude".

Le but n'est pas de sauver les finances de la Belgique. Le but est de sauver la face devant la Commission.

Si ce dernier gambit échoue, le gouvernement tombe. Le pays tournera en "douzièmes provisoires", un signal de chaos pour quiconque détient de la dette belge. Ce spectacle n'est pas seulement une crise politique ; c'est la démonstration publique de l'insolvabilité politique d'un pays. Et sur les marchés financiers, l'insolvabilité politique se paie au prix fort.


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