Nous y sommes. Ce que les observateurs lucides redoutaient depuis la réélection de Donald Trump et l'accélération brutale de l'histoire en ce début d'année 2026 vient de se produire. Loin des caméras de CNN qui tournent en boucle sur le « triomphe » de l'opération Absolute Resolve au Venezuela, un événement bien plus lourd de conséquences s'est joué ce matin dans les eaux grises et glaciales de l'Atlantique Nord, quelque part entre l'Écosse et l'Islande.

L'arraisonnement du pétrolier Marinera par l'US Coast Guard, appuyé par la puissance de feu de l'US Navy et la logistique servile des Britanniques, n'est pas une simple opération de police douanière. C'est un acte de guerre navale caractérisé contre une puissance nucléaire. Pour la première fois depuis la crise des missiles de Cuba en 1962, Washington a délibérément choisi de franchir la ligne rouge : aborder par la force un navire battant pavillon russe, escorté par un sous-marin de combat russe, au mépris total de la Convention de Montego Bay.
Nous ne sommes pas (encore) à la veille de l'apocalypse nucléaire, n'en déplaise aux Cassandre. Mais nous sommes entrés ce matin dans une ère nouvelle, brutale, décomplexée, où la force prime le droit. L'arraisonnement du Marinera n'est pas un fait divers. C'est l'acte de naissance d'un monde où les empires ne négocient plus : ils se servent. Et dans ce monde-là, le risque d'accident mortel n'est plus une statistique, c'est une certitude à retardement.
La question qui brûle les lèvres de toutes les chancelleries, même si les médias mainstream préfèrent regarder ailleurs, est simple : venons-nous de basculer dans la Troisième Guerre mondiale?
La fin de la fiction du droit international
Il faut d'abord appeler un chat un chat. Ce qui s'est passé avec le Marinera (ex-Bella 1) marque l'effondrement définitif de l'ordre juridique international tel que nous le connaissions depuis 1945.

La narration américaine est bien huilée : le navire serait un « vaisseau fantôme » vénézuélien, ayant changé de pavillon de manière frauduleuse pour échapper aux sanctions. C'est l'argumentaire du « Lawfare » (la guerre par le droit) dont Washington est passé maître. Mais la réalité crue, c'est que la Russie avait officiellement reconnu ce navire comme sien le 24 décembre dernier. En l'abordant, les États-Unis n'ont pas saisi de la contrebande ; ils ont violé un territoire souverain russe flottant.

C'est l'application directe de la nouvelle « Doctrine Don-roe » (mélange de Donald et Monroe) : les États-Unis considèrent désormais que l'hémisphère occidental, et par extension l'Atlantique Nord, est leur chasse gardée. Le droit de propriété, la souveraineté des pavillons, l'immunité des navires d'État? Des vieilleries obsolètes face à l'impératif prédateur de saisir, comme l'a dit Trump sans fard, « l'argent du pétrole qui sera contrôlé par moi ». Nous assistons à un retour à la guerre de course, où le corsaire a simplement troqué son cache-œil pour un uniforme de l'USCGC Munro.
L'humiliation de Moscou et le piège de l'escalade
Pourquoi Poutine n'a-t-il pas tiré? C'est l'énigme de cette journée. Selon les rapports confirmés, un sous-marin russe accompagnait le Marinera. Il avait la capacité technique de couler le cutter des garde-côtes ou d'abattre les hélicoptères du 160th SOAR qui ont mené l'assaut. Il ne l'a pas fait.

Les atlantistes y verront une preuve de la faiblesse russe, ou de la lâcheté du Kremlin. C'est une analyse courte vue. La retenue russe s'explique par une asymétrie terrifiante : la Russie sait qu'elle a perdu la bataille conventionnelle pour le Venezuela. Maduro est dans une cellule à New York, le régime chaviste est décapité. Tirer sur un navire américain pour sauver une cargaison de pétrole vide (le navire n'avait pas chargé) aurait été un suicide stratégique pour un gain nul.
Cependant, cette humilité forcée est dangereuse. Une grande puissance humiliée est une bête blessée. En perdant son allié vénézuélien et en voyant son pavillon bafoué en haute mer, la Russie est acculée. Elle doit rétablir sa dissuasion, sous peine de voir son statut de superpuissance s'évaporer. Et c'est là que le spectre de 1962 revient, mais en inversé.

En 1962, Khrouchtchev avait placé des missiles pour protéger Castro. En 2026, Poutine pourrait placer des missiles non pas pour protéger un allié (il est déjà tombé), mais pour venger un affront. La menace brandie par les députés de la Douma de déployer le système hypersonique Oreshnik au Venezuela ou à Cuba n'est pas du bluff. C'est la seule carte qui reste à Moscou pour rétablir l'équilibre de la terreur face à une Amérique qui se sent toute-puissante.

Évaluation chiffrée du risque de conflit mondial
Au Courrier des Stratèges, nous refusons de céder à la panique, mais nous refusons aussi l'aveuglement. Voici notre évaluation probabiliste des risques pour les 30 prochains jours, basée sur les indicateurs militaires (DEFCON), la rhétorique diplomatique et les précédents historiques.
Risque de guerre nucléaire stratégique (Armageddon) : 15 %
Pourquoi si bas? Parce que ni Washington ni Moscou ne souhaitent le suicide collectif pour un pétrolier ou pour Nicolas Maduro. La doctrine nucléaire russe prévoit l'usage de l'atome en cas de « menace existentielle » contre l'État russe. La perte d'influence en Amérique Latine est douloureuse, mais pas existentielle. Le « téléphone rouge » fonctionne encore, et l'absence de tir du sous-marin russe prouve qu'il y a encore des freins rationnels. Facteur aggravant : L'imprévisibilité de l'administration Trump et la possibilité d'une erreur de calcul avec des missiles hypersoniques dont le temps de vol se compte en minutes.





