La nomination d'Amélie de Montchalin comme Première présidente de la Cour des comptes va marquer un tournant dans la gestion des institutions françaises. À 40 ans, cette économiste formée à HEC et Harvard, macroniste de la première heure, succède à Pierre Moscovici. Issue du secteur privé chez BNP Paribas et Axa, elle a occupé divers postes ministériels avant de gérer les comptes publics. Pourtant, cette transition directe du gouvernement à un organe de contrôle indépendant interroge la séparation des pouvoirs et l'engagement libéral affiché par l'exécutif.

En nommant Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, Emmanuel Macron parachève la fusion entre l’exécutif et ses organes de contrôle. Cette consanguinité institutionnelle interroge la sincérité de l’évaluation budgétaire au moment où la France frôle l'abîme financier.
L'institutionnalisation du conflit d'intérêts
La nomination d’Amélie de Montchalin à la Première présidence de la Cour des comptes marque une rupture profonde avec la tradition d’indépendance de cette institution bicentenaire. Jusqu’ici, la coutume voulait que le magistrat suprême de la rue Cambon soit issu de l’opposition ou d’un corps de magistrature neutre. En plaçant une ministre en exercice pour juger de sa propre gestion, l’exécutif piétine un principe élémentaire du droit : nemo judex in causa sua (nul ne peut être juge de sa propre cause).
🔴🇫🇷 ALERTE INFO
— Jon De Lorraine (@jon_delorraine) February 9, 2026
Emmanuel Macron choisit Amélie de Montchalin pour prendre la tête de la Cour des comptes. (Le Figaro) pic.twitter.com/P4I7MRUwCv
Mme de Montchalin gérait hier les crédits de l'État. Demain, elle devra certifier la régularité des comptes qu’elle a elle-même engagés. Ce court-circuit démocratique neutralise le contre-pouvoir technique indispensable à la limitation de l’arbitraire étatique.
Le mythe de la rigueur libérale face à l'étatisme permanent
L’argumentaire officiel met en avant le profil « économiste » et « technique » de l’ancienne ministre, passée par le secteur privé (Axa, BNP Paribas). Pourtant, l’analyse des chiffres contredit cette image de réformatrice libérale. Sous son impulsion et celle de ses prédécesseurs macronistes, la dépense publique française s’est maintenue à des sommets historiques, dépassant les 57 % du PIB.

La trajectoire annoncée — un retour sous les 3 % de déficit en 2029 — relève plus de l’incantation que de la stratégie économique. En réalité, le « macronisme » n’est pas un libéralisme, mais un hyper-étatisme technocratique. On ne réduit pas l’État, on le gère entre soi, en multipliant les normes et la pression fiscale pour financer un modèle à bout de souffle. La nomination d'une « fidèle » garantit surtout que l'ampleur réelle du dérapage budgétaire sera traitée avec une bienveillance toute partisane.
La dérive vers une « République des copains » version technocratique
Après Richard Ferrand au Conseil constitutionnel, cette nouvelle promotion interne illustre la capture des institutions par une caste restreinte. Ce phénomène de « portes tournantes » (revolving doors) entre les ministères et les hautes juridictions affaiblit la résilience de nos structures républicaines.

La Cour des comptes, qui devrait être le rempart du contribuable contre l’impéritie gouvernementale, devient un bureau d’enregistrement de la politique de l’exécutif. Pour le libertarien, le constat est amer : l'État ne se contente plus de dépenser l'argent qu'il n'a pas ; il s'assure désormais que les rapports qui dénoncent ce gaspillage soient rédigés par ceux-là mêmes qui en tiennent le carnet de chèques.

La nomination d’Amélie de Montchalin à la Cour des comptes n’est pas une simple rotation de personnel. C’est un symptôme de la dérive étatiste du macronisme, qui préfère consolider son emprise sur les institutions plutôt que de respecter les principes libéraux de séparation des pouvoirs et de gouvernement limité. En plaçant une fidèle à un poste d’indépendance, l’Exécutif affaiblit le contrôle des finances publiques à un moment crucial. L’indépendance des institutions n’est pas une option, mais la condition sine qua non d’un État au service des citoyens, et non de l’appareil politique.



