Affaire Jublin : comment fonctionne une soirée chemsex

Affaire Jublin : comment fonctionne une soirée chemsex

Définition, organisation, substances, mortalité : ce que les rapports publics et le procès Palmade établissent du déroulement d'une session de chemsex.


Partager cet article

Par Élise Rochefort

L'aveu d'une addiction passée à la cocaïne par Louis Jublin, ancien conseiller de Gabriel Attal, a remis la consommation de substances dans les cercles parisiens au premier plan de l'actualité. Louis Jublin n'a pas évoqué le chemsex, et rien ne l'y rattache. Mais le mot, lui, circule de nouveau — rarement défini. Ce qu'il recouvre est documenté par des sources publiques. État des lieux.

LA NEWSLETTER · GRATUITE

Le Courrier,
chaque matin.

L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plumes du Courrier. Dans votre boîte, chaque jour ouvré.

Gratuit. Vous restez libre de partir quand vous voulez.

JE M'INSCRIS lecourrierdesstrateges.fr
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

En juillet 2026, Louis Jublin, conseiller en communication de Gabriel Attal entre 2018 et 2024, a reconnu dans un entretien à Vanity Fair une addiction passée à la cocaïne, au moment où des tests de dépistage étaient imposés aux collaborateurs de cabinets ministériels. Il faut le poser d'emblée : Louis Jublin n'a pas confessé avoir participé à des sessions de chemsex — il a au contraire récusé les rumeurs prêtées à sa vie privée, et aucun élément public ne rattache son cas à cette pratique. Son aveu a néanmoins remis en circulation un terme que la presse emploie depuis 2023 sans presque jamais le définir, associé aux milieux festifs parisiens et, principalement quoique non exclusivement, à une partie des milieux homosexuels masculins. L'occasion est donnée de décrire ce que ce terme recouvre exactement. La pratique est documentée par des sources publiques — un rapport ministériel, des enquêtes épidémiologiques, un dossier judiciaire. La description qui suit s'en tient à ces pièces.

Le terme chemsex désigne, selon le rapport remis au ministre de la Santé en mars 2022 sous la coordination du Pr Amine Benyamina, la consommation de substances psychoactives en contexte de sexualité, dans le but explicite de faciliter, de prolonger ou d'intensifier les rapports. La définition retenue par le rapport exclut l'usage isolé de poppers ; elle repose sur deux critères cumulatifs, l'intentionnalité sexuelle et le recours à des substances spécifiques. Le mot était entré dans le débat public français en février 2023, à l'occasion de l'accident causé par Pierre Palmade, sur lequel on reviendra — car son procès constitue, à ce jour, la description la plus précise d'une session versée à un dossier public.

ABONNEMENT

Allez au fond
des choses.

Deux grands formats par jour. Les cinq plumes du Courrier. La série Sécession, le dimanche.

Le monde commente. Vous, vous comprenez.

S'ABONNER lecourrierdesstrateges.fr
CdS
lecourrierdesstrateges.fr
Restez libre !

Qui, et combien

Le rapport de 2022 estime que la pratique concerne environ 20 % des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, soit une fourchette de 100 000 à 200 000 personnes en France. Les enquêtes disponibles donnent des mesures plus resserrées : l'enquête APACHES situe entre 3 % et 14 % la part des hommes concernés ayant participé à une session dans les douze derniers mois ; l'enquête « Rapports au Sexe » retient 13 % à 14 % de pratiquants. Aucun recensement n'existe ; les fourchettes restent larges et reposent sur des échantillons volontaires. Le rapport note trois évolutions : une diffusion au-delà des populations LGBT+, un rajeunissement des demandeurs de soins, une extension vers les territoires ruraux.

L'organisation d'une session

Les sessions s'organisent principalement par applications de rencontre géolocalisées — Grindr revendiquait 500 000 utilisateurs en France en 2020 —, où les invitations circulent sous vocabulaire codé. L'hôte fournit généralement les produits, ou fait appel à un livreur ; le rapport documente également des pratiques d'échange de rapports sexuels contre des substances. Les produits classiquement associés sont les cathinones de synthèse (3-MMC, méphédrone), le GHB et son précurseur le GBL, la kétamine, la cocaïne, plus rarement en France la