Absentéisme en entreprise: le naufrage de la pénibilité à la française

Absentéisme en entreprise: le naufrage de la pénibilité à la française


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Une étude indépendante sur l’absentéisme en entreprise révèle des réalités inquiétantes. L’absentéisme moyen est passé de 17,2 jours en 2017 à 18,6 jours par an et par salarié en 2018, soit une progression de 8%. Mais certains segments de la population sont particulièrement significatifs. L’absentéisme chez les moins de 40 ans a progressé de 23%. Une fois de plus, la France, qui s’est dotée d’un important dispositif d’indemnisation de la pénibilité, là où les pays les plus efficaces parient sur la prévention, montre qu’elle a suivi la mauvaise voie.

L’étude sur l’absentéisme est très révélatrice du choix français en matière d’organisation du travail et de santé. Au lieu de parier sur la prévention, l’ensemble de notre logique de protection sociale est fondée sur l’indemnisation de la maladie et de la pénibilité. Les résultats ne se font pas attendre: plutôt que d’imaginer une organisation du travail moins « consommatrice » de santé pour les salariés, les employeurs font le choix d’user au maximum leurs ressources humaines, en attendant que la sécurité sociale prenne le relais une fois les corps usés.

Absentéisme et emploi public

Sans surprise, c’est le secteur de la santé qui est le plus touché. Le taux d’absentéisme y est de 5,62%. C’est évidemment le serpent qui se mord la queue: l’organisation du travail à flux tendu dans les hôpitaux provoque une souffrance qui provoque de l’absentéisme qui accroît la souffrance, et ainsi de suite. Une fois de plus, la mauvaise performance de l’État employeur apparaît au grand jour (à comparer avec un taux d’absentéisme de 4,26% dans le BTP…). La crise des urgences, qui sévit depuis plusieurs mois sans réponse sérieuse de l’employeur le prouve.

Les emplois de services sont également en mauvaise posture, avec un taux d’absentéisme de 5,26%, proche de celui de la santé. On ne dira pas assez que même les emplois les moins « soupçonnables » peuvent poser le problème crucial des troubles musculo-squelettiques dus à la sédentarité. Sur ce point, des méthodes de prévention simples comme le recours à des fauteuils adaptés à la vie de bureau peuvent largement prévenir l’absentéisme à long terme. Mais rien, dans notre système de protection sociale, n’encourage les employeurs à investir dans ces solutions.

D’une logique d’indemnisation à une logique de prévention

Pour enrayer l’expansion continue de l’absentéisme et de la dégradation sanitaire au travail, c’est à une vraie inversion de logique qu’il faut procéder en matière de protection sociale.

En l’état, le système français est tout entier fondé sur une démarche de transfert de risque auprès de la collectivité, qui prend en charge la maladie durant la carrière, puis qui finance une retraite anticipée lorsque le salarié a été exposé à des tâches pénibles. La diminution du risque par des tarifs discriminants selon les producteurs du dommage est faible, et largement mutualisée.

Le cas le plus typique est celui des accidents du travail, où les tarifs sont identiques selon les entreprises. La péréquation se fait par branche et par région. Ainsi, dans une même ville, l’employeur soucieux de la santé de ses salariés paie le même tarif que celui qui ne s’en soucie pas. On ne peut imaginer de méthode plus désincitative en matière de santé.

Sans une logique discriminant les « mauvais élèves » et encourageant la prévention, l’absentéisme n’est pas prêt de diminuer.

Le naufrage de la pénibilité

Mais la décision la plus funeste dans ce domaine reste la co-construction, avec les organisations syndicales de l’aberrant système de péniblité, qui encourage les employeurs à user le plus vite possible la santé de leurs salariés. La pénibilité, qui permet de garantir des départs anticipés à la retraite pour les travaux jugés les plus pénibles, constitue une véritable prime « à la casse » des salariés. Elle a indiqué la voie à un système où la prévention des risques est pénalisée, au profit de leur indemnisation par la collectivité.

Au nom de la solidarité, les organisations syndicales ont prôné un étrange mécanisme où les employeurs les moins vertueux sont absous par la collectivité qui paie à guichet ouvert les dégâts qu’ils ont causés.

Sans surprise, donc, la santé des salariés se dégrade à vue d’oeil, avec la bénédiction des mouvements subventionnés qui prétendent les représenter.


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