Lallement et ses camps, par Charles Weizmann

Lallement et ses camps, par Charles Weizmann


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Le préfet de police de Paris, à qui s’adressait une dame se réclamant des gilets jaunes, s’est cru inspiré de lui répondre : « alors nous ne sommes pas dans le même camp. » Qu’est-ce que cela signifie et pourquoi est-ce grave ?

Prenons les choses par le bon bout. Cette phrase aurait été parfaitement anodine si elle avait été prononcée par un député de la majorité, ou encore par cette porte-parole du gouvernement connue pour aimer les couleurs vives et les mensonges politiques. Le problème tient à ce que son auteur est le préfet de police de Paris.
Qu’un homme politique, engagé dans le débat public, exprime haut et fort qu’il n’est pas dans le même camp qu’un manifestant est parfaitement légitime mais l’aveu d’une position partisane de la part d’un haut fonctionnaire, qui plus est chargé du maintien de l’ordre, est un scandale démocratique.

Mentalité de police parallèle ou atteinte au droit de manifester ?

Jusqu’à preuve du contraire, les gilets jaunes de samedi dernier participaient à une manifestation autorisée, ce qui signifie qu’ils sont en droit d’exiger du préfet des conditions de sécurité satisfaisantes. La présence des casseurs et le fait que la police ne soit pas parvenue à mettre fin à leurs déprédations est une faute pour laquelle les manifestants honnêtes pourraient demander des comptes au préfet. Ne renversons donc pas les rôles !

Ce dont le préfet Lallement a fait l’aveu, c’est qu’il tient cette manifestation pour illégitime, qu’elle soit légale ou non. Il a oublié que sa fonction était le maintien de l’ordre et non la défense coûte que coûte du gouvernement contre son opposition. Cela nous renvoie aux polices parallèles des années Mitterrand. Que cette mentalité se retrouve au sommet de la préfecture de police de Paris est un intolérable abus. Ajoutons que ce préfet a beaucoup d’aplomb pour un homme dont un subordonné a découpé quatre de ses collègues le mois passé

Paranoïa au sommet de l’Etat

Le sujet est pourtant celui-ci. Dans un pays qui fait face à de graves menaces de sécurité intérieure, endosser les habits de la répression versaillaise contre la canaille communarde a quelque chose d’obscène. Les pouvoirs publics ont renoncé à faire appliquer la loi dans nombre de territoires mais se rattrapent en matraquant des citoyens participant à des manifestations légales.

L’explication est simple. Le terrorisme, le trafic de drogue et les régulières émeutes des quartiers n’ont jamais menacé le confort du pouvoir. La réaction hautaine de ce préfet révèle en revanche la paranoïa des cercles dirigeants devant une colère populaire qui pourrait les menacer réellement et qu’ils ne peuvent interdire formellement sans assumer une dictature.

Une solution raisonnable : la mutation aux îles Kerguelen

Ce n’est plus qu’une question de temps avant que la révocation de ce préfet déjà très contesté ne devienne une revendication majeure des manifestants. Le président serait bien inspiré d’éloigner rapidement l’intéressé. Une affectation aux îles Kerguelen conviendrait tout à fait. Nous gagnerions au moins quelques années de sérénité avant que les manchots royaux, excédés, ne finissent par nous le renvoyer.

Ou bien, on peut aussi envisager que le président et son ministre de l’Intérieur aient choisi délibérément d’envenimer la situation par des déclarations provocatrices et des nominations caricaturales. Sur le papier, la réélection est gagnée d’avance mais nos dirigeants devraient tout de même se méfier. Quand un peuple vote pour des politiciens sans pour autant leur accorder la moindre confiance, c’est le sentiment démocratique qui s’effrite.


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