Par Renaud Jacobs
Depuis le vote du 9 juillet au Parlement européen, qui rétablit jusqu'en 2028 l'analyse automatisée des communications non chiffrées, les recherches sur les VPN ont bondi. C'est un réflexe compréhensible. C'est aussi, en partie, un malentendu — et les vendeurs de VPN, dont la publicité promet peu ou prou l'invisibilité, entretiennent ce malentendu avec application. Avant de comparer les offres, il faut donc commencer par le commencement : à quoi sert réellement cet outil.
Ce qu'un VPN fait
Un VPN (réseau privé virtuel) établit un tunnel chiffré entre votre appareil et un serveur intermédiaire. Concrètement, trois effets : votre fournisseur d'accès ne voit plus les sites que vous visitez, seulement que vous êtes connecté au VPN ; les sites que vous visitez ne voient plus votre adresse IP réelle, seulement celle du serveur ; et sur un réseau public — gare, hôtel, université — personne ne peut intercepter votre trafic. C'est utile, c'est robuste, et c'est tout.
Ce qu'un VPN ne fait pas
Il ne vous rend pas anonyme : si vous êtes connecté à votre compte Google, Google sait qui vous êtes, VPN ou pas. Il ne protège pas le contenu de vos messages : le scan autorisé par le vote de juillet s'opère chez le fournisseur du service de messagerie, pas sur le trajet — un VPN n'y change strictement rien, seul le chiffrement de bout en bout compte ici. Et il ne supprime pas la surveillance : il la déplace. Tout ce que votre fournisseur d'accès ne voit plus, votre fournisseur de VPN peut le voir. La question centrale d'un comparatif n'est donc pas la vitesse ou le nombre de serveurs. C'est : à qui acceptez-vous de confier ce que vous retirez à votre opérateur ?

Une précision de méthode, avant le classement. La quasi-totalité des comparatifs en ligne sont financés par les commissions d'affiliation des services qu'ils classent — ce qui explique la diversité surprenante des « meilleurs VPN de l'année ». Celui-ci ne touche rien de personne. Mes critères, par ordre d'importance : les preuves plutôt que les promesses (audits indépendants publiés), la juridiction, le modèle économique, le prix réel.
Première observation : trois services dominent sur les preuves
Mullvad (Suède, 5 €/mois sans engagement, prix inchangé depuis des années) est le plus radical : pas d'adresse e-mail à l'inscription, un simple numéro de compte généré, paiement en espèces possible par courrier. Ses applications et son infrastructure sont auditées par Cure53, dernièrement en 2024-2025. Son argument le plus convaincant n'est pas une promesse : lors d'une perquisition policière en 2023, il n'y avait rien à saisir.
Proton VPN (Suisse, 4,99 €/mois en engagement deux ans) fait auditer sa politique de non-conservation des journaux de connexion — le no-logs — par Securitum chaque année depuis 2022, cinquième audit consécutif publié mi-2026 ; applications open source, c'est-à-dire à code vérifiable par quiconque.
