Ce mardi 7 avril, l’Assemblée nationale examine une proposition de loi visant à créer une collectivité unique d’Alsace, qui sortirait de facto de la région Grand Est. Dans une tribune virulente publiée dimanche dans La Tribune, dix présidents de région – de Carole Delga à Valérie Pécresse en passant par Xavier Bertrand et Franck Leroy – dénoncent une « faute institutionnelle, politique et historique » calquée sur les « exigences de l’extrême droite ». Derrière les grands mots sur l’unité nationale se cache surtout la peur de voir s’effriter leur pouvoir et leurs budgets.

Le 7 avril, l’Assemblée nationale examine une proposition de loi visant à créer une « collectivité unique » d’Alsace, prélude à sa sortie du Grand Est. Dix présidents de région montent au créneau pour dénoncer une « faute historique ».
Une réforme qui fissure l’édifice Hollande
Dix ans après la réforme territoriale de 2015, portée sous François Hollande, le débat sur l’Alsace revient comme un boomerang. Le texte examiné ce 7 avril, déposé par le groupe macroniste Ensemble pour la République, prévoit la création d’une collectivité unique d’Alsace. Concrètement, il acterait une sortie du Grand Est, région artificielle née de la fusion avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne.
Dans une tribune publiée dans La Tribune dimanche, dix présidents de région — parmi lesquels Franck Leroy (Grand Est), Carole Delga (Occitanie), Valérie Pécresse (Île-de-France) ou encore Xavier Bertrand (Hauts-de-France) — dénoncent un projet « fondé sur du sable », sans étude d’impact. Ils pointent également la création d’une taxe dédiée pour financer la transition, révélant selon eux l’absence d’économies réelles.
Derrière l’argument d’unité, la peur du précédent
Les signataires agitent un risque de fragmentation nationale. Selon eux, cette réforme ouvrirait la boîte de Pandore : chaque territoire pourrait réclamer son autonomie. Ils y voient même une concession aux « exigences de l’extrême droite », accusée de promouvoir le démantèlement régional.

Mais cet argument masque une réalité plus stratégique. Les grandes régions issues de 2015 concentrent aujourd’hui des budgets colossaux — plusieurs milliards d’euros annuels — et des leviers décisifs en matière de transport, de formation et de développement économique. Une sortie de l’Alsace affaiblirait mécaniquement le Grand Est, tant en poids politique qu’en ressources fiscales.
Le débat intervient d’ailleurs dans un contexte tendu : inflation persistante, contraintes budgétaires accrues et pression sur les finances locales. Dans ce cadre, toute redéfinition des périmètres territoriaux devient un enjeu de pouvoir.
Une revendication enracinée localement
Reste un fait difficilement contestable : la fusion de 2015 n’a jamais été pleinement acceptée en Alsace. Identité historique forte, cohérence administrative ancienne, proximité avec l’Allemagne : autant d’arguments régulièrement avancés par les élus et la population locale.

En filigrane, une question émerge : qui décide ? Les élus nationaux et régionaux, ou les habitants concernés ?La question n'est pas de savoir si Paris approuve. Elle est de savoir pourquoi Paris continuerait à décider à la place des Alsaciens.
Le gouvernement ferait bien de trancher : soit il donne raison aux aspirations locales, soit il confirme que, pour les élites, l’unité nationale n’est qu’un prétexte pour conserver le pouvoir. Le choix, ce 7 avril, dira beaucoup de la capacité réelle de la France à se réformer.




