Lors de l'audition de Pam Bondi au Congrès, des députés ont reproché à celle-ci de protéger Leslie Wexner, fondateur de Victoria Secret, mais aussi du groupe pro-israélien MEGA... dont Epstein devint le fondé de pouvoir. Les circonstances de cette affaire méritent d'être expliquées aux Français.

Le paysage de l'influence géopolitique et de la philanthropie transnationale à la fin du XXe siècle a été marqué par l'émergence de cercles de pouvoir informels dont l'impact dépasse souvent celui des institutions étatiques traditionnelles. Parmi ces structures, le Groupe Mega, initialement fondé sous le nom de « Study Group », occupe une place singulière. Conçu comme une coalition de milliardaires dévoués à la cause du renouveau juif et au soutien de l'État d'Israël, ce groupement a redéfini les mécanismes de la charité privée en y instaurant une approche managériale et stratégique.

Cependant, derrière l'image d'un forum de réflexion éthique et religieuse se cache une toile complexe d'influence politique, de lobbying intensif et d'associations controversées, notamment avec les services de renseignement et des figures de la criminalité financière. Ce rapport propose une analyse exhaustive de la genèse, de l'influence et de la métamorphose de cette organisation de 1991 à l'horizon 2026.
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Genèse et architecture fondatrice : l'alliance de Wexner et Bronfman
La création du Groupe Mega en 1991 ne peut être comprise sans analyser le contexte de crise identitaire perçu par les élites juives américaines de l'époque. Face à une assimilation croissante et à un affaiblissement des structures communautaires traditionnelles, Leslie Wexner et Charles Bronfman ont identifié le besoin d'un nouveau modèle d'engagement.

Leslie Wexner : le magnat du détail et l'idéologie de la continuité
Leslie Herbert Wexner, né en 1937, a bâti un empire commercial sans précédent à partir de l'Ohio. Fondateur de The Limited, il a transformé le secteur du prêt-à-porter en acquérant et en développant des marques iconiques telles que Victoria's Secret et Abercrombie & Fitch. Son approche de la philanthropie a toujours été marquée par une volonté de professionnalisation, cherchant à appliquer les principes de rentabilité et d'efficacité opérationnelle aux enjeux sociaux. Avant même la création du Groupe Mega, Wexner avait manifesté son attachement au judaïsme par des écrits de jeunesse et par la création de la Wexner Foundation, dédiée à la formation des leaders communautaires.
Charles Bronfman et la puissance Seagram
Charles Rosner Bronfman, issu de la dynastie canadienne des Bronfman, représentait l'influence industrielle et diplomatique. En tant que coprésident de la Seagram Company Ltd., il gérait un patrimoine colossal s'étendant des spiritueux aux médias. Sa vision, bien que complémentaire de celle de Wexner, était plus centrée sur le lien émotionnel et éducatif entre la diaspora et Israël. Les Bronfman, par leur poids financier et leur rôle au sein du Congrès juif mondial, ont apporté au groupe une légitimité internationale immédiate.

La structure du Study Group
Le groupe s'est initialement formé sous le nom discret de « Study Group ». Contrairement aux organisations philanthropiques classiques, il ne possédait ni siège social, ni personnel permanent, ni statuts formels. Sa puissance résidait dans l'informalité : une vingtaine de membres fondateurs, capables d'engager des millions de dollars sur une simple poignée de main, se réunissant deux fois par an pour des séminaires intensifs.
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Caractéristique |
Description du Groupe Mega (Study Group) |
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Date de fondation |
1991 |
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Fondateurs principaux |
Leslie Wexner, Charles Bronfman |
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Fréquence des réunions |
Deux fois par an (séminaires de deux jours) |
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Objectif initial |
Discussion sur la philanthropie et l'identité juive |
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Nombre de membres |
Environ 20 au départ, jusqu'à 50 ultérieurement |
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Nature juridique |
Club informel, non enregistré |

La composition sociologique : une oligarchie de Titans
Le Groupe Mega n'était pas un simple rassemblement de donateurs ; il s'agissait d'un concentré de la puissance économique américaine de la fin du siècle. Les membres étaient sélectionnés pour leur capacité à influencer non seulement leur secteur d'activité, mais aussi la sphère politique et médiatique.
Les profils clés
Outre Wexner et les frères Bronfman (Charles et Edgar Sr.), le groupe incluait des personnalités dont l'influence façonnait la culture américaine :
● Michael Steinhardt : pionnier des hedge funds, Steinhardt a apporté au groupe une agressivité intellectuelle et financière. Sa vision d'une « renaissance juive » était centrée sur l'éducation non orthodoxe et l'immersion culturelle.
● Max Fisher : figure de l'immobilier et du pétrole, Fisher était le diplomate de l'ombre, servant de lien entre la communauté juive et plusieurs administrations républicaines à la Maison-Blanche.
● Ronald Lauder : héritier de l'empire cosmétique Estée Lauder, il a utilisé son influence pour soutenir les courants politiques de droite en Israël, notamment le Likoud de Benjamin Netanyahu.
● Steven Spielberg : bien que moins impliqué dans la stratégie politique, le réalisateur hollywoodien a participé aux séminaires pour discuter de son propre cheminement religieux, apportant au groupe une visibilité culturelle immense.

Dynamiques de réseautage et de pouvoir
L'appartenance au groupe offrait un accès privilégié à des informations de haut niveau. Les réunions, tenues dans des lieux prestigieux comme le manoir d'Edgar Bronfman à Manhattan ou les propriétés de Wexner dans l'Ohio, permettaient de coordonner des campagnes de lobbying de grande envergure. Cette synergie a permis au groupe de contourner le système des « Fédérations », jugé trop bureaucratique et peu réactif face aux enjeux géopolitiques contemporains.

Mécanismes d'influence philanthropique : transformer l'identité par le capital
Le Groupe Mega a agi comme un incubateur pour des projets dont l'ambition était de modifier durablement la sociologie du judaïsme mondial. En appliquant une logique de « retour sur investissement » à la charité, ils ont lancé des initiatives qui sont aujourd'hui des piliers institutionnels.
Le phénomène Birthright Israel (Taglit)
L'initiative la plus emblématique reste Birthright Israel, co-fondée en 1999 par Charles Bronfman et Michael Steinhardt. Ce programme offre un voyage gratuit de dix jours en Israël aux jeunes adultes juifs de 18 à 26 ans.

L'influence de ce programme est multidimensionnelle :
1. Démographique : en envoyant plus de 700 000 participants en Israël depuis sa création, le programme vise explicitement à renforcer l'identité ethno-religieuse et à limiter l'assimilation.
2. Idéologique : Birthright est critiqué par certains observateurs pour sa présentation unilatérale du conflit israélo-palestinien, agissant comme un outil de "soft power" pour l'État hébreu.
3. Financière : le financement, initialement assuré par le Groupe Mega, a ensuite été complété par le gouvernement israélien et d'autres donateurs comme Sheldon Adelson, démontrant la capacité du groupe à lever des fonds publics et privés massifs.

Le renouveau de Hillel International
Le Groupe Mega a également orchestré la transformation de Hillel International, l'organisation présente sur les campus universitaires du monde entier. Constatant une désaffection des étudiants pour les structures religieuses classiques, le groupe a investi massivement pour moderniser les centres Hillel, en faisant des pôles d'activité sociale et de soutien pro-israélien. Cette initiative visait à contrer la montée du militantisme propalestinien sur les campus américains dès les années 1990.









