????Quand les assureurs ne cachent plus leur mépris pour leurs clients et pour la démocratie

????Quand les assureurs ne cachent plus leur mépris pour leurs clients et pour la démocratie


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Florence Lustman, présidente de la FFA, nous a bien fait rire ce week-end, grâce à la lettre pédantesque qu’elle s’est permise d’écrire sous sa signature au président d’UFC Que Choisir, après l’appel que l’association a lancé en faveur du remboursement d’une partie des primes d’assurance automobile. Sur le ton d’une institutrice qui gourmande un élève pris en faute, la polytechnicienne explique doctement au président de cette association de consommateurs ce qu’il devrait dire ou pas. Décidément, les assureurs font tout pour passer pour les tocards de service à un moment où une majorité de Français s’inquiète face aux dégâts causés par la crise économique qui vient.

Une présidente qui n’a pas froid aux yeux

Florence Lustman n’a décidément pas froid aux yeux. Alors que les assureurs sont cornérisés par le silence dédaigneux qu’elle a observé pendant de longues semaines au début du confinement, et qui leur vaut une ardoise d’au moins 2 milliards d’euros (mais nous parions sur le fait que ce n’est qu’un début), sur la question de la perte d’exploitaition, suivi par la communication raide et abrupte de ses directeurs qui ont opposé un refus lapidaire à toutes les demandes par de simples messages sur des réseaux sociaux, la présidente de la FFA continue à forer droit dans la veine de granit. Elle vient d’envoyer un courrier désopilant d’arrogance et de mépris pédantesque à un président d’association de consommateurs, dont nous reproduisons ici le contenu.

Florence Lustman, ou la nostalgie de l’agence TASS

On notera que le courrier commence par l’expression d’un regret : si au moins Que Choisir avait interrogé la FFA sur ce qu’il était intelligent d’écrire ou pas avant de le publier. Cette démarche salutaire aurait évité bien des erreurs. Car l’institutrice Lustman aurait sûrement fait preuve de pédagogie en expliquant au journaleux qui a produit son torchon pourquoi faire un cadeau commercial à un client est contraire aux principes de l’assurance. Et le monde tournerait tellement mieux s’il fonctionnait comme au bon temps de l’agence TASS en Union Soviétique : une élite de gens intelligents et compétents devrait pouvoir contrôler l’information à laquelle les idiots que nous sommes ont droit.

Car la démocratie, la liberté de la presse et toutes ces idées populistes, ça va bien, mais à condition que le pays soit tenu par les grands corps de l’État.

L’outrecuidance patronale est un vilain défaut

On lira dans la suite du courrier une série de leçons données à ces ignorants qui demandent une baisse de tarifs. Ah, mon bon Monsieur Bazot, si au moins vous aviez fait un bac C! Vous comprendriez un peu… On ne vous demande pas d’avoir fait Polytechnique, ni même d’entrer dans le saint des saints des actuaires, on vous demande juste de réfléchir un peu avant d’écrire des bêtises (qu’on relève parce qu’elles ont reçu un écho favorable du public, sinon, elles étaient tellement idiotes qu’on ne les aurait pas relevées). Les tarifs de l’assurance sont calculés au plus juste, mon bon Monsieur. Et nous n’avons rien à négocier.

On n’avait rien entendu de plus drôle depuis de nombreuses années… Tous les Français qui ont subi la publicité pour Amaguiz pendant des années, avec un Jean Rochefort qui demandait juste à payer pour ce qu’il avait consommé, ont donc rêvé. Maîtresse Lustman les ramène à la réalité.

Florence Lustman sait-elle que les compagnies d’assurance ont été dénationalisées ?

Quand on lit un courrier de Florence Lustman, on se trouve projeté dans le film « Good Bye Lénine », qui raconte comme des enfants font croire pendant plusieurs mois à leur mère malade à Berlin Est que le mur n’est pas tombé. Et finalement, ils décident d’ouvrir les rideaux de sa chambre pour lui révéler la vérité. Nous sommes d’avis que, boulevard Haussman, les directeurs qui entourent leur présidente devraient eux aussi se décider à ouvrir les rideaux de son bureau. Elle découvrirait que l’assurance n’est plus comme au début de sa carrière. Les compagnies ont été dénationalisées, et les tarifs ne sont plus fixés par le chef du bureau assurance de la direction du Trésor.

Désormais, les compagnies d’assurance font du commerce. Elles ne sont plus financées par des administrés, mais par des clients. Et elles sont (supposées être) en concurrence entre elles pour gagner des clients ou protéger leur portefeuille. Cette révélation permettrait à leur présidente de moins cliver les relations avec une population déboussolée par l’arrogance des assureurs.

Vers de lourdes déconvenues pour les assureurs ?

Alors que tout le monde s’attend à un séisme sur l’assurance-vie, notamment par une refiscalisation au moins partielle des produits, on a le sentiment que la profession organise son propre malheur et souhaite vraiment le pire en endossant le costume le plus urticant devant l’opinion publique. Là encore, quelqu’un devrait expliquer à Florence Lustman que le mépris et l’avarice sont audibles dans les coulisses de Bercy, où ils tiennent lieu de vertu religieuse pour les bureaucrates qui s’y cachent derrière des piles de dossiers. En revanche, les afficher devant les parlementaires et devant la société civile, c’est une erreur stratégique majeure. Car si les hauts fonctionnaires sont convaincus que le reste du monde est un ramassis de crétins, les crétins en question ne partagent pas forcément leur avis… et ils sont quand même beaucoup plus nombreux que les hauts fonctionnaires qui leur mangent la couenne sur le dos.


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