Les médias alignés sur les positions israéliennes évitent d'en parler, mais l'agence Viginum a signalé de puissantes ingérences israéliennes, probablement issues du lobby Elnet, pour dénigrer LFI pendant les municipales. Et singulièrement les candidats de Marseille et de Toulouse, villes essentielles pour le contrôle de l'opinion en France.

Alors que les lampions du premier tour des municipales de 2026 s'éteignent à peine, une ombre singulière plane sur la sincérité du scrutin dans plusieurs grandes métropoles françaises. Au-delà des joutes classiques, c'est une guerre de l'ombre, numérique et idéologique, qui semble avoir été livrée. Au cœur des soupçons : le European Leadership Network (Elnet), ce lobby pro-israélien dont l'influence dans les couloirs de l'Assemblée n'est plus à démontrer, mais dont les méthodes d'action directe sur le terrain électoral interrogent désormais jusqu'au sommet de l'État.

L'offensive numérique : le "deepfake" au service du dénigrement
L'alerte est venue de Viginum, le service technique national chargé de traquer les ingérences numériques étrangères. À Marseille et à Toulouse, les deux têtes d'affiche de La France insoumise (LFI), Sébastien Delogu et François Piquemal, ont été la cible d'une campagne de déstabilisation d'une sophistication inédite.
Le mode opératoire? Une nébuleuse de faux sites d'information locale — près de 150 portails factices — et des comptes sur les réseaux sociaux utilisant des portraits générés par intelligence artificielle. Ces "fermes à trolls" ont diffusé massivement des accusations diffamatoires, visant à dépeindre les candidats comme des agents de l'islamisme. Si l'origine technique pointe vers des infrastructures étrangères, l'enquête du journal Le Monde souligne que "tout converge vers Elnet", l'organisation dirigée par Arié Bensemhoun, en conflit ouvert avec la formation de Jean-Luc Mélenchon.

Arié Bensemhoun : le stratège de la "confusion totale"
Pour comprendre cette hostilité, il faut écouter Arié Bensemhoun. Le directeur exécutif d'Elnet-France a multiplié les sorties comparant la situation à Gaza à l'Allemagne nazie et s'efforçant de nier toute distinction entre civils et combattants palestiniens. Pour ce lobbyiste, la lutte contre LFI n'est pas seulement politique, elle est existentielle. Sous son égide, Elnet ne se contente plus de "renforcer les relations" ; elle est accusée de mener une véritable stratégie médiatique agressive visant à susciter un soutien inconditionnel à la ligne dure du gouvernement israélien.


Le carnet d'adresses d'Elnet : des amitiés haut placées
L'efficacité d'Elnet repose sur une "capture intellectuelle" méthodique des élites françaises. L'organisation a su tisser une toile impressionnante au sein de la classe politique, du monde des médias et de l'intelligentsia. Voici les principales figures gravitant dans son orbite :
Le premier cercle politique (les "Compagnons de route")
- Bruno Retailleau : Le ministre de l'Intérieur est apparu en "première ligne" lors du gala d'Elnet en mars 2025, acclamé par une salle scandant "Retailleau Président" alors qu'il fustigeait le port du voile.

- Manuel Valls : L'ancien Premier ministre est un habitué de longue date, envoyé en Israël par le lobby pour des missions d'immersion stratégique.
- Aurore Bergé : Ministre et ancienne présidente du groupe d'amitié France-Israël, elle est qualifiée de "grande habituée" des voyages organisés et financés par Elnet.
- Annie Genevard : Ministre de l'Agriculture, elle a notamment visité le quartier général de l'armée israélienne sous l'égide du lobby.
- Yaël Braun-Pivet : La présidente de l'Assemblée nationale est perçue par ses détracteurs comme s'étant alignée sur la ligne d'Elnet après une visite en Israël en 2023.
- Autres parlementaires : Des figures comme Olivier Marleix, Benjamin Haddad, François Pupponi ou encore le sénateur Daniel Fargeot ont participé aux délégations financées par le réseau.

La garde rapprochée intellectuelle et médiatique
- Journalistes et polémistes : Sonia Mabrouk, Abnousse Shalmani, Michaël Darmon, Eugénie Bastié et Mohamed Sifaoui sont régulièrement cités parmi les convives ou soutiens lors des grands événements du lobby.

- Intellectuels : Michel Onfray, Raphaël Enthoven et la chercheuse Florence Bergeaud-Blackler ont apporté leur caution intellectuelle lors du meeting "Pour la République" au Dôme de Paris.
- Réseaux d'influence : L'avocat Thibault de Montbrial et l'expert en stratégie Bruno Tertrais figurent également parmi les personnalités proches de la structure.
Le financement et la loi : vers l'heure des comptes?
Longtemps restée dans une zone grise, l'activité d'Elnet est désormais sous surveillance. Inscrite comme représentant d'intérêts auprès de la HATVP depuis fin 2024, l'organisation doit théoriquement déclarer ses dépenses de lobbying. Mais c'est surtout la loi de juillet 2024 contre les ingérences étrangères qui change la donne : depuis le 1er octobre 2025, toute activité d'influence menée pour le compte d'une puissance étrangère doit être inscrite dans un registre spécifique sous peine de lourdes sanctions pénales.
Si l'ingérence numérique de mars 2026 est formellement reliée à Elnet par la justice, le lobby pourrait tomber sous le coup de ces nouvelles dispositions. Au-delà du droit, c'est une question de loyauté qui est posée par les services de sécurité : jusqu'où une puissance étrangère peut-elle manipuler l'opinion locale pour régler ses comptes avec des élus de la République? À Marseille comme à Toulouse, la réponse de la justice est attendue comme un test de souveraineté.







