Pourquoi le défaut financier de la France est nécessaire?

Pourquoi le défaut financier de la France est nécessaire?


Partager cet article

L'idée d'un défaut souverain de la France, longtemps reléguée au rang de fantasme extrémiste ou de scénario catastrophe pour films de série B, s'impose aujourd'hui comme une hypothèse rationnelle, voire pour certains, comme une nécessité inéluctable. Voici pourquoi c'est une bonne nouvelle.

Loin d'être une simple crise passagère, la trajectoire de la dette publique française – qui a atteint le seuil historique de 3 416,3 milliards d'euros – est le symptôme terminal d'un modèle politique, économique et social à bout de souffle. Depuis cinquante ans, la France vit dans l'illusion d'une prospérité financée par l'endettement, un déni collectif qui a transformé l'État-providence en un État-débiteur, dont la survie dépend désormais entièrement de la confiance volatile des marchés financiers.

Je ne me propose pas ici de décrire les moyens d'éviter le défaut, mais au contraire d'en exposer la logique et les avantages, en adoptant une perspective radicale. Je soutiens que le défaut n'est pas la maladie, mais le remède ; un choc brutal mais salvateur, capable de purger l'économie française des scories de décennies d'interventionnisme, de clientélisme et de promesses insoutenables. Le défaut est l'instrument par lequel la réalité économique reprend ses droits sur la fiction politique. Il est le mécanisme de "destruction créatrice" qui, en liquidant un État en faillite, libère les forces vives de la nation et permet la refondation d'un ordre social basé sur la responsabilité, la liberté et la monnaie saine.

Nous analyserons d'abord pourquoi le modèle actuel est condamné, en montrant comment la dette est devenue le symptôme d'une décadence morale et économique. Ensuite, nous détaillerons les bénéfices d'une répudiation de cette dette, en la présentant comme un acte de justice intergénérationnelle et une condition nécessaire à la restauration de la souveraineté individuelle. Enfin, nous esquisserons les contours de la société qui pourrait émerger des ruines de l'État-providence, une société où l'énergie entrepreneuriale, libérée du fardeau fiscal et réglementaire, pourrait enfin prospérer.

L'agonie lente : la dette comme symptôme d'une décadence morale et économique

La dette publique française n'est pas un simple problème comptable ; elle est la manifestation physique d'une pathologie politique et morale profonde. Elle est le résultat de cinquante années de déficits ininterrompus, un choix délibéré de la classe politique, toutes tendances confondues, de financer le présent en hypothéquant l'avenir. Chaque nouvelle promesse électorale, chaque nouvelle prestation sociale, chaque nouvelle subvention a été financée non par la richesse créée, mais par des emprunts qui ont transféré le fardeau sur les générations futures. Cette pratique constitue une rupture du contrat social et un acte de spoliation morale.

Ce système a été rendu possible par la collusion entre une classe politique en quête de réélection et un système financier qui a bénéficié de cette expansion continue du crédit. L'avènement de l'euro et les politiques de taux bas de la Banque Centrale Européenne (BCE) ont agi comme une anesthésie, masquant la gravité de la maladie en rendant l'endettement artificiellement indolore. Cependant, cette anesthésie a eu un coût : elle a permis à l'État de s'étendre démesurément, étouffant le secteur privé sous le poids des prélèvements et des réglementations. Avec des dépenses publiques représentant 57,2 % du PIB, la France est une championne de l'interventionnisme étatique, un modèle qui a prouvé son inefficacité en générant une croissance faible et un chômage structurel élevé.11

Aujourd'hui, le système arrive à sa fin logique. La remontée des taux d'intérêt a transformé la dette en un piège qui se referme. La charge des intérêts, qui deviendra le premier poste de dépenses de l'État d'ici 2027, dévorera une part croissante des recettes fiscales, ne laissant d'autre choix que d'emprunter davantage pour payer les intérêts de la dette passée – la définition même d'un schéma de Ponzi. L'État français n'est plus un souverain, mais un débiteur insolvable dont la survie est à la merci de ses créanciers, dont plus de la moitié sont étrangers. Continuer sur cette voie ne mène qu'à une servitude de plus en plus grande, où les décisions politiques ne seront plus prises à Paris, mais dictées par les agences de notation et les institutions financières internationales. Le défaut n'est donc plus un choix, mais la reconnaissance d'une réalité : l'État français est en faillite.

Le choc salvateur : les avantages d'une répudiation de la dette

Face à une faillite, la seule solution saine est la liquidation. Le défaut souverain de la France, loin d'être une catastrophe, serait un acte de salubrité publique aux avantages multiples et profonds.

1. La restauration de la justice intergénérationnelle. Le premier avantage du défaut est d'ordre moral. En répudiant une dette contractée sans leur consentement, la génération actuelle refuserait de porter le fardeau des erreurs et des mensonges de ses aînés. Ce serait un acte de libération, brisant les chaînes d'une servitude héréditaire et affirmant le principe que nul ne peut être tenu responsable des obligations contractées par d'autres. Le défaut mettrait fin à l'expropriation silencieuse des jeunes et des générations futures, contraints de travailler pour rembourser des dépenses dont ils n'ont pas bénéficié.

2. La fin du capitalisme de connivence. La dette publique est le carburant du capitalisme de connivence, ce système où le succès économique ne dépend pas de l'innovation ou de la satisfaction du client, mais de la proximité avec le pouvoir politique. Les plans de sauvetage, les subventions et les marchés publics financés par la dette créent une classe d'entrepreneurs et de financiers dont la fortune est indissociable de la dépense publique. Le défaut, en asséchant la source de financement de l'État, mettrait fin à cette collusion malsaine. Les entreprises devraient survivre non pas grâce à leurs connexions politiques, mais par leur capacité à créer de la valeur sur un marché libre. Ce serait la fin de l' "entre-soi" des élites formées dans les mêmes écoles et passant sans cesse du service de l'État aux conseils d'administration des grandes entreprises.

3. La discipline du marché et la fin de l'illusion monétaire. Un défaut forcerait la France à se confronter à la réalité. Privée de l'accès facile au crédit, la classe politique serait contrainte à une discipline budgétaire qu'elle a toujours refusée. Elle ne pourrait plus dépenser que l'argent qu'elle prélève, rendant chaque décision de dépense transparente et directement perceptible par le contribuable. De plus, un défaut au sein de la zone euro provoquerait une crise existentielle pour la monnaie unique, qui a permis aux États dispendieux de vivre aux dépens des plus vertueux. Cela ouvrirait la voie à un débat fondamental sur la nature de la monnaie, et potentiellement au retour à une monnaie saine, basée sur des actifs tangibles ou à un système de monnaies concurrentes, comme le préconisait Friedrich Hayek, empêchant l'État de recourir à l'inflation pour financer ses déficits.

4. La libération des forces productives. L'État-providence, financé par la dette, a agi comme un gigantesque anesthésiant social, subventionnant l'inefficacité, protégeant les rentes et pénalisant la prise de risque. Le défaut, en provoquant une contraction brutale et nécessaire de la sphère publique, libérerait une part immense du capital et du travail aujourd'hui captifs de l'État. La baisse massive et forcée des impôts qui s'ensuivrait redonnerait aux individus et aux entreprises le contrôle de leurs ressources, stimulant l'épargne, l'investissement et l'innovation. Ce serait une thérapie de choc, douloureuse à court terme, mais qui jetterait les bases d'une prospérité durable, fondée sur la production réelle et non sur l'illusion du crédit.

La purge nécessaire : ce qu'un défaut impliquerait concrètement

Un défaut souverain ne serait pas une simple opération comptable, mais une transformation radicale de la société. Les conséquences, souvent présentées comme apocalyptiques, doivent être réinterprétées comme les étapes d'une purge nécessaire.

Pourquoi les Français acceptent qu'un footballeur devienne millionnaire mais pas un député

Pourquoi les Français acceptent qu'un footballeur devienne millionnaire mais pas un député

Il est de bon ton, dans les dîners en ville de la rive gauche et au sein de la technostructure qui nous gouverne, de déplorer le "populisme" ambiant. On s'y étonne, entre la poire et le fromage, de cette étrange schizophrénie du peuple français : comment peut-on, dans un même souffle, aduler un Kylian Mbappé ou un Cristiano Ronaldo gagnant 200 millions d'euros par an, et vouer une haine féroce à un député de la République dont l'indemnité, bien que confortable, est infiniment moindre? Pour la C


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Tocqueville avait tout prévu : bienvenue dans l'ère de l'avachissement

Tocqueville avait tout prévu : bienvenue dans l'ère de l'avachissement

Relire Alexis de Tocqueville en cette fin d'année 2025, alors que la France s'enfonce dans l'hiver fiscal et le marasme technocratique, n'est pas un exercice intellectuel. C'est un constat d'autopsie. Ce que l'aristocrate normand décrivait avec effroi en 1840 dans la seconde partie de De la démocratie en Amérique, ce n'était pas le totalitarisme brutal du XXe siècle, celui des goulags et des bruits de bottes. Non, Tocqueville avait vu plus loin. Il avait vu le « Great Reset » avant la lettre. Il


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Le Nudge ou la fin programmée du libre arbitre : pourquoi il est urgent de lire Rizzo et Whitman

Le Nudge ou la fin programmée du libre arbitre : pourquoi il est urgent de lire Rizzo et Whitman

Nous vivons une transformation silencieuse de l’État. Loin des fracas des révolutions, une nouvelle ingénierie sociale s’est installée au cœur des démocraties occidentales, remplaçant la loi qui interdit par la norme qui suggère. C’est l’ère du Nudge, cette « douceur » technocratique qui entend nous gouverner pour notre bien, sans même que nous nous en apercevions. Pour comprendre cette dérive et surtout pour s'armer intellectuellement contre elle, la lecture de Mario Rizzo et Glen Whitman est d


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Réponse aux lecteurs : pourquoi compter les morts russes est-il si difficile et si sensible? par Thibault de Varenne

Réponse aux lecteurs : pourquoi compter les morts russes est-il si difficile et si sensible? par Thibault de Varenne

La récente chronique de Thibault de Varenne sur l'état du front a suscité, chez nombre d'entre vous, une émotion légitime et des réactions critiques. En évoquant des pertes russes dépassant le million d'hommes, il semble avoir heurté la sensibilité de certains lecteurs qui y voient, non sans raison apparente, le reflet d'une propagande occidentale triomphaliste, déconnectée de la résilience affichée par l'armée de Moscou. Je lui ai donc demandé de vous répondre en précisant sa méthode d'évaluati


Rédaction

Rédaction