Passe vaccinal : le parlement est-il plus sérieux qu’une cour de récréation ?

Passe vaccinal : le parlement est-il plus sérieux qu’une cour de récréation ?


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Le gouvernement nous avait promis une entrée en vigueur de la loi instaurant la passe vaccinal au 15 janvier. Sans trop s’avancer on peut dire que cela semble mal parti. Entre attaques personnelles par médias interposés, coups politiques en vue des élections présidentielles, ode fanatique à la vaccination, levées de séance théâtrales et débats interminables sur des points de détails sémantiques, le débat parlementaire n’aura définitivement pas redoré son blason à l’occasion de ce vote. La navette repart pour un tour and the show must go on, aux détriments des libertés des français.

Le Rapporteur de la Commission des lois se félicite d’en être au douzième texte encadrant la crise sanitaire et tient à faire remarquer l’excellent travail dont font preuve les parlementaires pour avancer « en responsabilité » sur les mesures de protection des français. Question de point de vue.

Le tweet de la colère en pleine cour de récréation

La Commission Mixte Paritaire, composée de sept députés et de sept sénateurs, s’est réunie hier en début de matinée pour trouver un accord sur la version définitive de la loi instaurant le passe vaccinal. La Commission semblait proche de trouver un compromis, mais voilà que Bruno Retailleau, Sénateur LR, aurait crié victoire un peu vite sur Twitter. Gérard Larcher aurait appelé Richard Ferrand pour le convaincre de reprendre les travaux, mais trop tard, les députés LREM lève la séance. Pourtant à l’école, la maitresse dit toujours qu’il faut éteindre son portable …

La CMP sur le #passevaccinal a donné raison au #Sénat, c’est la victoire du bon sens. Les sénateurs ont obtenu de nombreuses clarifications et simplifications. Le passe est destiné à protéger les Français et à rien d’autre… n’en déplaise à Emmanuel Macron

— Bruno Retailleau (@BrunoRetailleau) January 13, 2022

Est-ce une manœuvre politique ou une simple bourde ? Peu importe, faute d’accord, le texte doit repartir à l’Assemblée Nationale et perd toute influence des mesures adoptées au Sénat. La Commission des lois se réunit dans une ambiance très tendue.

Guillaume Gouffier-Cha (LREM) commence par détendre l’atmosphère en qualifiant les manœuvres des Sénateurs de « marchandage de tapis » et de « mépris de nos institutions ».

Ian Boucard, député LR, rétorque qu’au contraire son groupe a fait preuve de responsabilité et que la majorité ne peut pas se plaindre d’un malheureux tweet en pleine séance parlementaire alors que les professeurs reçoivent des protocoles du jour pour le lendemain. Et par la même occasion, la majorité ne peut pas insulter l’opposition d’irresponsable quand elle refuse d’expédier 800 amendements en une nuit mais allonger les délais de promulgation du texte pour une histoire de tweet.

Le Modem dénonce quant à lui des comportements indignes de parlementaires qui se servent de réseaux sociaux alors que travail de la Commission Mixte Paritaire doit être confidentiel, mais sa préoccupation première reste les ravages que font les non-vaccinés à l’hôpital et qu’il est vraiment urgent de voter cette loi pour « donner la force de la persuasion aux 10% de la population qui remplit les lits d’hôpitaux ».

Le groupe PS reste sur sa lignée et prend la parole uniquement pour rappeler doctement pour la millième et unième fois que la seule solution c’est l’obligation vaccinale.

Enfin, Ugo Bernalicis, député LFI, décide d’enfoncer le clou et d’y aller franchement. Pour lui l’objectif de faire passer ce texte n’a jamais été la protection sanitaire mais le calcul politique. Etant donné que le groupe LR et PS sont pour l’obligation vaccinale, le Président de la République veut les forcer à les rallier à lui avant les élections présidentielles pour les affaiblir politiquement. Les Républicains, pour marquer leur différence, sont obligés de faire des coups d’éclats. Ainsi la majorité en profite pour les traiter d’irresponsables, et par la même occasion cela permet au Président de radicaliser sa base pour lui assurer une place au second tour. Surtout, en pure tactique politicienne, la débâcle parlementaire servirait à focaliser l’attention sur autre chose que les vrais sujets, comme l’augmentation du coût de la vie.

Rien que ça. Tout ce théâtre serait donc initié par LREM pour ne pas voir le groupe les Républicains (la majorité politique sénatoriale) se ressouder après les divisions de vote observées à l’Assemblée Nationale, et pour ne pas les voir sortir gagnants des compromis trouvés en Commission Mixte Partitaire. Si la majorité des français regardent habituellement le vote au parlement de loin, ne se sentant pas tellement concernés par le fonctionnement de nos institutions, ce n’est définitivement pas ce spectacle affligeant qui vont les réconcilier avec leurs élus.  En attendant, tout le monde se sent pris au piège dans cette mauvaise pièce de théâtre devenant de plus en plus irrationnelle.

La prise d’otage de nos libertés

Le plus grave dans cette situation d’hystérie parlementaire ce n’est pas tant l’abaissement total du niveau politique du pays, qui en vérité n’est un secret pour personne, mais bien les mesures sanitaires qui évoluent encore une fois, alors que les Sénateurs avaient amélioré la situation de quelque peu.

Les députés rétablissent l’obligation du passe vaccinal lors des transports inter-régionaux et les jauges dans les stades et les salles de concert. Ils votent également un amendement excluant du passe vaccinal les jeunes de moins de 16 ans, et non plus 18 ans. Ils rétablissent les contrôles d’identité, tout document comportant une photo pouvant être présenté. Et d’autres mesures sont amenées à évoluer au cours d’un nouveau débat dans l’Hémicycle.

Bien que le ministre de la Santé, fervent défenseur des trois doses, soit testé positif au Covid, les parlementaires continuent de s’engouffrer dans des mesures toujours plus liberticides pour lutter contre la propagation de Omicron, en dehors de toute réalité, alors que certains pays font le choix de la raison. Ils en profitent en plus pour se servir du vote de ce texte comme prémices de campagne présidentielle et entrainent les français avec eux dans cette course folle. La seule question qu’il faut se poser à ce stade est la suivante : une fois le texte adopté, accepteront-ils toujours de les suivre ?

La discussion du texte reprend aujourd’hui en séance et devrait arriver au Sénat samedi.


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