Aujourd'hui, Thibault de Varenne fait un panorama de l'état des BRICS, sans propagande et à partir des sources des BRICS...

L'évolution du groupement des BRICS, entre 2024 et 2026, marque une transition historique d'un forum de concertation économique vers une structure de gouvernance mondiale institutionnalisée. Ce processus, décrit par les sources moscovites, pékinoises et téhéranaises comme l'émergence de la « Majorité Mondiale », ne se limite pas à une simple expansion géographique, mais constitue une tentative de redéfinition des normes internationales. L'analyse des documents officiels issus des sommets de Kazan (2024) et de Rio de Janeiro (2025), ainsi que les préparatifs de la présidence indienne de 2026, révèle une stratégie articulée autour de la souveraineté financière, de la sécurité technologique et d'un multilatéralisme réformé qui récuse l'hégémonie unipolaire au profit d'un équilibre des intérêts.

La transformation structurelle : de l'expansion à l'institutionnalisation
L'année 2024 a été le catalyseur d'un changement d'échelle sans précédent. L'intégration de l'Égypte, de l'Éthiopie, de l'Iran et des Émirats arabes unis au 1er janvier 2024, suivie de l'Indonésie en 2025, a transformé la nature même du bloc. Cette expansion n'est pas seulement quantitative ; elle est qualitative, car elle intègre des puissances énergétiques de premier plan et des carrefours logistiques mondiaux, renforçant la capacité du groupe à influencer les flux commerciaux et financiers mondiaux.

Le mécanisme des pays partenaires
Une innovation majeure issue du sommet de Kazan est la création de la catégorie de « Pays Partenaire ». Ce statut a été conçu pour structurer les relations avec le grand nombre de nations du Sud Global exprimant un intérêt pour le bloc, sans pour autant diluer la capacité décisionnelle des membres de plein droit. Les modalités de cette catégorie, officiellement entérinées en octobre 2024, permettent une coopération ad hoc et pratique dans des secteurs clés tels que le commerce, l'énergie et la sécurité.
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Pays partenaire |
Région |
Importance stratégique |
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Biélorussie |
Europe de l'Est |
Intégration eurasienne et
sécurité frontalière. |
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Kazakhstan |
Asie Centrale |
Hub logistique et
ressources minérales critiques. |
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Vietnam |
Asie du Sud-Est |
Croissance manufacturière
et centralité au sein de l'ASEAN. |
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Nigeria |
Afrique de l'Ouest |
Géant démographique et
économique africain. |
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Bolivie |
Amérique du Sud |
Réserves de lithium et
souveraineté sur les ressources naturelles. |
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Ouzbékistan |
Asie Centrale |
Connectivité régionale et
réformes économiques. |
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Malaisie |
Asie du Sud-Est |
Centre financier et
technologique régional. |
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Thaïlande |
Asie du Sud-Est |
Hub touristique et
industriel majeur. |
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Cuba |
Caraïbes |
Symbole de résistance
politique et solidarité diplomatique. |
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Ouganda |
Afrique de l'Est |
Stabilité régionale et
coopération énergétique. |
Cette structure à deux niveaux permet aux BRICS de fonctionner comme un pôle d'attraction pour ce que le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, appelle le « cercle de voisinage stable », englobant des organisations comme l'UEE (Union Économique Eurasienne), l'OCS (Organisation de Coopération de Shanghai) et l'ASEAN. L'objectif est de bâtir une architecture de sécurité et de coopération continentale indivisible, notamment à travers le projet de la « Grande Partenariat Eurasien ».
Souveraineté financière et architecture des paiements
Le cœur de l'activité des BRICS entre 2024 et 2026 réside dans la création d'un système financier autonome, capable de résister aux pressions extérieures et aux sanctions unilatérales. Selon les sources iraniennes et russes, le système financier actuel est utilisé comme un instrument de diktat politique, ce qui rend impérative la création d'infrastructures indépendantes.
