À la fin 2026, Antonio Guterres quittera le poste de secrétaire général de l'ONU après dix ans de mandat. Son successeur récupérera une institution amputée de 15 % de son budget, vidée de 20 % de ses effectifs, concurrencée par de nouvelles structures rivales et discréditée par son impuissance face aux guerres d'Ukraine, de Gaza et à la crise iranienne. Une succession qui ressemble moins à une passation de pouvoir qu'à un héritage de ruines.

De Gaulle appelait l'ONU le « machin » avec ce mélange de mépris et de lucidité qui le caractérisait. Il n'empêche : le Général soignait jalousement le siège permanent de la France au Conseil de sécurité, conscient que l'institution, aussi imparfaite fût-elle, demeurait un levier de puissance réel. Les successeurs, moins visionnaires, ont laissé l'édifice se lézarder. Aujourd'hui, la maison brûle, et quatre candidats (Michelle Bachelet, Rafael Grossi, Macky Sall, Rebeca Grynspan) se disputent le droit d'en prendre les clés.
Un scrutin de coulisses, entre veto et tractations
Le processus d'élection, officiellement lancé en novembre 2025, illustre d'emblée les contradictions de l'organisation : c'est le Conseil de sécurité — les cinq puissances dotées du droit de veto — qui choisit le secrétaire général à huis clos. L'Assemblée générale, représentant 193 États, ne fait qu'entériner le choix à la majorité simple. La démocratie onusienne s'arrête là où commencent les intérêts des grands.

Parmi les candidats déclarés, le grand favori s'appelle Rafael Grossi, 65 ans, directeur général de l'AIEA, présenté par l'Argentine et soutenu par Washington. Polyglotte, père de huit enfants, artisan d'une « diplomatie douce » dans la crise nucléaire iranienne après le retrait américain de l'accord en 2018, il incarne le profil technocratique rassurant que les chancelleries apprécient. Sa candidature bénéficie du soutien implicite des États-Unis ce qui, dans le contexte trumpien actuel, constitue à la fois un atout décisif et un signal politique inquiétant.

Face à lui, Rebeca Grynspan (70 ans, Costa Rica), économiste et ancienne vice-présidente, se définit comme « militante réformatrice », une formule qui sonne creux dans une institution incapable de réformer quoi que ce soit depuis trente ans. Michelle Bachelet (74 ans, Chili), ancienne présidente du Chili et ex-Haut-Commissaire aux droits de l'homme, défenseuse du droit à l'avortement, s'est vu retirer le soutien de son propre pays depuis l'arrivée du président de droite José Antonio Kast. Quant à Macky Sall (64 ans, Sénégal), seul Africain en lice, il plaide pour une réforme du Conseil de sécurité en faveur des pays du Sud, ce qui lui vaut le soutien du continent mais le veto silencieux, des grandes puissances.
Une succession sous tension dans une institution fragilisée
Le mandat d’Antonio Guterres, en poste depuis 2017, prendra fin en décembre 2026. Dès novembre 2025, le processus de désignation de son successeur a été lancé, avec des candidatures attendues à partir du 1er janvier 2027. Mais cette transition intervient dans un contexte critique : l’ONU doit réduire son budget d’environ 15 % et ses effectifs de près de 20 %, conséquence directe du désengagement financier des États-Unis, historiquement premier contributeur.

Cette contraction budgétaire intervient alors même que les besoins explosent : guerre en Ukraine, conflit à Gaza, tensions avec l’Iran. L’organisation, née en 1945 pour garantir la paix, apparaît aujourd’hui marginalisée, incapable d’imposer des solutions dans les crises majeures. Les États-Unis, premier contributeur historique, ont choisi l'arme financière pour affaiblir une organisation qu'ils jugent trop indépendante — ou pas assez soumise.

Depuis janvier 2025, Donald Trump a accéléré le démantèlement du système multilatéral. En janvier 2026, il a créé le « Conseil de la paix », structure concurrente fondée sur le bilatéralisme et la loi du plus fort. Pendant ce temps, la Chine consolide l'Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), qui agrège désormais une part croissante du monde non occidental. L'ONU se retrouve ainsi prise en étau entre un Occident qui la vide de sa substance et un Sud global qui cherche des alternatives.

Le prochain secrétaire général, vraisemblablement Grossi, homme des États-Unis dans une maison théoriquement universelle, héritera d'une institution dont les fondements ont été dictés en 1945 par Washington, et que Washington s'emploie méthodiquement à démolir en 2026. L'ironie est cruelle. L'ONU mourra peut-être moins d'un grand effondrement que d'une lente obsolescence : remplacée, contournée, asphyxiée sans que personne n'ait eu le courage ni l'intérêt de la sauver.
