En tentant de nationaliser le deuil de Brigitte Bardot, l’Élysée s’est heurté au refus catégorique de ses proches. Un camouflet symbolique qui illustre la fracture entre une élite en quête de symboles et une icône jalouse de son indépendance.

Le décès de Brigitte Bardot, icône absolue du cinéma français, a logiquement placé l'Élysée sur le qui-vive, prêt à orchestrer un « hommage solennel » digne des grands serviteurs de la République. Pourtant, dans un geste aussi élégant que ferme, la famille et la fondation de l'actrice ont décliné l'offre présidentielle, préférant des obsèques privées à Saint-Tropez. Ce refus, assorti de l'exclusion explicite des « personnalités politiques nationales », dépasse l'anecdote mondaine. Il offre une leçon de liberté et une critique en acte de l'État récupérateur.
Un dernier hommage à BB sans les Macron
Brigitte Bardot, figure mythique du monde de cinéma, est décédée le dimanche 28 décembre 2025. Ses funérailles se tiendront à l’église Notre-Dame de l’Assomption de Saint-Tropez le 7 janvier 2026, à partir de 11 heures.
Dès l’annonce du décès de l’ancienne actrice, l’Élysée a fait savoir qu’Emmanuel Macron était disposé à organiser à Paris un hommage national. Une pratique devenue quasi automatique dès qu’une figure populaire disparaît : l’État s’invite, ritualise, scénarise.

Mais la réponse fut sans ambiguïté. La Fondation Brigitte Bardot et les proches de l’actrice ont préféré une cérémonie à Saint-Tropez, fidèle aux volontés de celle qui avait fait de ce lieu son refuge. Plus encore, ils ont explicitement demandé l’absence de « personnalités politiques nationales ». L’église ne sera accessible que sur invitation.
Ce refus n’est pas anecdotique. Il marque une volonté claire de soustraire l’événement à la mise en scène du pouvoir.
Bardot et l’Elysée : une incompatibilité assumée
Brigitte Bardot n’a jamais été une icône docile. Militante radicale de la cause animale, farouchement critique à l’égard des élites parisiennes, elle n’a jamais cherché l’onction de l’État. Elle avait même qualifié Emmanuel Macron d’« être maléfique », rappelant que le fossé idéologique était ancien et profond.
Vouloir transformer Bardot en figure consensuelle de la République relevait donc d’un contresens. Son refus posthume, porté par ses proches, apparaît comme une ultime cohérence : rester libre, y compris face à l’hommage officiel.
L’État et la tentation de l’appropriation symbolique
Derrière cet épisode se dessine un problème plus large : la propension de l’État français à vouloir s’approprier les symboles populaires. L’hommage national devient un instrument de communication politique, un moyen de se raccrocher à des figures aimées pour restaurer une légitimité fragilisée.

Dans une perspective libertarienne, cette logique pose question. Pourquoi l’État devrait-il s’arroger le monopole du deuil collectif ? Pourquoi toute grande figure devrait-elle être « validée » par le sommet du pouvoir ? Le refus de la famille Bardot rappelle que la mémoire n’appartient pas à l’administration.
Les obsèques du 7 janvier à Saint-Tropez seront sobres, privées, mais retransmises pour le public via des écrans.
Même la présence annoncée de Marine Le Pen, à titre personnel, souligne le contraste: là où l’État est exclu en tant qu’institution, les individus restent libres d’honorer une figure qu’ils respectent.

Une leçon de souveraineté
L'échec de l’Élysée à s'inviter au dernier acte de la vie de Brigitte Bardot est un signal fort.En refusant l’hommage national, Brigitte Bardot — ou plutôt ceux qui portent sa mémoire — adresse un message limpide : la liberté ne s’éteint pas avec la mort. Face à un État en quête permanente de symboles, ce non rappelle que l’histoire, la culture et le deuil n’ont pas vocation à être nationalisés.



