Le 2 mars 2026, les marchés de l’énergie ont brutalement décroché. Frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, attaques de drones sur des infrastructures saoudiennes, blocage du détroit d’Ormuz : en quelques heures, l’artère énergétique du monde s’est retrouvée sous pression. Derrière la volatilité des cours, un scénario redouté émerge : celui d’un choc pétrolier susceptible d’embraser l’économie mondiale.

L’hypothèse d’une fermeture du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la Révolution iraniens fait planer la menace d’un choc énergétique majeur. Derrière les chiffres, un spectre : celui d’un engrenage incontrôlable aux allures de prélude à un conflit mondial.
Un corridor stratégique vital pour l’Asie
Environ 20 millions de barils par jour transitent par le détroit d’Ormuz, soit près de 20 % de la consommation mondiale. Selon les données présentées (EIA, Kpler, Vortexa, CNBC), la dépendance varie fortement selon les pays : le Japon importe 72 % de son brut via Ormuz, la Corée du Sud 65 %, l’Inde et la Chine 50 %. L’Europe, en moyenne, est exposée à 18 %, contre seulement 2 % pour les États-Unis.

Côté gaz, la tension est immédiate. Au moins 13 méthaniers vides ont fait demi-tour à l’est du détroit, selon des données compilées par Bloomberg. Les exportations du Qatar — deuxième fournisseur mondial de GNL — doivent obligatoirement passer par Ormuz pour atteindre l’Asie et l’Europe. Goldman Sachs estime qu’un arrêt d’un mois ferait bondir le prix spot asiatique du GNL de 130 %, jusqu’à 25 dollars par million de BTU.
Les armateurs suspendent des traversées, les primes d’assurance flambent, et les analystes parlent de « territoire inconnu ».
Capacités limitées, prix sous pression
Les alternatives logistiques restent insuffisantes. L’Arabie saoudite peut rediriger une partie de ses flux via l’oléoduc Est–Ouest (capacité théorique jusqu’à 5 mb/j, disponibilité estimée autour de 2,4 mb/j). Les Émirats arabes unis disposent d’une capacité d’environ 1 mb/j vers Fujairah. Mais ces volumes ne compensent pas un blocage complet.

Dans ce contexte, les projections de prix oscillent entre 85 et 150 dollars le baril selon le degré d’escalade. Les réserves stratégiques américaines s’élèvent à environ 415 millions de barils, un coussin temporaire face à un choc durable.
Si la paralysie d’Ormuz devait se prolonger, l’onde de choc dépasserait les marchés pétroliers : inflation énergétique, ralentissement de la croissance, tensions financières. Dans un monde déjà fragmenté, la frontière entre guerre économique et conflit généralisé paraît plus fragile que jamais.


