Ah, le médecin libéral français ! Une espèce fascinante, n’est-ce pas ? D’un côté, il brandit fièrement son caducée comme un étendard de liberté ; de l’autre, il passe ses journées à gémir contre les « méchantes » mutuelles qui, paraît-il, s’engraissent sur son dos. À l'entendre, ces officines privées seraient des monstres de la finance, des vampires assoiffés de dividendes, responsables de tous les maux de notre système de santé.

Mais voilà que le réel, ce gêneur impoli, vient s'inviter à la table. L’ACPR qui contrôle les assureurs le rappelle : la rentabilité technique de l’assurance santé en France plafonne à 1,7%. Moins de 800 millions d’euros pour un secteur entier, qui collecte plus de 45 milliards. Un rendement de livret A pour une gestion administrative herculéenne. Pour tout dire, n'importe quel épicier de quartier a une marge plus indécente que votre assureur.
Mais puisque le médecin français, dans son aveuglement quasi-marxiste (tout en s'inventant un héroïsme libéral totalement fantasmé), persiste à vouloir « sortir du système des mutuelles », j’ai une proposition délicieusement radicale pour lui. Chers docteurs, si nous passions au modèle britannique ? Si nous embrassions le Grand Soir de la santé étatisée, le fameux National Health Service (NHS) de nos amis anglais ?

Imaginez : plus de mutuelles, plus de tiers-payant complexe, plus de facturation à l’acte. Le rêve, non ? Voyons de plus près à quoi ressemblerait votre nouvelle vie de « libéré » des complémentaires.
Le réveil du fonctionnaire malgré lui
Dans votre nouveau paradis inspiré de Sa Majesté, vous ne seriez plus un entrepreneur de votre savoir. Oubliez le cabinet que vous avez monté, la patientèle que vous avez fidélisée. Au NHS, vous êtes un salarié de l'État, ou au mieux, un prestataire sous contrat rigide dont le seul patron est une bureaucratie centralisée à faire pâlir de jalousie un commissaire soviétique des années 50.
Votre journée ne commence pas par l’accueil de patients que vous connaissez par leur nom, mais par l’ouverture d’un logiciel de gestion des flux conçu pour optimiser... la pénurie. Car c’est là le génie du système sans mutuelles : puisque le soin est « gratuit », la demande est infinie. Et comme les ressources sont finies (merci Bercy), on ne gère plus la santé, on gère la file d’attente.
10 minutes, pas une de plus
Vous aimiez prendre le temps d’écouter le vieux Monsieur Martin vous parler de son essoufflement et, accessoirement, de sa solitude ? Oubliez. Dans le système à l’anglaise, vous êtes un ouvrier à la chaîne. La norme, c’est la consultation de 10 minutes. À la onzième minute, vous volez du temps à la nation.
Votre liberté de prescription ? Un lointain souvenir. Vous devrez suivre des protocoles d'une rigidité cadavérique dictés par le NICE (National Institute for Health and Care Excellence), cet organe qui décide si une vie humaine vaut le coût d’un nouveau médicament anticancéreux. Si le protocole dit « paracétamol », ce sera paracétamol, même si vous savez pertinemment qu’une autre molécule serait plus adaptée. Pourquoi ? Parce que l’État est un assureur monolithique qui déteste l’exception, l'innovation et, par-dessus tout, le coût.
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Le triomphe du rationnement
Vous trouvez que les mutuelles pinaillent sur les remboursements d'implants dentaires ? Attendez de voir la gestion des listes d’attente pour une prothèse de hanche. En France, vous opérez quand c’est nécessaire. Au Royaume-Uni, vous apprenez à vos patients l’art de la patience : 18 mois d'attente, c'est la norme ; deux ans, c'est un classique.
En tant que médecin, votre rôle change radicalement. Vous n’êtes plus un soignant, vous êtes un « gatekeeper » (un garde-barrière). Votre mission principale n’est pas de soigner, mais de filtrer les patients pour éviter qu’ils n’encombrent les hôpitaux en ruines. Vous passerez votre temps à dire « non » :
- Non, pas d’IRM avant six mois.
- Non, pas de spécialiste pour cette douleur « non-urgente ».
- Non, le système ne peut pas se le permettre.
C'est cela, la réalité d'un système qui a « tué » le profit des assureurs privés : il a remplacé la gestion par les prix et la concurrence par la gestion par la pénurie et l'autorité.

L’illusion du confort financier
Certains d'entre vous pensent peut-être : « Au moins, je n'aurais plus à gérer les impayés et la paperasse des mutuelles. » Certes. En échange, vous aurez la paperasse de l'État. Des formulaires de conformité, des audits de performance publique, des objectifs de santé publique déconnectés du terrain.
Et le revenu ? Ah, la douce ironie. En supprimant le système libéral et ses compléments d'honoraires, vous vous alignez sur une grille salariale. Et quand l'État a besoin de faire des économies — ce qui arrive environ tous les matins — il ne renégocie pas une convention : il gèle votre point d'indice. Les médecins britanniques, ceux-là mêmes que vous devriez envier selon votre logique anti-mutuelles, font grève à répétition pour des salaires qui ont chuté de 25% en termes réels depuis 2008.
La moralité de l’histoire (libertarienne)
Le médecin français souffre d’un syndrome de Stockholm intellectuel. Il déteste les mutuelles parce qu'elles représentent le dernier vestige, certes imparfait et sur-réglementé, d'un marché contractuel. Il préfère fantasmer sur une Sécurité Sociale « pure » et unique, ignorant que le monopole est le tombeau de la qualité.
Ce que l’ACPR nous dit avec son petit 1,7%, c’est que les mutuelles ne sont pas les prédatrices que vous décrivez. Elles sont les amortisseurs de choc d'un système qui s'effondre sous le poids de l'étatisme. Les attaquer, c'est scier la branche sur laquelle votre liberté d'exercice est encore (précairement) assise.

Si vous voulez vraiment « écraser » les mutuelles, faites-le. Mais ne venez pas pleurer quand vous vous retrouverez transformés en pions interchangeables d'une administration massive, payés au lance-pierre pour gérer le déclin de la santé publique dans un cabinet qui ressemblera à un bureau de poste des années 70.
Le système à l'anglaise, c'est la santé pour tous, mais la santé pour personne en particulier. C’est l’égalité dans la médiocrité. C’est la fin du médecin-artisan au profit du médecin-fonctionnaire.
Alors, chers confrères, continuez donc à taper sur les mutuelles et leurs marges de survie. Mais méfiez-vous : à force de réclamer la fin du « privé » et du « profit », vous pourriez bien obtenir ce que vous demandez. Et ce jour-là, le seul diagnostic que vous pourrez encore poser, c'est celui de votre propre disparition professionnelle.




