Les médecins, à commencer par les médecins de ville, sont en grève contre la bureaucratisation de leur profession. Problème : ils sont les premiers à la demander, à l'image de l'UFML de Jérôme Marty qui s'est roulé dans la fange de l'asservissement à la politique sanitaire durant le COVID, pour en déplorer les effets aujourd'hui.

La France se réveille ce matin avec une gueule de bois sanitaire. De Dunkerque à Biarritz, les cabinets médicaux ont baissé le rideau. « Je ferme », proclament les affichettes sur les portes closes, relayant le mot d'ordre d'une intersyndicale hétéroclite qui a réussi le tour de force de réunir la carpe et le lapin : les notables de la CSMF, les gestionnaires de MG France et les agités du bocal de l'UFML.

Officiellement, la profession est en guerre. Le PLFSS 2026 (Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale), voté en force par une majorité parlementaire aux ordres, est vécu comme une déclaration de guerre. Mais ne nous y trompons pas. Derrière les trémolos sur la « mort de la médecine libérale » et les mises en scène d'une profession « à bout de souffle », se joue une tout autre pièce, bien plus tragique. Ce n'est pas la révolte de Spartacus brisant ses fers. C'est la complainte des esclaves domestiques, nourris au grain de l'État-providence, qui supplient leur maître de desserrer un peu le collier pour qu'ils puissent continuer à servir.
L'ampleur de la grève : un cri de douleur... comptable
Il faut reconnaître à ce mouvement son ampleur inédite. Selon les chiffres qui remontent des URPS (Unions Régionales des Professionnels de Santé), près de 80 % des cabinets sont fermés ce lundi. Les cliniques privées ont déprogrammé à tour de bras. L'ennemi désigné porte un nom barbare : l'article 26. Cette disposition permet désormais à l'Assurance Maladie — c'est-à-dire à Bercy déguisé en guichetier — de réviser unilatéralement les tarifs des actes médicaux si les dépenses dérapent.

Ajoutez à cela la coercition à l'installation pour les jeunes, le flicage numérique via le Dossier Médical Partagé (DMP) assorti d'amendes de 2 500 euros pour les récalcitrants, et la chasse aux arrêts de travail menée par des algorithmes qui traitent le médecin comme un fraudeur potentiel. La coupe est pleine, nous dit-on.

Mais que demandent-ils, au fond? Ils demandent le retrait de ces mesures coercitives et, surtout, une revalorisation du tarif de la consultation. Ils demandent que la Sécurité Sociale, ce Moloch étatique en faillite, continue de financer leur train de vie et leur statut social. Ils manifestent pour sauver la « médecine libérale », cet oxymore français. Car enfin, de quelle liberté parle-t-on quand 99 % de votre chiffre d'affaires dépend d'un tarif fixé par l'État, quand vos prescriptions sont surveillées par une administration centrale, et quand votre droit d'exercer est conditionné à l'obéissance aux protocoles de la Haute Autorité de Santé?
Regardez bien les revendications. Écoutez bien les discours. Entendez-vous une remise en cause du monopole de la Sécurité Sociale? Entendez-vous une demande de sortie du système conventionnel pour retrouver une vraie liberté de prix et de pratique? Non.
L'imposture du "médecin libéral" drogué à l'argent public
C'est ici que l'imposture éclate. Les médecins français ne sont pas des libéraux. Ce sont des concessionnaires de service public, des sous-traitants de l'État, des « agents de l'État » comme l'avait si bien lapsussé un ministre il y a quelques années. Ils ont accepté, depuis 1945 et surtout depuis les ordonnances Juppé de 1996, de troquer leur indépendance réelle contre la sécurité d'une rente garantie par la solvabilisation publique de leur clientèle.

En réclamant aujourd'hui plus de moyens publics, ils ne font que valider leur dépendance. Ils se comportent comme des toxicomanes qui manifesteraient devant chez leur dealer pour que la dose soit plus pure et moins chère. Ils ont oublié que l'argent de l'État a toujours une contrepartie : la soumission.
Cette soumission n'est pas tombée du ciel avec le PLFSS 2026. Elle est le fruit d'un long processus d'avachissement, d'une démission intellectuelle et morale d'une élite Bac +10 qui a cru qu'elle pourrait éternellement partager le pouvoir avec la Caste administrative. Ils ont cru être des partenaires ; ils n'étaient que des idiots utiles.

La bascule de 2020 : la servitude volontaire comme horizon indépassable
Le moment de vérité, le point de non-retour de cette déchéance, date de la crise du COVID-19. C'est là, dans la peur et la sidération du printemps 2020, que la médecine libérale a signé son arrêt de mort en acceptant l'inacceptable.
Rappelons-nous. Mars 2020. L'État, pris de panique par son impréparation criminelle (pas de masques, pas de tests), décide de prendre le contrôle total de la santé des Français. Il interdit aux médecins de ville de soigner. Littéralement. Le mot d'ordre était : « Restez chez vous, prenez du Doliprane, et appelez le 15 si vous étouffez ». Pour la première fois dans l'histoire, on a interdit aux médecins de voir les malades. Et qu'ont fait les syndicats? Ils ont applaudi. Ou ils se sont tus.
On a vu des syndicats de médecins accepter que leurs propres confrères soient suspendus, privés de salaire, affamés, pour avoir refusé une injection expérimentale dont on sait aujourd'hui qu'elle n'empêchait ni la transmission ni la contamination.
Pire, ils ont accepté la dépossession de leur outil le plus sacré : la liberté de prescription. Le décret du 26 mai 2020 interdisant l'hydroxychloroquine restera dans l'histoire comme le moment où la politique a violé la science avec la complicité des médecins.
À cette époque, les syndicats, grisés par la proximité du pouvoir, ont eu l'illusion que servir la politique sanitaire de la peur allait consacrer leur omnipotence. Ils se voyaient en généraux d'une armée en blouse blanche, sauvant la nation. Ils n'ont pas vu qu'ils n'étaient que les caporaux d'une dictature sanitaire qui se mettait en place. En acceptant que le Conseil de Défense décide de ce qu'ils avaient le droit de prescrire ou non, ils ont remis les clés de leur cabinet au Préfet.

Le cas d'école de l'UFML : quand les "libres" se font les chiens de garde
L'exemple le plus frappant, et le plus douloureux pour qui aime la liberté, est celui de l'UFML (Union Française pour une Médecine Libre) et de son président médiatique, le Dr Jérôme Marty. Voilà un syndicat né de la contestation, des "pigeons", qui portait l'espoir d'une rupture avec le système.






