Le "Sphinx" de l'Élysée prépare sa mue. Alors que la France s'enfonce dans une paralysie politique que lui-même a orchestrée par sa dissolution "incendiaire", Emmanuel Macron regarde déjà par-dessus la haie de 2027. Ne vous y trompez pas : le personnage, dont la vanité n'a d'égale que son mépris pour les frontières nationales, ne compte pas finir sa carrière en "retraité de la République" à soixante-neuf ans. Son regard est fixé sur Bruxelles, ou plutôt sur ce trône de "Président de l'Europe" qu'il s'est méthodiquement construit à coup de discours lyriques et de manœuvres de coulisses.

Quelle est la vraisemblance de ce scénario? Est-il crédible de voir celui qui plafonne à 20% d'opinions favorables chez lui s'installer au sommet de la bureaucratie continentale? Analysons froidement les chances de ce que j'appellerais "l'opération exfiltration".

L'E6 : le Directoire des six contre la démocratie des vingt-sept
La première pièce du puzzle est technique. Pour Macron, l'Europe à vingt-sept est un "monstre bureaucratique" trop lent, un "vieillissement fragmenté" qu'il dénonçait encore récemment à Munich. Sa solution? Le format "E6". Sous couvert de "renforcer la compétitivité", ce groupe réunissant l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, la Pologne et les Pays-Bas agit comme le nouveau "pacemaker" de l'Union.

Il s'agit d'un véritable directoire de l'ombre représentant 15 des 22 trillions de dollars du PIB européen. L'objectif est limpide : contourner l'unanimité, briser les résistances des "petites nations" et imposer une marche forcée vers l'intégration des marchés de capitaux et une défense commune d'ici décembre 2027. C'est ce qu'ils appellent le "choc de volontarisme". En réalité, c'est l'outil parfait pour Macron : une structure où la puissance de frappe de l'oligarchie financière ne s'embarrasse plus des "états d'âme" souverainistes de Budapest ou de Bratislava.
Le hold-up institutionnel de juin 2027
Le calendrier, ce maître des horloges que Macron affectionne tant, nous livre un indice capital. Le mandat de l'actuel président du Conseil européen, António Costa, s'achève en juin 2027. Soit quelques semaines seulement après que Macron aura dû, par la force de l'article 6 de notre Constitution, quitter l'Élysée.
Ici réside le génie — ou le cynisme — du plan. Contrairement à la présidence de la Commission, la nomination au Conseil européen ne nécessite aucun soutien populaire, ni même l'aval du gouvernement national du candidat. L'article 15(5) du TUE est clair : l'élection se fait à la majorité qualifiée des chefs d'État. Souvenez-vous du précédent Donald Tusk en 2017 : réélu triomphalement à Bruxelles alors que son propre gouvernement polonais votait contre lui.


