Macron en Inde , un "mea culpa" de façade pour mieux censurer

Macron en Inde , un "mea culpa" de façade pour mieux censurer


Partager cet article

En visite à New Delhi, Emmanuel Macron a concédé ses « grosses erreurs » par excès de confiance. Mais c’est sa charge contre la liberté d’expression, qualifiée de "bullshit" (pure foutaise) lorsqu’elle heurte ses convictions, qui interpelle, à mille lieues des aveux d’humilité présidentiels.

Lors d'un entretien accordé au média Brut India, Emmanuel Macron a opéré un exercice de communication singulier. En marge d'un sommet sur l’intelligence artificielle, le président français a confessé des « grosses erreurs » de parcours tout en attaquant frontalement le modèle de liberté d'expression promu par les plateformes américaines.

« Trop confiance en moi » : un aveu calibré

Le président a expliqué que ses erreurs provenaient souvent d’un sentiment de maîtrise excessive, notamment dans ses discours.

« Quand on considère qu’on peut tout dire, parfois c’est mal compris », a-t-il déclaré. Il reconnaît une moindre sensibilité à la perception extérieure lorsqu’il agit avec assurance.

Mais à y regarder de près, le président n’évoque aucune erreur politique ou économique concrète : ni la gestion des retraites, ni l’explosion de la dette publique... Non, ses « grosses erreurs » sont communicationnelles. Une manière de déplacer le problème de la substance vers la perception.

L’aspiration numérique : apprendre la data science

Interrogé sur ce qu’il ferait à 25 ans, Emmanuel Macron a évoqué l’art, la création et l’expression personnelle. Il a également affirmé vouloir apprendre la « data science », discipline fondée sur l’analyse algorithmique de grandes masses de données.

Ce positionnement n’est pas anodin. La France défend une vision d’une intelligence artificielle multilingue et encadrée juridiquement. À New Delhi, le président promeut un modèle intermédiaire entre l’approche américaine, centrée sur le marché, et le modèle chinois dirigé par l’État.

Liberté d’expression : ligne de fracture transatlantique

Le déplacement intervient dans un contexte de tensions croissantes autour de la régulation numérique.

Emmanuel Macron a qualifié de « pure connerie » la défense absolue de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux lorsqu’elle sert, selon lui, de vecteur à des discours de haine.

Cette position tranche avec celle défendue par certains responsables américains, notamment sous l’influence politique de Donald Trump, favorables à une conception extensive du free speech. Les États-Unis ont récemment critiqué les projets européens visant à restreindre l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.

Le débat dépasse la simple technique. Il engage des choix économiques — notamment publicitaires — et des visions opposées du rôle de l’État dans l’espace numérique.

Mineurs sur les réseaux sociaux : ces risques liberticides que la loi Attal fait courir, par Élise Rochefort
Le couperet est tombé hier. Avec l’adoption de l’article 6-9, le législateur ne se contente plus de « recommander » : il impose une muraille de Chine numérique entre les moins de 15 ans et les réseaux sociaux. Si l’intention — protéger nos enfants des abysses algorithmiques — est noble, la méthode, elle,

En somme, Emmanuel Macron utilise ses « erreurs » passées comme un levier pour justifier un contrôle social et numérique renforcé. Derrière le paravent de l'intelligence artificielle et du rapprochement franco-indien, se profile une volonté de régenter la parole publique, désormais perçue comme un danger plutôt que comme un droit fondamental.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Epstein : auditions aux USA, garde à vue princière au UK, toujours de la fumée en France, par Elise Rochefort

Epstein : auditions aux USA, garde à vue princière au UK, toujours de la fumée en France, par Elise Rochefort

Après des années d’un entre-soi protecteur, où le prestige et la fortune servaient de bouclier, les « dossiers Epstein » et leurs de 3,5 millions de pages déclassifiées le 30 janvier dernier par le Département de la Justice américain (DOJ) ont fini par emporter les derniers remparts de l’impunité. Entre Washington, Londres et Paris, le spectacle de la chute est aussi fascinant qu’effroyable. Ce n'est plus un simple scandale de mœurs ; c'est, selon les termes des experts de l'ONU, l'autopsie d'u


Rédaction

Rédaction

La marche au chaos : pourquoi Trump s'apprête à frapper l'Iran, par Thibault de Varenne

La marche au chaos : pourquoi Trump s'apprête à frapper l'Iran, par Thibault de Varenne

20 février 2026 : le monde retient son souffle. La probabilité d'une intervention militaire directe des États-Unis contre la République islamique d'Iran n'a jamais été aussi élevée. Les analystes les plus sobres du risque politique, à l'instar de ceux d'Eurasia Group, évaluent désormais à 65 % la chance de voir des « frappes cinétiques » massives d'ici la fin du mois d'avril. Ce n'est plus une question de « si », mais de « quand ». Donald Trump, fidèle à sa logique transactionnelle et à son mép


Rédaction

Rédaction

Realpolitik dans l'Océan Indien: Madagascar brise le monopole occidental

Realpolitik dans l'Océan Indien: Madagascar brise le monopole occidental

Le président de la Refondation malgache, le colonel Michaël Randrianirina, a été reçu officiellement à Moscou par le président russe Vladimir Poutine. Cette rencontre intervient dans un contexte de recomposition des alliances internationales. Si les puissances occidentales saturent le terrain de l'aide au développement, Moscou souhaite investir le champ de la géopolitique pure et de la sécurité. Le président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, a été reçu à Moscou par Vladimir P


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Christine Lagarde démissionnerait pour prendre la tête du WEF, par Elise Rochefort

Christine Lagarde démissionnerait pour prendre la tête du WEF, par Elise Rochefort

Christine Lagarde, la "gardienne de l’euro", celle qui devait tenir la barre jusqu’en octobre 2027, s’apprêterait à quitter le navire prématurément. Destination ? Les rives du lac Léman, pour reprendre les rênes du Forum Économique Mondial (WEF). Pendant des mois, la communication officielle a été un chef-d’œuvre de déni poli. "Je suis pleinement engagée dans mon mandat", répétait-elle à l’envi. Mais des informations récentes du Financial Times dessinent une réalité bien plus complexe : celle


Rédaction

Rédaction